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Poésie

Posts Tagged ‘proclamer’

Les oies sauvages (Mary Oliver)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Les oies sauvages

Tu n’as pas à faire preuve de bonté.
Tu n’as pas à faire pénitence
et parcourir cent kilomètres sur les genoux dans le désert.
Il te suffit de laisser le doux animal de ton corps aimer
ce qu’il a envie d’aimer.
Parle-moi de désespoir, de ton désespoir, et je te parlerai du mien.
Pendant ce temps, la Terre continue de tourner.
Pendant ce temps, le soleil et les perles limpides de la pluie
traversent les paysages,
balayant les prairies et les arbres enracinés,
les montagnes et les rivières.
Pendant ce temps, là-haut, dans le bleu pur du ciel,
les oies sauvages reviennent, une fois encore, au pays.
Qui que tu sois, quelle que soit la profondeur de ta solitude,
le monde s’offre à ton imagination,
comme les oies sauvages, il t’appelle de son cri strident
et exaltant.
Sans cesse, il proclame ta place
au sein de la famille des choses de l’univers.

***

Wild Gees

You do not have to be good.
You do not have to walk on your knees
for a hundred miles through the desert repenting.
You only have to let the soft animal of your body
love what it loves.
Tell me about despair, yours, and I will tell you mine.
meanwhile the world goes on.
meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain
are moving across the landscapes,
over the prairies and the deep trees,
the mountains and the rivers.
meanwhile the wild geese, high in the clean blue air,
are heading home again.
Whoever you are, no matter how lonely,
the world offers itself to your imagination,
calls to you like the wild geese, harsh and exciting –
over and over announcing your place
in the family of things.

(Mary Oliver)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Une myriade émerveille (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018




    
une myriade émerveille
la foule d’une personne;
nouvelles tes pleines de joie
(toutes plus rien que toi)
suprêmes émanations
recréent la création

amoureusier!que rose
la moindre qui vive ose
trois et cinq fois(jusqu’à
n’être plus)proclamer cela:
nul destin n’est fatal
—un coeur est chaque pétale

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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L’inamour est l’enfer sans cieux (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018



Illustration: Pablo Picasso 

    
l’inamour est l’enfer sans cieux:foyer sans flamme

des ombres connaissables(et qui rattrapent sur l’heure
chacun des riens que tout fantôme sans âme proclame
substance;et toute apparition sans coeur,bonheur)

les amants seuls vêtent la lumière. Vérité pleine

que matière ne recèle;que cerveau ne révèle
(plus que toute mort vivante et que toute vie mourante)
et qui jamais n’a été ni ne sera dite

seulement se chante—et les amants en sont le chant.

Ici(juste ici)est la liberté:toujours ici
nul après d’hiver ne vaut l’A présent printemps;
un jour d’avril transcende une année de novembre

(telle est l’éternité sans jusqu’à où finir
qu’à jamais j’ai deux fois vécu en un sourire)

***

unlove’s the heavenless hell and homeless home

of knowledgeable shadows(quick to seize
each nothing which all soulless wraiths proclaim
substance;all heartless spectres,happiness)

lovers alone wear sunlight. The whole truth

not hid by matter;not by mind revealed
(more than all dying life,all living death)
and never which has been or will be told

sings only–and all lovers are the song.

Here(only here)is freedom:always here
no then of winter equals now of spring;
but april’s day transcends november’s year

(eternity being so sans until
twice i have lived forever in a smile)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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Élyssa Didon (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Élyssa Didon

Incomprise d’aimer
cent fois nommée dix fois maudite
et pourtant reine du site
amer savoir de proclamer
la femme au coeur du rite

(Aya Cheddadi)

Recueil: Tunis marine

Traduction:
Editions: Gallimard

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Plaçant ton oeil suprême au zénith, regarde (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Plaçant ton oeil suprême au zénith, regarde,
prononçant du zénith ton JE suprême:
jaillie de la pure vision, la lumière brille.
Elle brille de l’Evidence Absurde,
de la certitude douloureuse cherchant le mot
si clairement introuvable,
si simplement ineffable,
cherchant la Parole une
qui proclame l’Evidence absurde.

Parole condensant toute lumière.
Parole encore non parlée,
contenant toute vérité.
Parole encore souffrant d’être muette
– comme le hurlement silencieux
entre les mâchoires paralysées du tétanique.

