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Poésie

Posts Tagged ‘profane’

Cérès Eleusin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Cérès Eleusin

LA nuit des vergers bleus d’acanthes,
Des jardins pourpres d’aloès,
Attend l’Evohé des Bacchantes
Et les mystères de Cérès

Dans le temple aux flammes païennes,
Le soir, accroupi comme un sphinx,
Contemple les Musiciennes,
Evocatrices de Syrinx.

Une étrange et pâle prêtresse,
Délaissant l’autel de Vénus,
Apporte à la Bonne Déesse
Les daturas et les lotus.

Car la blonde enlace la brune,
Et les servantes d’Ashtaroth,
Aux vêtements de clair de lune,
Te narguent, Deus Sabaoth.

Les nonnes et les courtisanes,
Mêlant la belladone au lys,
Chantent les Te Deum profanes
Et les joyeux De profundis.

(Renée Vivien)

Illustration: Joseph-Marie Vien

 

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Oh vite, rallume la flamme (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Hommage aux anges
[11]

Oh vite, rallume la flamme
avant que refroidisse la substance,

car soudain nous vîmes ton nom
profané ; gredins et imbéciles

ont abusé de toi avec impiété,
Vénus, car vénérien veut dire impur

et Vénus en tant que désir
est vénérienne, luxurieuse,

tandis que la racine même du mot hurle
telle une mandragore quand les sorcières tirent

sur sa tige à minuit,
et mandragora, si rare, est elle-même,

dit-on, pleine de poison,
aliment pour l’antre des sorcières.

[12]

Vite, rallume la flamme,
Aphrodite, nom sacré,

Astarté, coque, espars
d’épaves après perte de ton étoile,

oubliée la lumière au coucher,
oubliée la prière au lever ;

reviens, ô la plus sacrée,
Vénus dont le nom est lié
à vénérer,
vénérateur.

***

O swiftly, re-light the flame
before the substance cool,

for suddenly we saw your name
desecrated; knaves and fools

have done you impious wrong,
Venus, for venery stands for impurity

and Venus as desire
is venereous, lascivious,

while the very root of the word shrieks
like a mandrake when foul witches pull

its stem at midnight,
and rare mandragora itself

is full, they say, of poison,
food for the witches’ den.

Swiftly re-light the flame,
Aphrodite, holy name,

Astarte, hull and spar
of wrecked ships lost your star,

forgot the light at dusk,
forgot the prayer at dawn;

return, O holiest one,
Venus whose name is kin

to venerate,
venerator.

(Hilda Doolittle)

Illustration: JeanLéon Gérôme

 

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Pourquoi mon âme est-elle triste ? (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



 

Bruno Walpoth 5172

Pourquoi mon âme est-elle triste ?

Pourquoi gémis-tu sans cesse,
O mon âme ? réponds-moi !
D’où vient ce poids de tristesse
Qui pèse aujourd’hui sur toi ?
Au tombeau qui nous dévore,
Pleurant, tu n’as pas encore
Conduit tes derniers amis !
L’astre serein de ta vie
S’élève encore; et l’envie
Cherche pourquoi tu gémis !

La terre encore a des plages,
Le ciel encore a des jours,
La gloire encor des orages,
Le coeur encor des amours ;
La nature offre à tes veilles
Des mystères, des merveilles,
Qu’aucun oeil n’a profané,
Et flétrissant tout d’avance
Dans les champs de l’espérance
Ta main n’a pas tout glané !

[…]

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Bruno Walpoth

 

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JE VOUS ÉCRIS D’ICI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



JE VOUS ÉCRIS D’ICI

Je vous écris d’ici, de ce pays profane
Où le vent va son train, où ronflent des moteurs,
Où l’oeil avec le jour pavoise, puis se fane
A l’heure où les oiseaux descendent des hauteurs.

Je vous écris d’ici, de ce pays sans larmes
Et sans éclats de rire où, nos pas dans nos pas,
Entre des ponts de fer fourbis comme des armes,
Nous marchons jusqu’au soir et nous couchons au bas.

Je vous écris d’ici, de ce pays crédule
Qui ne se lasse pas d’accoucher du printemps,
D’être son fossoyeur à chaque crépuscule,
De faire confiance à ses reins exultants.

Je vous écris d’ici, de ce pays précaire
Qu’une goutte de pluie emprisonne à loisir,
Qu’un cri fait vaciller, qu’un souffle désespère
Ou ravage de joie, et qui ne peut choisir.

Mais vous qui vous voulez, qui vous faites Icares,
Vous ne m’entendez plus si je m’attarde au bord
De ces bourgs soulevés par le poumon des gares,
De ces canaux sans hâte envahis par la mort,

De ces chantiers dressés comme autant de calvaires
Sur un ciel qui se moque et repent tour à tour,
Au bord de ces forêts qui, jadis, enfantèrent
Le chêne où fut taillée la croix de notre amour,

Si je m’obstine à vous redire l’innocence
De ce monde où les eaux, les arbres et les vents,
Et la houille des morts et le frai des vivants
Ronronnent de la même et tendre patience
Qui fait enfin jaillir un dieu de son absence.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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Ne sois pas dans l’attente (Paroles Soufies)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



Christian Schloe   (68)

Ne sois pas dans l’attente que cessent en toi les pensées profanes,
cela t’empêche, dans l’état où Il te met,
d’être attentif à Lui Seul.

(Paroles Soufies)

Illustration: Christian Schloe

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Le vaisseau d’or (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



Le vaisseau d’or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif:
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu’est devenu mon coeur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l’abîme du Rêve!

(Emile Nelligan)

Illustration: John William Waterhouse

 

 

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Fantaisie érotique (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2015



Fantaisie érotique

Un rêve de plaisir navigue dans mon crâne :
Une fille dansant sur un vieil air profane
Qui, langoureuse, enlève un par un ses habits
Avec des gestes lents, voluptueux et habi-
Les : d’abord, les boutons de nacre du corsage
Qui, en s’ouvrant, révèle un corps encore sage
Mais qui s’offre déjà dans l’éclat de sa chair
Alors que pointe un bout de sein du plus beau clair.

L’agrafe, qui retient la robe courte, comme
Une ancre de frégate à la voile bien blanche
S’ouvre pour montrer la courbe d’une hanche.
Je voguerai vers elle… et nous croquons la pomme,
Enlacés au milieu d’un immense verger.
Alors que je croyais sommeiller sur la grève
Et vivre sur le sable un si merveilleux rêve :
Tu étais ma fermière et j’étais ton berger.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: André Masson

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