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Posts Tagged ‘profonde’

LE SAINT SUAIRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




LE SAINT SUAIRE

Visage depuis longtemps mort
Qui monte à la surface, surgi des vagues profondes
Du temps — nous cherchons à le voir,
A le tirer vers nous d’un regard plus intime : il s’éteint
Jusqu’à n’être pas plus clair qu’une ombre,
La brume s’épaissit comme le soir autour d’un roi mort ;
Ce visage, même sondé au plus intime, toujours disparaît
Sans nous interroger, sans nous répondre. Il reste silencieux,
Entier — ayant tout connu, aimé, souffert,
Puis de nouveau tout ignoré.
Ce visage d’homme
Nous ignore à présent. Quel que soit l’être qui a rejoint
Par-delà ce saint suaire l’esprit de Dieu,
Il ne voit plus cette terre : nous sommes seuls.

***

THE HOLY SHROUD

Face of the long-dead
Floating up from under the deep waves
Of time, that we try to see,
To draw towards us by closer looking, that fades
And will not become more clear than shadow,
Mist gathering always like dusk round a dead king,
That face, however closely we look, is always departing,
Neither questions nor answers us. It is still,
It is whole, has known, loved, suffered all,
And un-known all again.
That face of man
Un-knows us now; whatever being passed
Beyond that holy shroud into the mind of God
No longer sees this earth: we are alone.

(Kathleen Raine)

 

 

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Chansons (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018




Chansons

I

Mon coeur est vaste comme une mer,
ton visage y sourit baigné de soleil,
en profonde, douce solitude,
où délicatement vague sur vague se brise.

Est-ce la nuit ? Est-ce le jour ?
Je ne sais.
Mais ton visage baigné de soleil me sourit,
si charmant et si doux,
et je suis heureux comme un enfant.

II

C’est le vent à minuit
qui frappe à ma fenêtre.
C’est l’averse tendre,
qui tombe goutte à goutte délicate à mon toit.
C’est le rêve de mon bonheur,
qui passe sur mon coeur caressant comme le vent.
C’est l’haleine de ton regard
qui passe sur mon coeur comme un baume de pluie.

III

Dans la solitude j’aperçois d’aveuglants éclairs
qui, traversant le bleu ténébreux du ciel nocturne,
jaillissent des sourcils sombrement voûtés,
d’ondoyantes nuées.
Dans la solitude, flamboie au loin le tronc des pins
aux flancs vaporeux de la montagne.
Plus loin, environnée de rouge clarté,
la pâle fumée fuit vers le bois.
Dans les lueurs d’un ciel lointain
ruisselle la pluie délicate et sans bruit,
triste et lugubre à sa façon.

En tes yeux mouillés de larmes,
se prolonge un regard,
qui douloureusement, d’un chagrin cordialement
dissipé de toi et moi,
d’heures disparues et d’un bonheur enfui,
a rappelé le souvenir commun.

IV

Aux heures paisibles je pense souvent
à ce qui avec tant d’attrait m’angoisse et m’effraie,
quand, inattendu, à mon insu,
un doux rêve s’étend sur moi.
Je ne sais ce qu’ici je pense et je rêve,
je ne sais ce qu’il me reste à vivre;
– et pourtant quand je mis ainsi ravi,
le coeur me bat avec un tel désir.

(Friedrich Nietsche)

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LES TROUS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



LES TROUS

A peine sortit d’un trou, il retombait dans un autre.
De trous en trous, il comprit que son destin
était d’errer ainsi dans de profondes galeries.
Mais voici que par ces chemins souterrains,
il tomba dans de nouveaux trous.

(Norge)


Illustration

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EAUX DORMANTES (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



EAUX DORMANTES

(Marguerite, qui suis-je ?)

Cyprès.
(Eau stagnante.)

Peuplier.
(Eau cristalline.)

Osier.
(Eau profonde.)

Coeur.
(Eau de pupille.)

