Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘proche’

Déclaration d’identité (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
déclaration d’identité

Non, je n’avalerai pas vos paroles
fantômes vos paraboles
d’inventaire, vos courbes de
Bourse de massacres.

Je choisis les cris
d’oiseaux de mer

le craquement des pierres

tout ce qui brave, hurle, éclate muettement dans le monde.

Le sang aux tempes, le coeur battant, le toc des artères,
c’est aussi ma parole

touchable
sous le doigt.

Au bord du temps
je tâte l’incertain
dans les feuilles des arbres
aux cellules pourtant si proches
de mes propres cellules, closes en cette chair
qui se retire et se rapproche
jusqu’à coller au tissu végétal
pour reconnaître
un rapport très sourd
un micron de complicité

main, feuille, ensemble,
toutes deux nervurées, actives, sève et sang,
nous affirmons, nous attestons la vie.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À la base, Le minéral (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
À la base,
Le minéral.

Toutes ces lignes, ces courbes,
Ces circonvolutions

Qui sur la terre prennent du corps,
Deviennent des formes,

Traquées par les tensions
Qui traversent l’espace
Et le régissent, tensions

Entre le soleil proche
Et les milliards
D’astres à la recherche
De quelque chose à faire
De mieux.

La douceur, la tiédeur
La rondeur du sein

(Guillevic)

 

Recueil: Accorder poèmes 1933-1996
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Allée des Cygnes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2020




    
L’Allée des Cygnes

C’est une Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents
Semée d’autres oiseaux
Plantée dans la cité
Livrée à ses échos
Sillonnée de passants

Entre les bras de la Seine
Bercée par ses remous
Bordée d’arbres de péniches
Et de mouettes des vents
C’est une Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents

Passant plus que fugace
Je songe pas à pas
Au long de l’Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents

Au pont Mirabeau si proche
Qu’Apollinaire perpétua.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’étendue grise (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    

l’étendue grise
Par la mort du plus pur
Toute joie est invalidée
La poitrine est comme évidée,
Et l’œil en tout connaît l’obscur.

Il faut quelques secondes
Pour effacer un monde.

Disparue la croyance
Qui permet d’édifier
D’être et de sanctifier,
Nous habitons l’absence.

Puis la vue disparaît
Des êtres les plus proches.

(Michel Houellebecq)

 

Recueil: Configuration du dernier rivage
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AIGLE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration : Luis Pla
    
AIGLE

Les corbeaux volent en bandes
l’aigle vole seul.
(Luchino Visconti)

Si proche du ciel
vole l’aigle

seul
comme le poète

attendant patiemment
la venue du verbe

jusqu’à ce qu’enfin la plume
grince quelques lignes

hésitant encore
sur le sens

la vanité
de nommer.

***

ADELAAR

De raven vliegen in zwermen
de adelaar vliegt alleen
Luchino Visconti

De hemel zo na
vliegt de adelaar

eenzaam
als de dichter

geduldig wachtend
op de komst van het woord

tot eindelijk de pen
enkele regels krast

twijfelend nog
over de zin

de vergeefsheid
van het benoemen.

***

EAGLE

The ravens fly in swarms
the eagle flies alone
Luchino Visconti

So close to heaven
flies the eagle
lonely
as the poet

who patiently waits
the arrival of a verse

till the pen
finally scratches a few a few lines

still doubting
the sense

the idleness
of naming.

***

ADLER

Die Raben fliegen in Schwärmen
der Adler fliegt allein
Luchino Visconti

Dem Himmel so nah
fliegt der Adler

einsam
wie der Dichter

geduldig wartend
auf die Ankunft des Worts

bis endlich die Feder
einige Zeilen kratzt

zweifelnd noch
über den Sinn

die Vergeblichkeit
des Benennens.

