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Poésie

Posts Tagged ‘prodiguer’

Les nus de Bonnard (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration: Pierre Bonnard
    
Les nus de Bonnard

Son épouse. Quarante années durant il la peignit.
La peignit encore et la repeignit. Le nu de la dernière toile,
le même jeune nu que celui de la première. Son épouse.

Telle qu’il se la rappelait jeune. Telle qu’elle était, jeune.
Son épouse au bain. À sa coiffeuse
devant le miroir. Dévêtue.

Son épouse, les mains sous les seins
regardant le jardin par la fenêtre.
Le soleil prodiguant chaleur et couleur.

Tout ce qui vit s’épanouit là.
Elle jeune et frémissante et tellement désirable.
Quand elle mourut, il peignit encore un peu.

Quelques paysages. Puis mourut.
Et on le coucha près d’elle.
Sa jeune épouse.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Laurie Justus Pace

    

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
– Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa soeur était tout enfant… –

Connaissez-vous, sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s’incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C’est là que nous vivions, – Pénètre,
Mon coeur, dans ce passé charmant !
Je l’entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient… – Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux ! –

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d’un air très grave :
 » J’ai laissé les enfants en bas.  »

Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon coeur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait :  » Père, viens !

Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis !  » –
Et je voyais rayonner d’aise
Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,
J’inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très-bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poème éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !

(Victor Hugo)

 

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Que vouloir de plus? (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



Les dieux, et les Messies qui sont des dieux,
Passent, et les songes vains qui sont d’autres Messies.
Muette la terre perdure.
Ni dieux, ni Messies, ni idées ne me prodiguent
Des roses. Miennes, ces roses, si je les tiens.
Et si je les tiens, que vouloir de plus?

(Fernando Pessoa)

Illustration: ArbreaPhotos

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La croix (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    

La croix

Ne régnait là que le simple, le jaune
et le vert ; une paix de soleil
que les plantes prodiguaient en poussant
vers la lumière comme si jamais
ne devait ternir cet or de la terre.
Des couleurs pour des saisons sans nom
qui régissaient le coeur de l’homme
— à n’en pas finir — une langue
en somme de régularité
un projet d’immédiateté
de perfection et de durée,
un territoire ordonné pour la joie.
Et puis ce fut la brisure d’une croix
une blessure, humble, qui moissonnait
le temps soudain, et qui l’arrêta.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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C’est l’eau qui saisit la lumière (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018


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C’est l’eau qui saisit la lumière,
la brise, la prodigue dans un rire attirant,
comme si nous allions trouver là une demeure pleine d’enfants
ou de très jeunes filles

(Philippe Jaccottet)

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Fléaux, la blancheur, les fleurs de la terre promise (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Fléaux, la blancheur, les fleurs
de la terre promise : et tout
ce que tu entasses, se délitant à la lisière
du souffle. Pour un simple mot
dans l’air que nous n’avons pas respiré, pour une seule
pierre, éclatant avec la famine
en nous — colère,
issue des os dévastés, par quoi nous sommes proches
du ver. Le mur
est ton seul témoin. Séparé
de moi, mais ne prodiguant rien,
tu te vautres sur chaque page non écrite,
comme si ta voix s’était glissée
loin de toi : et pénétrait la blancheur
de la plainte.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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L´éternel mirage (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



 

Illustration: Josephine Wall
    
L´éternel mirage

Et le vent coulera parmi les herbes lisses,
Les tiges d’angélique et les brins de mélisse;
La mousse entourera comme un souple linceul
Les vieux rochers et les racines des tilleuls.

Je dormirai dans l’odeur triste des fontaines,
Dont le flot déroulé comme une écharpe traine,
Et je palpiterai aux sanglotants aveux
Que prodigue la brise à leurs bords vaporeux.

Je serai confondue au murmurant cantique
Des sources s’égouttant dans le bois noir, la nuit,
Infiltrant lentement leur âme fluidique
Sous la sombre bruyère où mon âme la suit.

Je serai la fraîcheur tranquille après la pluie
Des troënes et des prèles glacés d’argent,
Le silence attendri, les rayons où s’essuie
La ronce bleue au long des pentes s’effrangeant.

Je serai le reflet qui songe et qui transpose,
Le rêve frissonnant des coudriers sur l’eau,
L’âcreté des bourgeons, le miel sucré des roses,
Le baiser haletant aux lèvres de l’écho.

Je serai le miroir clair à travers l’espace
Et qui saisit parfois au fond du ciel serein
La trace d’une image immense qui s’efface;
Je me tendrai vers toi, ô visage divin.

(Marie Dauguet)

 

 

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Plus de ces sens bornés… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Alexandre Cabanel
    
Plus de ces sens bornés…

Plus de ces sens bornés, étroite solitude,
Vérité ou raison, plus de frein qui jugule,
Je suis la chose enfin, je vis bien au delà
De mon corps méprisable, étriqué, ridicule;
Je suis parmi l’éther la lune qui circule,
Le ruisseau, ciel errant, que la nuit constella.

Mon âme se répand comme une onde élargie
Et ma prison s’écroule à la tendre élégie
Des ramiers amoureux perdus au bord du ciel.
O Nature, que j’ai souffert dans cette geôle,
Mon coeur, il me fallait l’espace où l’on s’envole,
La terre qui m’accueille au limon maternel.

Il me fallait l’oubli vaste que tu prodigues,
Calme fleuve étendu sans berges et sans digues;
Il me fallait pour lit la douceur des lotus
Et pour chevet l’odeur féconde et primitive
De la vase et des joncs pourrissant sur la rive
Où mes tourments muets à jamais se sont tus.

(Marie Dauguet)

 

 

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La graine (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
La graine

Semez la graine le grain doré prodiguera ses racines
non pas sur le rocher et la route pavée
récoltez-le mûr dans la poussière brune
protégez-le de la chaleur ou du givre
le grain vit à l’intérieur de sa coque.

Quel infini secret ! la graine minuscule
enfouie sous la poussière n’attend qu’un signe
celui du printemps d’un rayon de lumière du soleil du jour.

(Hannah Senesh)

 

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Je suis content (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



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Je suis content, je ne dois rien à la vie,
et la vie ne me doit même pas
quatre sous de nèfles.
Nous sommes quittes, ainsi,

le corps peut désormais se reposer :
jour après jour il a labouré, semé, récolté
ou cueilli, et il a même prodigué quelque chose, le pauvre,
très pauvre animal
aux testicules maintenant à la retraite.

Un de ces jours j’irai m’étendre
sous le figuier, celui-là
que j’ai vu jadis exaspéré et solitaire :
je suis de la même race.

(Eugénio de Andrade)

Illustration

 

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