(René Daumal)

 

 

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Sois bon, sois doux, sois aimant (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017




    
Sois bon, sois doux, sois aimant.

Aie l’âme pleine de pitié devant la douleur des êtres.

Puisque la vie est un combat,
et que l’odieuse loi du plus fort est la loi de l’univers entier,
aie compassion des faibles, des petits qui succombent,
recueille les blessés, adoucis leurs souffrances, console leurs misères ;
aime comme le Boudha ou Jésus.

Et sois poète aussi, crée de glorieux mensonges.
Parle du bien, proclame la splendeur du beau :
— n’évite quelque fois que de parler du vrai.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Pourquoi donc aurais-je peur? (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Je suis mort au règne minéral
et je suis devenu une plante;

je suis mort à la nature végétale
et j’ai atteint l’animalité.

Je suis mort à l’animalité
et je suis devenu un homme.

Pourquoi donc aurais-je peur?
Ai-je jamais été diminué en mourant?

La prochaine fois, je mourrai à la nature humaine,
et je pourrai alors étendre mes ailes
et m’élever parmi les anges.

[…]

Puis de nouveau,
je perdrai ma nature angélique
et je deviendrai
ce qui dépasse l’imagination.

Laisse-moi ne pas exister!
car la non-existence proclame
que c’est vers Lui que nous retournerons

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Devant l’inconditionné (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017




    
Devant l’inconditionné
danse le conditionné.

« Toi et moi,
nous ne sommes qu’un » proclament les trompettes.

Le Maître s’avance et salue son disciple :
ceci est la plus grande des merveilles.

(Kabîr)

 

 

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Nous avons nos nuits insomniaques… (Alda Merini)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Nous avons nos nuits insomniaques…

Les poètes proclament le vrai,
ils pourraient être dictateurs
et sans doute aussi prophètes,
pourquoi devons-nous les écraser
contre un mur incandescent ?

Et pourtant les poètes sont inoffensifs,
L’algèbre douce de notre destin.
Ils ont un corps pour tous
et une mémoire universelle,
pourquoi devons-nous les arracher
comme on déracine l’herbe impure ?

Nous avons nos nuits insomniaques,
les mille calamiteuses ruines
et la pâleur des extases du soir,
nous avons des poupées de feu
comme Coppélia
et nous avons des êtres turgescents de mal
qui nous infectent le coeur et les reins
parce que nous ne nous rendons pas…

Laissons-les à leur langage, l’exemple
de leur vivre nu
nous soutiendra jusqu’à la fin du monde
quand ils prendront les trompettes
et joueront pour nous.

***

Abbiamo le nostre notti insonni…

I poeti conclamano il vero,
potrebbero essere dittatori
e forse anche profeti,
perché dobbiamo schiacciarli
contro un muro arroventato ?
Eppure i poeti sono inermi,
l’algebra dolce del nostro destino.
Hanno un corpo per tutti
e una universale memoria,
perché dobbiamo estiparli
come si sradica l’erba impura ?
Abbiamo le nostre notti insonni,
le mille malagevoli rovine
e il pallore delle estasi di sera,
abbiamo bambole di fuoco
cosi come Coppelia
e abbiamo esseri turgidi di male
che ci infettano il cuore e le reni
perché non ci arrendiamo…
Lasciamoli al loro linguaggio, l’esempio
del loro vivere nudo
ci sosterrà fino alla fine del mondo
quando prenderanno le trombe
e suoneranno per moi.

(Alda Merini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Max Ernst

 

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Trésor (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2016



Trésor

J’ai un trésor qui est toi,
et bien que sans cesse menacé par le Temps voleur : trésor.
Tu es trésor par l’intervention que tu as osé faire jadis
pour transformer en moi cent choses de profondeur et me conduire à moi-même.

Tu es trésor par la présence incessante constante et fidèle
à tous les tourbillons, crises, malheurs passagers.

Tu es trésor de jugement, pendant des âges et des âges.
Tu es trésor de patience et d’impatience,
quand tu aides à toutes solitudes et ajoutant de singulières lumières.

Tu fus trésor par la connaissance hardie et dangereuse
où tu m’as plongé et entretenu.

Je ne pense plus désormais qu’au Temps
et au danger que le temps suspend sur mon trésor,
mais comme toi-même le proclames,
je fais confiance au trésor pour toujours.

(Pierre Jean-Jouve)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Jean-Marie Manson

 

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