***

ΑΕΤΟΣ
Σμήνη πετούν τα κοράκια
και πάντα μοναχός ο αετός
Luchino Visconti

Ψηλα στον ουρανό πετά ο αετός
μονάχος

σαν ποιητής
που με υπομονή αναμένει

τον κάθε στίχο
ώσπου η πένα του

γράφει μερικές γραμμές
κι ακόμα αμφιβάλει

για το θέμα
του πώς να ονομάσει

την απραξία
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη

***

AQUILA

I corvi volano a stormi
l’aquila vola da sola
Luchino Visconti

Così vicina al cielo
vola l’aquila

Solitaria
come il poeta

aspettando paziente
l’arrivo di una parola

finché infine la penna
graffia alcune linee

dubitando ancora
del senso

vano
del nominare.

***


乌鸦群地飞。
老鹰独自飞行
卢奇诺·维斯康蒂

如此接近天堂
鹰孤独地

飞翔
就像这位诗人

谁在耐心等待
一首诗的天袭

直到笔尖
最后划了几条线

仍然怀疑
这意识

这命名
的无益

***

ACVILA

Corbii zboară în stoluri
acvila zboară solitar.
Luchino Visconti

Atât de aproape de cer
zboară acvila

singură
ca un poet

răbdător așteptând
sosirea cuvântului

până când pana, în sfârșit,
zgârie câteva linii

îndoindu-se încă
de rostul

de zădărnicia
spunerii prin cuvinte.

***

ÁGUIA

Os Corvos voam em bando
a águia voa sozinha
Luchino Visconti

Tão perto do céu
a águia voa

solitária
como opoeta

esperando paciente
a chegada da palavra

até que ao fim a pluma
rasga uma linhas

duvidando no entanto
do sentido

inútil
de nomear.

***

Герман Другенбруд

ОРЕЛ

Вороны летают в стаях
Орел летает один
Лучино Висконти

Так близко к небу
летит орел

Одинок
как поэт

в терпеливом ожидании
явления слова

пока перо наконец
не нацарапает первое слово

еще сомневаясь
в его смысле

тщетность
именования

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 575 (de « Dans le courant du temps, Meditations aux Himalaya »)
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Anglais / Allemand / Grec Manolis Aligizakis / Italien Emilio Coco / Chinois Zhou Dao Mo / Roumain Gabriela Căluțiu-Sonnenberg / Portugais José Eduardo Degrazia / Russe Vyacheslav Kupriyanov /
Editions: POINT / Publication prévue en 2019 par l’Harmattan

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COMMENT (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
COMMENT

Comment puis-je te le dire? Tu es proche irrésistiblement,
Tu es tel un fruit qui éclate dans le cœur,
Tu es le nom que porte la bouche muette
Semblable à une mer dans la paume de la terre.
Je palpe, et envie ma main qui palpe;
Palper, j’aspire à palper.
L’angoisse face à ce moment immobile ne passe pas:
Tu es ici à l’intérieur, ici est ici à l’intérieur.
Ici brûle le feu de l’âme,
Mais ne consume pas le feu du cœur.

***

¿Cómo decirte? Estás insoportablemente cerca,
Eres fruta que estalla en el corazón,
Eres el nombre que lleva la boca muda
Como un mar en la palma de la tierra.
Toco y envidio mi mano que toca;
Y tocando, anhelo tocar.
No cesa el miedo en este instante inmóvil:
Estás aquí dentro, aquí es dentro de aquí.
Donde arde el fuego del alma,
Donde sin calcinarse arde el corazón.

***

爱的魔法
如 何

如何说呢?你靠得太近让人难以承受,
你是心中爆裂的果实,
你是喑哑的口中含着的名字
就像地球掌心里的海。
我触摸,并羡慕我触摸的手;
触摸着,我渴望去触摸。

这静止的时刻让人恐惧:
你被层层包裹在这里的最深处。
灵魂之火在这里燃烧,燃烧。
这颗心燃烧不尽。

***

HOW

How can I tell you? You are unbearable close,
You are fruit bursting in the heart,
You are the name the mute mouth bears
Like a sea in the palm of the earth.
I touch, and envy my touching hand;
Touching, I yearn to touch.
The fear at this motionless moment doesn’t pass by:
You are here inside, here is inside here.
Here burns the fire of the soul,
Not consuming the fire of the heart.

