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Ce qui vient et ce qui part (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Derek Gores 500 [1280x768] 

Ce qui vient et ce qui part
Pose un étrange problème
Qu’on ne résout nulle part
Par la prose ou le poème

Il ne faut pas éteindre la dernière étoile
Avant que la première ait son signe de feu
Du côté de l’aurore où les femmes fatales
Se dévêtent beaucoup pour se donner un peu…

(Robert Goffin)

Illustration: Derek Gores

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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Les Amoureux (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2020




    
Les Amoureux

Souvent a l’école, on se moque de nous
Les enfants rigolent, ce sont des jaloux
Ma princesse a osé, quelle bien jolie scène
Elle a déposé sa main dans la mienne

Nous faisons le mur, ce n’est pas de tout repos
Je suis sans armure, elle est sans château
Souvent dans la rue, on nous montre du doigt
Les gens sont bourrus, mais les gens sont comme ça

Tout ça parce que tous les deux, nous oublions d’être sages
On est amoureux, et nous enjambons les nuages!

Nous avons fugué entre deux paragraphes
Nous avons largué les leçons d’orthographe
Tout par dessus bord, les dictées, les problèmes
On est tombé d’accord, pour se dire je t’aime.

Ici les oiseaux sont dans la confidence

Quand on est en haut, plus rien n’a d’importance
Au premier baiser, plus rien ne bouge
J’ai senti passer, mes joues de roses à rouges

Selon les vents, si ça nous sonne
Quand nous serons de grandes personnes
Nous redescendrons sur Terre

Et quand les archers auront des ailes
Le cœur de tout les écoliers
Nous viendrons vous chanter ces vers

Levez bien la tête! Ouvrez grand les yeux!
Vous verrez peut être les enfants amoureux.

Fleurter sur les stratus, quelle sensation étrange.
Flâner sur les nimbus, deux apprentis-anges.

Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages.
Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages!

(Aldebert)

 

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Si l’on traduit en mort (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2020



 

Giovanni Segantini segantini the punisment of lust via johnwilliamwaterhouse.org [1280x768] [1280x768]

Si l’on traduit en mort,
il n’est plus de problème

(Patrice de La Tour du Pin)

Illustration: Giovanni Segantini

 

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PROBLÈME D’ALGÈBRE À DEUX INCONNUES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2020




    
(Recueil Le professeur Froeppel)
PROBLÈME D’ALGÈBRE À DEUX INCONNUES
Étant donné qu’il va se passer je ne sais quoi je ne sais quand,
quelles dispositions prenez-vous ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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LA LOGIQUE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2020




    
(Recueil Le professeur Froeppel)
LA LOGIQUE
Lorsque vous « supposez le problème résolu », pourquoi
continuez-vous
mieux quand même la démonstration ? Ne feriez-vous pas
d’aller vous coucher ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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LITANIE DES ÉCOLIERS (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



Illustration: Robert Doisneau
    
LITANIE DES ÉCOLIERS

Saint Anatole,
Que légers soient les jours d’école !
Saint Amalfait,
Ah ! que mes devoirs soient bien faits !
Sainte Cordule,
N’oubliez ni point ni virgule.
Saint Nicodème,
Donnez-nous la clé des problèmes.
Saint Tirelire,
Que grammaire nous fasse rire
Saint Siméon,
Allongez les récréations.
Saint Espongien,
Effacez tous les mauvais points.
Sainte Clémence,
Que viennent vite les vacances !
Sainte Marie
Faites qu’elles soient infinies !

(Maurice Carême)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cette caresse toute fraîche (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019



 

A ce souffle à ce soleil d’hier
Qui joint tes lèvres
Cette caresse toute fraîche
Pour courir les mers légères de ta pudeur
Pour en façonner dans l’ombre
Les miroirs de jasmin
Le problème du calme.

(Paul Eluard)

 

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En l’an trois mille (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


Adrian Chesterman 86

 

Nous n’avions rien et c’était peau de l’ange.
On nous disait de bâtir nos maisons,
qu’en l’an trois mille adviendrait la revanche,
symbole et foi, la joie des compagnons,
qu’au crayon bleu à biffer les frontières
la Terre en bloc serait un seul Pays,
que le Sacré remplacerait la guerre,
et que l’enfer deviendrait paradis.
C’est l’an trois mille et sommes en jachère
à repenser le problème des sots.
– L’argile tremble encore au cimetière
et l’on entend le combat des robots.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Adrian Chesterman

 

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Le seul problème (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Le seul problème

Tu chantes ce qui fait battre ton coeur,
Toute la part animale du vent,
Celle qui souffre, qui geint, qui prend peur,
Celle qui bouscule l’âme en avant.

Lorsqu’un jour tu sauras que tu la tiens
Serrée dans tes bras fous, jusqu’à sentir
Le rythme d’un coeur si pareil au tien,
Beaucoup plus sourd et proche de mourir,

Toute l’alchimie des mages savants,
La science de l’âme et celle du corps,
Te forceront à chercher dans la mort
Ce joyau secret de quel orient!

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Odilon Redon

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