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Poésie

Posts Tagged ‘procession’

SEUL (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

SEUL

Ils me plaignent :
« Le voilà qui prend son bâton
Et sort tout seul.
Il nous fuit. Voyez ses yeux étranges.
Il n’emporte pas même un livre. Que fait-il ?
Est-ce un méchant ? Un révolté ? Est-ce un malade ? »
Seul, belle route blanche,
Entre tes bas-côtés pleins d’herbes et de fleurs;
Sur tes cailloux qui content de si vieilles histoires!

Seul, forêt, avec l’écorce bleue de tes sapins;
Avec ton vent qui sait parler à tous les arbres;
Avec tes processions de fourmis qui entraînent
Des petits corps de scarabées.

Seul, avec vous, prairies imbibées de soleil,
Pleines de bruits, de cris et de têtes dressées.

Seul parmi vous, mouches, émerillons, milans,
Buses, sources, rochers, crevasses, ronces,
Brumes, nuages, brouillards, aiguilles, cimes, abîmes.
Chaleur, odeurs, ordre, chaos, désordre,
Parmi les dialogues que vos bouches rivales
Ne cessent d’échanger!

Seul avec mon bâton, seul avec ma fatigue,
Ma poussière, mes tempes qui battent, mon vertige,
Et la fière sueur qui colle sur ma peau.

(André Spire)

Illustration: Lahitte

 

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L’ombre de l’arbre (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Igor Stevanovic

    

D’heure en heure
— Processionnelle —
L’ombre de l’arbre
Le long du mur

Cérémonial
De cadran solaire

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Fleur de grenadier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Fleur de grenadier

Après le toréador Havradi, après les processions,
après les courses de taureaux, après les arrivages de la flotte d’Espagne,
ce que les habitants de Mexico aimaient le mieux,
c’était la danseuse Grenadilla.

Seigneurs, bourgeois, matelots, soldats,
tout le monde la connaissait, tout le monde l’admirait,
tout le monde la respectait,
et pourtant ce n’était qu’une pauvre danseuse des rues,
une fille du peuple qui ne connaissait même pas sa famille,
une bohémienne, une saltimbanque.
Mais quand cette bohémienne, cette saltimbanque,
se mettait à danser le fandango, il n’y avait pas de duchesse qui eût l’air plus noble,
la taille plus souple, les gestes plus fiers et plus gracieux que la Grenadilla.
Dès qu’elle paraissait, son tambour de basque ou ses castagnettes à la main,
la foule s’amassait autour d’elle, on faisait cercle,
on se disputait une place pour la voir danser.
Le directeur du théâtre avait voulu l’engager, mais sans succès.
La Grenadilla ne voulait pas être autre chose que la danseuse du peuple,
aussi le peuple l’adorait.
Malheur à celui que eût osé toucher seulement un cheveu de la Grenadilla!

[Mais on ne peut échapper au destin:]
Après trois mois de traversée, le vaisseau qui la portait [vers l’Europe] fit naufrage.
Le corps de Grenadilla fut porté par la vague sur le rivage d’Espagne.
La Fée aux Fleurs, qui se trouvait en ce moment dans ces parages pour surveiller le Jasmin,
recueillit le corps de Grenadilla et permit qu’à l’endroit où elle l’avait trouvé
s’élevât un magnifique bosquet de grenadiers
dont les fleurs et les fruits réjouissent la vue,
comme Grenadilla la récréait autrefois par sa beauté et ses talents.

(J.J. Grandville)

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LES PISSENLITS (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



  Illustration
    
LES PISSENLITS

Un rayon du soir traverse le pré,
éclairant une file de pissenlits :
petite procession aux têtes enfantines,
vives, ébouriffées, chacune penchant
d’un côté ou de l’autre, et sages cependant,
comme il convient à l’heure solennelle.
Les autres fleurs du pré regardent, immobiles
Eux seuls paraissent aller quelque part,
croisent un merle. Et tu voudrais les suivre.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Le Pays derrière les larmes
Editions: Gallimard

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Pèlerinage (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Pèlerinage

Il me semble n’avoir plus de sexe ni d’âge,
Tant les chagrins me sont brusquement survenus.
Les Temps se sont tissés… Et me voici pieds nus,
Achevant le terrible et long pèlerinage…

Je sais que l’aube d’or ne sait que décevoir,
Que la jeunesse a tort de suivre les chimères,
Que les yeux ont trompé… Mes lèvres sont amères…
Ah ! que la route est longue et que lointain le soir !