***

HOE

Hoe kan ik het je zeggen? Je bent ondraaglijk dichtbij,
Je bent als fruit dat openbarst in het hart,
Je bent de naam die de mond sprakeloos draagt
Zoals een zee in de palm van de aarde.
Ik raak je aan en ben jaloers op mijn aanrakende hand;
Aanraken, ik verlang om aan te raken.
De angst op dit roerloze moment gaat niet voorbij:
Je bent hier binnenin, hier is hier binnen.
Hier brandt het vuur van de ziel,
Maar verbrandt het vuur niet van het hart.

***

WIE

Wie soll ich es dir sagen? – Du bist unerträglich nah.
Du bist die aufplatzende Frucht im Herzen.
Du bist der Name, der vom stummen Mund getragen wird
Wie ein Meer in der Handfläche der Erde.
Ich berühre und beneide meine berührende Hand,
Berührend und sehne mich danach zu berühren.
Der Schreck dieses unbeweglichen Augenblicks vergeht nicht:
Du bist hier drinnen, hier ist hier drinnen.
Hier brennt das Feuer der Seele,
Aber es löscht das Feuer des Herzens nicht.

(Amir Or)

 

Recueil: ITHACA 583
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Amir Or – Fiona Sampson / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck
Editions: POINTS

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Soeurs d’espérance (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Soeurs d’espérance ô femmes courageuses
Contre la mort vous avez fait un pacte
Celui d’unir les vertus de l’amour

Ô mes soeurs survivantes
Vous jouez votre vie
Pour que la vie triomphe

Le jour est proche ô mes soeurs de grandeur
Où nous rirons des mots guerre et misère
Rien ne tiendra de ce qui fut douleur

Chaque visage aura droit aux caresses.

(Paul Eluard)


Illustration: Pascal Renoux

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MERIDIENS DE L’ABSENCE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Steve Cieslawskis (7)

MERIDIENS DE L’ABSENCE

Ce long mois a passé comme la chair se fane
De fleur en flétrissure aux bruyères du temps
Et de nos jours filtrés au fil des tramontanes
Il ne subsistera que des noms dans le vent

Et nous voici rendus au gel des ombres seules
Comme si tout ne s’était pas rejoint en nous
De hanche à paume au bord du couchant où les meules
Engrangent des moissons grisantes de grisou

Quel est l’apaisement que le sang distribue
Pour les archets du soir aux ruptures des mains
En soudant et puis dénouant les lèvres bues
Jusqu’au descellement sombre des lendemains

Puis il ne reste à la lisière de l’absence
A l’heure proche de l’ultime sacrement
Que des blés de blessure et l’oubli du silence
Pour réconcilier l’homme avec son néant.

(Robert Goffin)

Illustration: Steve Cieslawskis

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’eau claire de toujours (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2020


photo-688094-L

Eau extraordinairement pure,
magiquement naturelle, luxe des luxes,
eau étrangement proche,
familièrement mystérieuse,
tu es le miroir de l’invisible
et ton silence le chant de l’ignoré.
Eau, tu es du même tonneau
que mon âme,
te boire me vivifie
et j’ai l’impression qu’une fois mort
je me baignerai en toi toute l’éternité.

(Henri-Frédéric Blanc)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nos souvenirs coulent dans le sablier (Olivier Bouillon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
nos souvenirs coulent dans le sablier
ils s’amassent au fond

les pieds se traînent
et le corps fatigué
vieillissant
nous semble lourd

ah ! l’idée de la mort
revient toujours
moins pesante peut-être
que la vie passée

car la mort est un brouillard
visible et impalpable
passant sur le front de nos proches

et le passé
ce grain de sable dans nos chaussures
qui nous fait boiter
et rend le chemin douloureux

(Olivier Bouillon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Revue Traction-Brabant 88
Traduction:
Editions: Patrice Maltaverne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :