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Poésie

Posts Tagged ‘prodige’

Pourtant (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




    
pourtant
ce n’est pas un tapis la neige
et l’oiseau n’est porteur d’aucun message

il n’y a que l’hiver tout simplement
le rouge-gorge plus familier dans les jardins

rien de tout cela n’est un prodige
et nul autre que nous ne met en scène
les personnages de nos rêves

pourtant
c’est toujours une visite inattendue
qui ouvre nos yeux sur la réalité du monde

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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UNE FOIS SEULEMENT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

 

UNE FOIS SEULEMENT

C’était en des temps si obscurs
Que nulle mémoire profane n’en garde trace

Bien avant les images et les couleurs
La source du chant s’imaginait
À bouche fermée
Comme une chimère captive

Le silence était plein d’ombres rousses
Le sang de la terre coulait en abondance
Les pivoines blanches et les nouveau-nés
S’y abreuvaient sans cesse
Dans un foisonnement de naissances régulières

L’oiseau noir dans son vol premier
Effleura ma joue de si près
Que je perçus trois notes pures
Avant même qu’elles soient au monde

Une fois, une fois seulement,
Quelque chose comme l’amour
À sa plus haute tour
Que se nomme et s’identifie

Le secret originel
Contre l’oreille absolue révélé
Dans un souffle d’eau
Candeur déchirante
Fraîcheur verte et bleue

Une fois, une fois seulement,
Ce prodige sur ma face attentive
Ceci, quoique improbable, je le jure,
Sera plus lent à revenir
Que la comète dans sa traîne de feu.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Claude Monet
    
SONNET

Vent d’été, tu fais les femmes plus belles
En corsage clair, que les seins rebelles
Gonflent. Vent d’été, vent des fleurs, doux rêve
Caresse un tissu qu’un beau sein soulève.

Dans les bois, les champs, corolles, ombelles
Entourent la femme; en haut, les querelles
Des oiseaux, dont la romance est trop brève,
Tombent dans l’air chaud. Un moment de trêve.

Et l’épine rose a des odeurs vagues,
La rose de mai tombe de sa tige,
Tout frémit dans l’air, chant d’un doux vertige.

Quittez votre robe et mettez des bagues;
Et montrez vos seins, éternel prodige.
Baisons-nous, avant que mon sang se fige.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES AMANTS (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



LES AMANTS

Chaque matin, le nu de 7H01 traverse le couloir.
Lui, de la cuisine, tourne les yeux
afin de saisir au vol cet éclair.
Le prodige accompli, les empreintes
s’évaporant sur le carrelage, il boit son café
et n’a aucun mal
à imaginer Sisyphe heureux.

(Gérard Noiret)

Illustration: Camille Hilaire

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J’admets que l’intuition (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Isabelle Plante
    
J’admets que l’intuition raisonne et dicte des ordres
dès l’instant que, porteuse de clefs,
elle n’oublie pas de faire vibrer le trousseau des formes embryonnaires de la poésie
en traversant les hautes cages où dorment les échos,
les avant-prodiges élus qui, au passage, les trempent et les fécondent.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sérénité (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Sérénité

Chaque matin, le nu de 7h01 file par le couloir.
Lui, dans la cuisine, tourne les yeux
afin de saisir au vol ce prodige. L’éclair passé,
les empreintes s’évaporent sur le carrelage,
il boit son café et n’a aucun mal
à imaginer Sisyphe heureux.

(Gérard Noiret)


Illustration: René Magritte

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Ici, c’est un recoin de la grâce (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



    

Ici, c’est un recoin de la grâce
où la beauté m’est une épée.
Elle a des prête-noms :
rosier, amour, rigueur.

Derrière le rosier est mon amie.
Elle habite ce village,
ne ferme jamais sa porte.

Comment ?
Est-ce ainsi
que vous vivez avec votre âme ?

Oui. Nous sommes chez nous.
Tout est donné :
terre et vie avec démesure.

Le bonheur y entretient
d’étroits rapports avec l’humilité.
Une journée ensoleillée
est un trésor de pauvre.
Je suis ce pauvre.

La porte de service chez mon amie
s’ouvre sur l’éblouissement.
Là, l’espace, au bout d’une longe,
piaffe dans le grand arbre.

Je tiens les rênes du ciel.
La route mène au prodige.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Les Maisons de feuillages

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CALME (Bernard de Naillac)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration: Ivan Calatayud
    
CALME

Je ne veux rien de toi, rien… sinon ta présence.
Oh ! laisse-moi, petite, espérer ce beau don ?
Celui d’un court moment, ta seule complaisance,
Rien qu’un instant perdu. Te voir ; mais d’amour, non !

Pas d’amour. Oh ! l’amour fait mal, aigrit ou brise ;
C’est un jeu trop cruel ! Et déjà j’ai souffert
De me voir lâchement désirer son emprise,
Cependant qu’insoumis… hors de sa loi de fer.

J’ai trop appréhendé, trop attendu ce rêve,
Trop cherché dans l’amour un idéal vainqueur,
Inatteignable en fait. De la part que cède Eve,
Je ne pouvais avoir qu’amertume et rancœur !

C’est une loi fatale… Oui, j’ai souffert, te dis-je,
Et je ne le veux plus — non, plus d’amour, oh ! non.
Que cette intimité — calme — soit un prodige ?
Peut-être ! mais ce geste, à lui seul, est pardon…

(Bernard de Naillac)

 

Recueil: Etincelles

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N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres
Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur
De peur d’éveiller les freux,
De peur d’arriver
sans bruit dans un monde d’ailes et de cris.

Enfants nous nous serions penchés
Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,
Et après une douce ascension,
Élevant nos têtes au-dessus des branches
Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

Loin de la confusion, telle est la voie
Tel est le prodige que l’homme sait
Loin du chaos parviendrait la joie.

Cela est la beauté, disions-nous,
Enfants émerveillés par les étoiles,
Cela est le but, cela est le terme.

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres

(Dylan Thomas)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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Rien n’est plus beau (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Rien n’est plus beau

Rien n’est plus beau
qu’un amour qui ne se croit pas immortel
qui a la souple respiration du voilier
endormant la vague
prodige oui mais qui se sait tributaire
d’un vent si incertain
qu’il voudrait d’un seul déploiement de son erre
boire toute une nuit d’étoiles et de lune pleine

un amour comme une joie d’enfance
grandie de sa fin trop proche
et qui se tient timide
au faîte de l’instant

nid d’hirondelle
dans le noir
ah ce n’est pas cela un amour de légende
qui se targue des mélancolies
et geint à genoux sous la couronne des roses

toi mon aimée demeure princière en ton rire
chaque matin devant ta mort et ma mort
sois libre et fière et ferme
car il suffit de la caresse d’un rire
pour que tout en nous se recompose
et que soit le monde uniment
sous nos mains le passage et la durée
la nudité d’une âme dans la douceur du corps

nous mourrons mon amour sans rien en perdre
si nous séjournons visages étonnés
dans l’instant qui nous prolonge
et fait de nos gestes les plus simples
-baiser murmure épaule lente-
un feu dormant

demeurons mon aimée
fût-ce au coeur d’un sanglot silencieux
une joie ouverte

sommet de l’éclair
rire et bonté persistants
dans la disparition

(Jean-Pierre Siméon)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Rémy Disch

 

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