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Poésie

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Pour passer le temps (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020




Pour passer le temps
Qui est long
Quand on est mort

Il faut apprendre
A compter les feuilles

Et les cailloux
Là où l’on est enterré

Pour profiter du temps
Qui est si court
Lorsqu’on est vivant

Il faut apprendre
A compter
Sur les doigts de l’eau

Du nuage
A la pluie et de la pluie
Aux ruisseaux

Dans les deux cas
Vu de l’éternité
C’est pas la mer à boire

(Werner Lambersy)

 

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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L’INCULTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Kalle Kataila

    

L’INCULTE

Vous qui voulez, méditez les yeux fermés, assis,
Sur la réalité ou l’irréalité de la création,
Pendant ce temps, assis, les yeux grand ouverts,
Je profite du jour pour contempler l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Premier vrai mal (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2018



 

mal

Premier vrai mal

La perfection du premier vrai mal
ne connaît congés ni repos.
Lâche et maudite elle se présente
si je lis un livre si je regarde à la fenêtre,
si je rencontre des amis si je réponds au téléphone
et surtout elle profite
du silence des jours de fête.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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LA ROSE QUI DURE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA ROSE QUI DURE

… A peine le dos tourné
Que l’horloge va plus vite.
Le temps voleur en profite
Aussitôt pour me flouer
De quelque riche minute.

À peine un jour commencé
Lisse au coeur, doux au toucher
Qu’un autre invente sa chute,
Je le vois s’effilocher
Le front bas et l’oeil poché.

Et quand mes paumes retiennent
Des perles dans mes années
Je retrouve les colliers,
Tout poussiéreux et fanés
Au bout de quelques semaines.

Le haut mur de la cité
Que soutenaient mes colonnes
Quel mistral me l’a soufflé
Comme une brume d’automne ?

Adieu, jardins fugitifs,
Amours, saisons, écritures
Et musiques passagères
Qu’écrase l’ombre des ifs !

Moi, je veux la fleur sévère,
Je veux la fleur inventée.
J’invente la fleur qui dure
Et s’appelle éternité.

(Norge)

 

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LE POÈTE DEMANDE À SON AMOUR DE LUI ÉCRIRE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Illustration: Andrzej Malinowski

    

LE POÈTE DEMANDE À SON AMOUR DE LUI ÉCRIRE

vive mort, amour de tout mon être,
j’espère vainement ton signe écrit
et pense avec la fleur qui se flétrit
que si je vis sans moi autant te perdre.

Oui, l’air est immortel. La pierre inerte
ne connaît l’ombre et non plus ne l’évite.
Coeur intérieur, de rien ne lui profite
le miel glacé que la lune lui verse.

Mais moi je souffre et j’ai ouvert mes veines
dans un tourment de lys et de morsures,
tigre et colombe au-dessus de ton sein.

Apaise donc d’un mot cette brûlure
ou bien laisse-moi vivre en ma sereine
nuit de l’âme à tout jamais obscure.

(Federico Garcia Lorca)

 

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Vivez (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



En voilà une affaire pour du sel renversé,
Un sablier brisé,
Une bouteille débouchée,
Une voiture dans le fossé
Et la culbute ratée.
Remettez le sel dans la salière,
Le bouchon sur la bouteille,
La voiture sur la route,
La tête par-dessus le cul.

Mais le sablier ?
Vous pouvez le retourner,
Temps passé est bien passé
Tâchez d’en profiter.

Le vent emporte le sable
Nos souvenirs et nos amitiés…
Ne vous montez pas le bourrichon !
Avec vous-mêmes, pas de chiqué.

Temps passé est bien passé
Vivez.

(Robert Desnos)

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J’aime la vie… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
J’aime la vie…

J’aime la vie,
La saison jolie,
Les yeux de mon amie.
Rien ne peut m’affoler.
J’aime la vie
Et ma tendre amie.
Rien ne peut m’affoler,
M’attrister
Ni mes amours changer.
Comme un feu d’artifice
Les dangers s’évanouissent.
J’aime la vie,
Et ma tendre amie.
La vie est belle
Profitons bien d’elle
Car le temps fuit trop vite.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Qui marche sur la mer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: Josephine Wall 

    

Qui marche sur la mer
Et n’est point bâtiment

Qui vole dans les airs
Et pourtant n’a pas d’ailes

Qui peut changer le monde
Et n’en profite pas

Qui est toujours plus grand
A chaque fois qu’il tombe

Qui fait une fontaine
Enchantée de sa tombe

Qui n’a pas un enfant
Mais des milliers d’enfants

Qui me hante qui est
Ma face de lumière.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Le marchand voyageur (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017



Illustration: Hokusaï
    
Le marchand voyageur

Le voyageur de la mer, profitant des vents du ciel,
Lève l’ancre pour un lointain voyage.
Tel un oiseau des nues,
Une fois parti, il ne laisse plus de traces.

(Li Po)

 

 

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