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Poésie

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Personne n’est venu à ma rencontre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



… Personne n’est venu à ma rencontre
Avec une lanterne sur les marches.
Je suis entrée dans la maison silencieuse
A la lueur infidèle de la lune.

Sous la lampe verte,
Avec un sourire figé,
L’ami murmure :  » Cendrillon,
Comme ta voix est bizarre…  »

Dans l’âtre les flammes meurent;
Le grillon crisse, il me fatigue;
Ah! sans doute quelqu’un a pris
En souvenir mon soulier blanc.

Et il m’a donné trois oeillets,
Sans lever les yeux.
Ô tendres preuves,
Où vous dissimuler?

Il est amer pour le coeur de croire
Que l’instant est proche, tout proche,
Qu’il va faire essayer à toutes
Mon soulier blanc.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Edward Coley Burne-Jones

 

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Absences (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Audrey Kawasaki 2006

 

Absences

Tout proche de l’interlocuteur
et pourtant loin, l’esprit ailleurs,
comme en un voyage m’évadant,
je suis là, présent et absent,
hochant la tête de temps en temps.

Tout proche de l’interlocuteur
et pourtant loin, l’esprit ailleurs,
combien de fois ai-je trahi
quand je semblais, yeux et ouïe,
attentif à mon vis-à-vis ?

(Esther Granek)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Au loin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018




    
Au loin, mille milans mêlés aux nues;
Plus proche, un sansonnet tout en louange.
Alors, souffle le juste Vide-médian,
Alors, nous traverse, inattendu, l’ange.

(François Cheng)

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard
    

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Ils se sont épanouis (Gonchûnagon Masafusa)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018



Ils se sont épanouis,
Les cerisiers des pentes de ce pic
Aux sables accumulés!
O! que le brouillard des collines plus proches
Ne s’élève pas!

(Gonchûnagon Masafusa)


Illustration: Hokusaï

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Que dit ton souffle, vent de nuit? (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
Que dit ton souffle, vent de nuit?
Que veut ta rage intempestive?
Ta voix étrange me poursuit,
Sonore ou sourdement plaintive.
Tu parles, dans ta langue à toi,
D’une souffrance sans paroles
Qui creuse et fait jaillir parfois
De l’âme des tempêtes folles.

Ne chante pas les chants enfouis
Du vieux chaos, de l’origine !
L’être de l’âme dans la nuit
Les sent si proches, les devine!
Il brûle, il cherche à fuir le corps,
Il veut se fondre au sans-limite…
Laisse étouffer ce feu qui dort,
C’est le chaos qu’il ressuscite!…

(Fiodor Tiouttchev)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Montagne de printemps, nuit de lune (Yu Leang-Che)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Illustration: Ohara Koson   
    
Montagne de printemps, nuit de lune

La montagne de printemps déborde d’instants parfaits.
Jouons jusqu’à la nuit dans l’oubli du retour !
Je puise de l’eau – la line à mes mains se love;
Je taquine les fleurs – leurs senteurs m’inondent.

La joie efface le proche et le lointain.
Comment partir, prisonnier des parfums ?
Au Sud, quand la cloche frémit,
Les terrasses glissent dans le bleu subtil.

(Yu Leang-Che)

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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Des concepts (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




    
Des concepts encore riches, diaprés, chargés de sourde incandescence.
Des concepts proches de l’image, comme lieux de rencontre et d’entente
entre le concret immédiat et l’essence.
Des concepts encore nimbés de rêve…

(Roger Munier)

 

Recueil: Contre-jour
Traduction:
Editions: Atelier la Feugraie

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EMAIN LA TERRE DES FEES (Poésie Irlandaise)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



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EMAIN LA TERRE DES FEES

Voici une branche pommier d’Emain
que je t’apporte, semblable aux autres ;
elle a des rameaux d’argent blanc
et des sourcils de cristal avec des fleurs.

C’est en une île lointaine,
tout autour brillent les chevaux de mer
dans leur course avec l’écume des vagues ;
quatre piliers supportent cette île,

des piliers de bronze la supportent,
brillant à travers des siècles de beauté,
jolie terre à travers les siècles du monde
où maintes fleurs jaillissent.

Parmi les fleurs est un vieil arbre
où les oiseaux chantent les heures
en grande harmonie car ils savent
chanter ensemble à chaque heure du jour.

Des splendeurs de toute couleur brillent
dans la plaine aux jolies voix,
la joie rayonne et on écoute
des musiques dans la plaine de la Nuée d’Argent.

Inconnues sont la douleur et la traîtrise,
ni chagrin, ni deuil, ni mort,
ni maladie, ni faiblesse,
voilà le signe d’Emain.

Beauté d’une terre merveilleuse
dont tous les aspects sont aimables,
en un étrange pays
où la brume est incomparable.

Il y a trois fois cinquante îles lointaines
dans l’océan vers le couchant,
plus grande qu’Erin deux fois
est chacune d’elles ou trois fois.

C’est la terre de bonté
où pleuvent les cristaux et les pierres de dragon,
la mer jette la vague contre terre,
les cheveux de cristal de sa crinière.

Des chariots d’or dans la plaine de la mer
s’élèvent avec le flot vers le soleil,
il y a des chariots d’argent dans la plaine des Jeux
et des chariots de bronze sans défaut.

Des coursiers d’or jaune sont sur la rive,
d’autres encore de couleur pourpre,
d’autres avec de la laine sur le dos,
de la couleur du ciel tout bleu.

Au lever du soleil viendra
un bel homme illuminant les plaines,
il chevauche l’étendue battue des flots,
il remue la mer jusqu’à ce qu’elle soit de sang.

Une armée viendra par la mer claire,
vers la terre elle navigue,
les rameurs s’élancent vers les rochers
d’où s’élèvent cent refrains.

C’est un jour d’éternel beau temps
qui verse de l’argent sur les terres,
une falaise blanche bordant la mer
qui reçoit la chaleur du soleil.

Là sont le bonheur et la santé
sur la terre où résonnent les rires,
en la très calme terre, en toute saison,
est la joie qui dure toujours.

Emain, étonnante en face de la mer,
qu’elle soit proche, qu’elle soit lointaine,
où sont des milliers de femmes étranges
que la mer claire entoure.

La Navigation de Bran, fils de Febal.

(Poésie Irlandaise)

 Illustration

 

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Tenebrae (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



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Tenebrae

Proches nous sommes, seigneur,
Proches et saisissables. Déjà saisi, seigneur,
Agrippés l’un à l’autre, comme si
Le corps de chacun d’entre nous
Était ton corps, seigneur. Prie, seigneur,
Prie-nous,
Nous sommes proches. Déformés nous sommes allés,
Nous sommes allés, pour nous baisser
Vers l’auge et les trous.

Vers l’abreuvoir nous sommes allés, seigneur.

C’était du sang, c’était ce que tu avais
Fait couler, seigneur. Cela brillait.
Cela nous jetait ton image dans les yeux, seigneur. Nous avons bu, seigneur.
Le sang et l’image, qui était dans le sang, seigneur. Prie, seigneur.
Nous sommes proches.

(Paul Celan)

 

 

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Néfertiti (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
Néfertiti

Qu’est-il advenu de l’âme
après tant d’amours

ah ce n’est plus un oiseau géant
qui agite ses ailes blanches
jusqu’à l’aube de chaque nuit

un papillon
est sorti des lèvres
de Néfertiti morte
un papillon
comme un souffle
coloré

que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

le papillon vole au-dessus de la tête
de Néfertiti morte
il l’enserre d’un cocon
de soie

Néfertiti
ô larve
faut-il attendre longtemps
ton départ

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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