Et la procession lente et triste défile
De ces implorateurs que lasse le chemin.
Parfois on me relève, une me tend la main,
Et tous nous implorons le Divin Soir tranquille !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Les Maringouins (La Bolduc)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017




    
Les Maringouins

J’suis allée me promener
À la campagne pour le thé
Je vous dis j’en ai arraché
Les maringouins m’ont tout mangé
Quand ils m’ont vue arriver
Ils m’ont fait une belle façon
Sont venus au devant d’moé
C’était comme une procession

Les maringouins c’est une bibitte
Faut se gratter quand ça nous pique
Je vous dis c’est bien souffrant
C’est cent fois pire que l’mal aux dents
J’ai les jambes pleines de piqûres
C’est comme un vrai morceau de forçure
J’ai la peau toute enlevée
C’est parce que j’me suis trop grattée

Mais partout où est-ce que j’allais
Les maringouins me suivaient

Je courais tellement fort
Que j’en avais des bosses dans l’corps
Quand j’allais voir la vieille Canard
Y couraillaient jusqu’au hangar
Ils étaient tellement enragés
Qu’ils m’ont presque dévorée

Le soir après j’étais couchée
Autour d’ma tête y venaient chanter
Voilà que j’allume la lampe
Pis j’commence à les courailler
Y n’a un avec sa lancette
Qui s’en vient sur ma jaquette
Mon mari à mes côtés
J’vous dis qu’il l’a pas manqué

Je vous dis deux mois après
J’étais contente de prendre le train
Mais pour m’en débarrasser
M’ont mis dans une boîte pis m’ont tchéquée
Quand un d’mes amis m’a vue
Il ne m’reconnaissait plus
J’avais l’nez presque mangé
Pis le visage tout boursouflé

(La Bolduc)

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Nuit morte (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



 

Solitudes_des_villes

Nuit morte
Petrópolis, 1921

Nuit morte.
Près du réverbère
Les crapauds avalent des moustiques.

Personne sur la grande-route.
Pas même un ivrogne.

Cependant une procession d’ombres y passe certainement.
Ombres de tous ceux qui ont passé.
Ceux qui vivent encore et ceux qui sont morts.

Le ruisseau pleure.
La voix de la nuit …

(Non plus de cette nuit, mais d’une autre nuit, plus grande encore.)

***

Noite morta
Petrópolis, 1921

Noite morta.
Junto ao poste de iluminação
Os sapos engolem mosquitos.

Ninguém passa na estrada.
Nem um bêbado.

No entanto há seguramente por ela uma procissão de sombras.
Sombras de todos os que passaram.
Os que ainda vivem e os que já morreram.

O córrego chora.
A voz da noite …

(Não desta noite, mas de outra maior.)

(Manuel Bandeira)

Illustration: Isabelle Fournier Perdrix

 

 

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PROCESSIONS (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



PROCESSIONS

Blanches processions, si blanches, si gothiques,
Dans ma Flandre natale, au temps des Fêtes-Dieu !
Blanches comme on en voit, sous un ciel calme et bleu
Emplir de leur lenteur les lointains des triptyques.

Si lentes, dans le bruit des cloches s’animant,
Le bruit des carillons et des cloches bénies
Qui semblaient tout au loin répondre aux litanies
Et mener le cortège au fond du firmament.

Si lentes à marcher sur les herbes coupées
Qui revivaient un peu sous le vent approchant
Des cantiques latins dont le grave plain-chant
Mélancolisait l’air avec ses mélopées.

Si lentes ! on voyait dans les beaux soirs tombants
Des étendards brodés de roses symboliques,
Et les châsses d’argent où dorment des reliques,
Et des agneaux pascals pavoisés de rubans.

Puis s’avançaient, parmi le frisson des bannières,bannières
Tous les enfants de choeur, dans leur rouge attirail,
Aux cheveux de missel, aux robes de vitrail,
Comme dans un parfum d’indulgences plénières.

