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Poésie

Posts Tagged ‘profondément’

II y a seulement le moment (Thomas Stearns Eliot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Dina Shubin  (3)

II y a seulement le moment auquel nous ne prêtons
pas attention, le moment à l’intérieur et à l’extérieur du temps,
l’accès de distraction, perdu dans un rayon de lumière du soleil,
le thym sauvage non vu, ou l’éclair de l’hiver,
ou la chute d’eau, ou la musique entendue si profondément
qu’elle n’est pas entendue du tout, mais tu es la musique
tant que dure la musique.

(Thomas Stearns Eliot)

Illustration: Dina Shubin

 

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Le Temps retrouvé (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019


 


 

clochette

Tout s’était décidé au moment où ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère,
j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M. Swann.
Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer.

A ce moment même, dans l’hôtel du prince de Guermantes, ce bruit de pas de mes parents reconduisant M. Swann,
ce tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais de la petite sonnette qui m’annonçait qu’enfin M. Swann était parti et que maman allait monter,
je les entendais encore, je les entendais eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé.

Alors, en pensant à tous les événements qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais entendus et la matinée Guermantes,
je fus effrayé de penser que c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot,
puisque, ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l’écouter,
je dus m’efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi.

Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est en moi-même que j’étais obligé de redescendre.
C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais.

Quand il avait tinté j’existais déjà et depuis, pour que j’entendisse encore ce tintement,
il fallait qu’il n’y eût pas eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos, cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi,
puisque cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus profondément en moi.
C’était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant l’intention de mettre si fort en relief dans mon œuvre.

Et c’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment,
parce qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà effacés pour eux, mais si cruels pour celui qui contemple
et prolonge dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux, jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction.

Car après la mort le Temps se retire du corps et les souvenirs – si indifférents, si pâlis – sont effacés de celle qui n’est plus
et le seront bientôt de celui qu’ils torturent encore, eux qui finiront par périr quand le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus.
Profonde Albertine que je voyais dormir et qui était morte.

(Marcel Proust)

 

 

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LE RETOUR (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
LE RETOUR

Le retour Où A quel pays A quelle ville
A quelle maison

Qui te renseignera si tu te perds
répondra à ton bonjour et sourira — qui
t’indiquera la route à prendre
dira ce qu’il reste jusqu’au pays sans personne

Et tu marcheras le jour toute la nuit cent jours
cela durera des années tu traverseras mille rivières
sans arriver ni revenir jamais
c’est quelqu’un de tout à fait autre qui est revenu

a couru en haut des marches s’est arrêté un instant
devant le vieil appartement de la maison d’avant
a profondément repris son souffle
et impatient en vain a sonné

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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JUBILATION (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2019



Illustration
    
JUBILATION

Une à une, les choses se sont vidées
et il n’a plus rien à faire. Il reste seul,
il regarde ses mains, ses ongles — si étrangers —
se caresse encore une fois le menton, fait attention : —
un autre menton, tout simplement si étranger,
si profondément et si naturellement étranger, que lui-même
en vient à se réjouir de son caractère intact.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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Illisible visage (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Illisible visage, rien
qui change :
l’impatience est obscure
et désirable.

Le monde s’efface
avant l’aube
dans l’effroi des lointains violents.

Te voici séparé si profondément
cherchant en toi-même asile :
où est la voix ?
où est la rive ?

Dans les sillons : jour maigre
échappé à l’abîme,
l’irrécusable lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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CANTE HONDO (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018



 

Illustration: Gérard Segear

    
CANTE HONDO

Je méditais profondément en déroulant
les fils de l’amertume et de la tristesse,
quand à mon oreille parvint,
par la fenêtre de ma chambre, ouverte

sur une chaude nuit d’été,
la plainte d’une copia songeuse,
brisée par les sombres trémolos
des rythmes magiques de ma terre.

… Et c’était l’Amour, comme une flamme rouge…
— Sur la corde vibrante une main nerveuse
plaquait un très long soupir d’or,
qui se transformait en une pluie d’étoiles —.

Et c’était la Mort, sa lame sur l’épaule,
marchant à grands pas, farouche et squelettique
— comme je la rêvais lorsque j’étais enfant —.

Et sur la guitare, résonnante et tremblante,
la main en frappant brusquement évoquait
le bruit d’un cercueil qui vient frapper la terre.

Et le souffle qui balaie la poussière
et jette au vent la cendre
était un gémissement solitaire.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Ivresse (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Ivresse

De mon âme qui chante, ô combien j’aimerais
Guérir les tristes cœurs et secouer le monde!
Je pardonne à présent, je pardonne à la ronde
Les offenses d’hier. Je le sens. Je le sais.

L’esclave douloureux qui lutte pour la vie,
J’aimerais ô combien le serrer sur mon cœur!
Je voudrais rappeler et le frère et la sœur,
Tous ceux qu’on ne voit plus, que la mort s’approprie.

J’aimerais que tournât un peu plus lentement,
Que s’arrêtât enfin la gigantesque roue
Qui hâte les destins, qui de l’homme se joue.
Mais surtout je voudrais… aimer profondément.

Je voudrais concevoir, avec des doigts de fée,
Du grand et du splendide… et du miraculeux.
Après cela: périr. Oui, périr, je le veux.
C’est que je suis l’ivresse, à tout excès portée.

(Attila Jozsef)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Un œuf très grand (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Un œuf très grand descend en moi,
très profondément,

cette descente est accompagnée
d’un flux montant d’étincelles lyriques.

Ces étincelles sont des mots,
des associations de mots.

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’amitié de l’âme (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Anne Yvonne Gilbert 05639_8 [1280x768]

L’amitié de l’âme

… Voici l’amitié de l’âme : les souffrances que vous ne connaissez pas, il faudra les apprendre;
entrer profondément dans le coeur pour être sûr de les vivre en amitié;
car l’amitié spirituelle porte la prière que l’autre ne peut pas exprimer,
l’amour que l’autre ne peut pas ressentir; c’est tellement une même vie intérieure qui supplie…

(Patrice de La Tour du Pin)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

 

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Invitation (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018




    
Invitation

Épluche une grenade
dans la cour.
Ramasse les grains d’ambre
et viens me trouver
à l’heure où le vague
soir prend congé du soleil
en s’inclinant.

Derrière le sourire
de l’iris
je t’attendrai
entre les bruissements
du vent
et les chants des oiseaux
en écho.
J’aurai suspendu
demain aux branches
et tous les hiers
dans la terre profondément
cachés.

Quand tu les auras trouvés
avance — d’un pas lent
dans la clairière
de nos enfances.
Retourne le jour
et fabrique, si tu peux,
des rêves touchant le ciel.

Je t’attendrai
derrière le sourire
de l’iris…

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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