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

 

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Métamorphoses (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



…Si nous étions les buis d’une divinité
sculptés avec tendresse, au ciseau doux ?

Le sombre à l’intérieur de nous
sortirait en feuilles minimes
serrées
d’odeur profonde…

(Marie-Claire Bancquart)

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Sonnet du doute (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Albert Pinkham Ryder  ryder_moonlight_marine

Sonnet du doute

De page en page, mes îles
ma voile avance, ombre
blanche qu’efface, futile
le sort des rois et des nombres.

Eaux noires antiques mille
et une fois plus profondes
que ce reste d’encre utile,
attendez que je me fonde.

Ne me faites trop habile
Gardez-moi l’effroi qu’affronte
la main où les mots abondent.

Toi surtout dieu versatile !
ô Doute ! sur tout au monde
veille à ma route longue.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Lande desséchée (Rogan)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Le coeur envahi
d’une profonde tristesse
lande desséchée

(Rogan)

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J’avais froid (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -  4

J’avais froid

Je l’ai rêvé ? c’eût été beau
De s’appeler ta bien-aimée ;
D’entrer sous ton aile enflammée,
Où l’on monte par le tombeau :
Il résume une vie entière,
Ce rêve lu dans un regard :
Je sais pourtant que ta paupière
En troubla mes jours par hasard.

Non, tu ne cherchais pas mes yeux
Quand tu leur appris la tendresse ;
Ton coeur s’essayait sans ivresse,
Il avait froid, sevré des cieux :
Seule aussi dans ma paix profonde,
Vois-tu ? j’avais froid comme toi,
Et ta vie, en s’ouvrant au monde,
Laissa tomber du feu sur moi.

Je t’aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu’on me défend.
Couvre de larmes et de cendre,
Tout le ciel de mon avenir :
Tu m’élevas, fais-moi descendre ;
Dieu n’ôte pas le souvenir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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L’enfant de la terre (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




L’enfant de la terre

Au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
J’étais couchée dans la prairie
Et j’écoutais la froide chanson de l’herbe,
Des brins d’herbe verte froissés entre mes doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre mon corps.
«Qui repose si lourdement sur moi?
Chantait l’herbe,
Et pourquoi celle-ci pleure-t-elle sur mon sein,
Mêlant ses larmes à celles de l’amant mystique?
Folle enfant de la terre!
Le temps n’est pas encore venu.
Un jour, je t’ouvrirai mon sein.
Tu t’y glisseras, mais sans une larme.
Puis au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
Ton bien-aimé se couchera dans la prairie,
Des brins d’herbe verte froissés entre ses doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre son corps…
Ma chanson ne lui semblera pas froide.
Dans ma vague profonde il trouvera la vague de tes cheveux,
Dans mon parfum doux et fort, le parfum de tes baisers.
Longtemps, longtemps, il restera là, couché…
Riant… Sans pleurer.»

***

The earth-child in the grass

In the very early morning
Long before Dawn time
I lay down in the paddock
And listened to the cold song of the grass.
Between my fingers the green blades,
And the green blades pressed against my body.
« Who is she leaning so heavily upon me? »
Sang the grass.
« Why does she weep on my bosom,
Mingling her tears with the tears of my mystic lover?
Foolish little earth child!
It is not yet time.
One day I shall open my bosom
And you shall slip in — but not weeping.
Then in the early morning
Long before Dawn time
Your lover will lie in the paddock.
Between his fingers the green blades
And the green blades pressed against his body…
My song shall not sound cold to him
In my deep wave he will find the wave of your hair
In my strong sweet perfume, the perfume of your kisses.
Long and long he will lie there…
Laughing – not weeping ».

(Katherine Mansfield)

Illustration: Andrew Wyeth


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Eau profonde (Yôzei In)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2017



Eau profonde

Comme la rivière Minano
Tombant de la cime
Du mont Tsukuba,
Mon amour, en s’accumulant,
Est devenu une eau profonde.

(Yôzei In)

Illustration: Hokusaï

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