Des Madones, le coeur traversé de couteaux,
Avec leurs manteaux bleus, aux yeux de pierreries,
Émergeaient au milieu des longues théories
Et souriaient debout sur leurs grands piédestaux.

Des groupes recueillis de pâles orphelines,
Tristes, portaient des lis comme les âmes d’or
De leurs parents défunts qui reviendraient encor
Pour frémir dans leurs mains dévotes et câlines.

Là, l’Église Souffrante en voiles violets
Puis les martyrs chrétiens portant de grandes palmes
Avec les bienheureux du Paradis si calmes
Qui glissent sous leurs doigts les grains des chapelets

L’Église Triomphante est soudain apparue
En rose, tout en rose, en tulle rose et clair,
Couleur de renouveau fleuri, couleur de chair,
Comme un lever d’aurore incendiant la rue.

Puis voici les abbés en dalmatiques d’or,
Les chanoines songeurs dans leurs camails d’hermine,
Tout un cortège grave et lent qui s’achemine
Dans le silence doux du beau jour qui s’endort.

Et tout là-bas, parmi les bleuâtres traînées
Du liturgique encens qui parfumait le soir,
Devant le baldaquin où luisait l’ostensoir,
Les encensoirs volaient, mouettes enchaînées !

Et l’évêque, debout sur le peuple chrétien,
Crosse en main, mitre en tête, élargissait ses gestes,
Comme un semeur jetant, pour les moissons célestes,
Les graines du Seigneur dont il était gardien.

II
Ainsi mon Ame ! Ainsi mon Enfance perdue
Mes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,
Leurs convois blancs marchant dans un bruit d’encensoirs
Et leur dais d’argent neuf pour la Vierge attendue.

Mais la procession n’a chanté qu’un moment
Et mon Ame n’a plus dans le noir de ses rues
Qu’une foule grouillante et d’absurdes cohues
De rêves qui s’en vont mélancoliquement !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Pellerin

 

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FLEURS FANÉES (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2017



 

Alexey Slusar 13

FLEURS FANÉES

Pâles fillettes
A peine écloses
A l’ aube de la vie !
Tristes prisonnières
Qui penchez lasses
Comme des fleurs fanées !

Pâles fillettes
Qui me rappelez
Mes espérances !

Pâles petites
Sans amour de mère
Pâles petites
En uniforme,
Qui vos arrachera
De ces vêtements sombres
Où la charité
Vous a ensevelies ?

Pâles enfants
Sans regard de père
Hélas ! qui vous dira
Hélas ! qui vous criera
― Anges, dispersez-vous !

Personne ne vous le dit
Personne ne vous accorde
Qu’un regard de pitié
Lorsque vous passez,
Tendres lis fanés,
Procession d’ombres

A la tombée du soir
Vous me rappelez
― O tristes enfants !
Mes espérances
Mes espérances
― Fillettes lasses,
Pâles enfants
A qui personne ne dit
― Anges, dispersez-vous !

***

FLORES MURCHAS

Pálidas crianças
Mal desabrochadas
Na manhã da vida !
Tristes asiladas
Que pendeis cansadas
Como flores murchas !

Pálidas crianças
Que me recordais
Minhas esperanças !

Pálidas meninas
Sem amor de mãe,
Pálidas meninas
Uniformizadas,
Quem vos arrancara
Dessas vestes tristes
Onde a caridade
Vos amortalhou !

Pálidas meninas
Sem olhar de pai,
Ai quem vos dissera,
Ai quem vos gritara:
― Anjos, debandai !

Mas ninguém vos diz
Nem ninguém vos dá
Mais que o olhar de pena
Quando desfilais,
Açucenas murchas,
Procissão de sombras !

Ao cair da tarde
Vós me recordais
― Ó meninas tristes ! ―
Minhas esperanças !
Minhas esperanças
― Meninas cansadas
A quem ninguém diz:
― Anjos, debandai !

(Manuel Bandeira)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

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Souvent dans le silence d’un ravin (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2016



Souvent dans le silence d’un ravin
J’entends (ou je désire entendre, je ne sais)
Un corps tomber parmi des branches. Longue et lente
Est cette chute aveugle ; que nul cri
Ne vient jamais interrompre ou finir.

Je pense alors aux processions de la lumière
Dans le pays sans naître ni mourir.

(Yves Bonnefoy)

Illustration

 

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