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Poésie

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Retouche à l’étreinte (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



 

retouche à l’étreinte

sur la table une pomme a gardé la lumière

le miroir se retire
emportant ses proies

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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Les uns et les autres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020



 

Loin du souci des histoires de femmes
l’égalité d’un soir a parfois réuni
les derniers jardinets sur la route incurvée
le profil d’un homme à mains ouvertes
et l’animal sincère
en toutes ses journées
mais d’autres restés en proie
aux plus vieilles douleurs
serrent leurs poings autour des candélabres
éclairent le visage d’un hôte imaginaire
et cherchent en pleine nuit
le visage d’amour.

(Jean Follain)

 

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LA PROIE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA PROIE

Le chien qui crie au fond de moi
attend sa proie
et ce n’est que ce souvenir
cette main douce
qui le chasse
Chien perdu
aux yeux sans larmes
que la nuit guette
cette nuit peuplée de cette foule
qui n’est qu’un seul visage
qu’un seul appel
qu’une seule ombre
Chien peureux chien malheureux
fuyard vaincu
qui ne sait qu’aboyer
à la mort
pour se consoler

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La nuit aux senteurs d’animal aux aguets (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019



Illustration: Henri Rousseau
    
La nuit aux senteurs d’animal aux aguets
– tantôt proie tantôt chasseresse –
la nuit subtilise nos corps
pour mieux illuminer nos rêves.

La nuit au front de taureau,
aux mille banderilles scintillantes,
déploie sa cape aveugle devant nos yeux
pour mieux y planter la dague
des sommeils sans retours.

Dans mon rêve,
à la fois rêveuse et rêvée,
contenu et contenant,
je me transporte toute entière
dans un paysage sans ombre ni soleil.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les Cahiers du Sens
Traduction:
Editions: Le Nouvel Athanor

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Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude. Ils ne sont pas
forcément méchants, ils ne sont pas forcément sournois. La
solitude s’abat sur eux comme l’aigle fond sur sa proie,
l’enfant sur sa glace, la glace dans sa main. On ne choisit
pas la solitude comme on choisit framboise: c’est elle,
framboise, qui vous choisit comme cône.

La solitude n’est pas une maladie, elle ne s’attaque pas
aux fonctions vitales. Pas de symptôme, pas de traitement:
autour de soi le lien se défait et l’on reste seul au bord
de la route, dans le fossé, comme la casserole détachée du
pare-choc arrière de la voiture des jeunes mariés, avec
quelques éraflures sur le manche.

La solitude crée le personnage du solitaire, comme la mort
crée le mort. Elle lui donne ce nom que lui-même porte comme
une croix:

– Tiens, voilà le solitaire.

(On entend un bruit de casserole)

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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Je veux écrire un mouvement pur (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Je veux écrire un mouvement pur

Ceci n’est pas une lamentation, c’est un cri d’oiseau de proie.
Un oiseau irisé et inquiet.
Le baiser sur le visage de la mort.

J’écris comme si cela devait permettre de sauver la vie de quelqu’un.
Probablement ma propre vie.
Vivre est une sorte de folie que commet la mort.
Vivent les morts parce que nous vivons en eux.

Soudain les choses n’ont plus besoin d’avoir un sens.
je me satisfais d’être.
Tu es ?
Je suis sûr que oui.

Le non sens des choses me procure un sourire de complaisance.
Certainement tout doit être en train d’être ce qui est.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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Sa brûlure (Sarah Friedland Ben-Arza)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



Sa brûlure

Sa brûlure j’ai essayé de la nier
mais j’étais pour elle une proie trop facile.
Avant même d’avoir été conçue,
affamée, des briques la question me guettait.
Et je tente trop tard une deuxième fois, puis une troisième fois
de voiler ou d’émietter ou de dissoudre
avec des outils inadéquats
et brisés
la Question qui est ma place.

(Sarah Friedland Ben-Arza)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Possession (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019


levres

 

Puisque ma bouche a rencontré
Sa bouche, il faut me taire. Trêve
Aux mots creux. Je ne montrerai
Rien qui puisse trahir mon rêve.

Il faut que je ne dise rien
De l’odeur de sa chevelure,
De son rire aérien,
Des bravoures de son allure,

Rien des yeux aux regards troublants,
Persuasifs, cabalistiques,
Rien des épaules, des bras blancs
Aux effluves aromatiques.

Je ne sais plus faire d’ailleurs
Une si savante analyse,
Possédé de rêves meilleurs
Où ma raison se paralyse.

Et je me sens comme emporté
Epave en proie au jeu des vagues,
Par le vertige où m’ont jeté
Ses lèvres tièdes, ses yeux vagues.

On se demandera d’où vient
L’influx tout-puissant qui m’oppresse,
Mais personne n’en saura rien
Que moi seul … et l’Enchanteresse.

(Charles Cros)

 

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Les uns et les autres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019


 

Loin du souci des histoires de femmes
l’égalité d’un soir a parfois réuni
les derniers jardinets sur la route incurvée
le profil d’un homme à mains ouvertes
et l’animal sincère
en toutes ses journées
mais d’autres restés en proie
aux plus vieilles douleurs
serrent leurs poings autour des candélabres
éclairent le visage d’un hôte imaginaire
et cherchent en pleine nuit
le visage d’amour.

(Jean Follain)

Illustration

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La clairière (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019




Illustration: Alexandra Cecconi
    
La clairière,
Elle s’ouvre à chaque pas
Même si tu ne la vois pas.
Elle appartient au chant du fleuve.
Elle niche avec ses oiseaux
Dans le feu des journées.
Elle n’a pas d’autres rides
Que celles du vent remontant vers la Source.

Elle pactise avec le silence,
Avec le souffle,
Avec le rien.

Elle n’attend ni ne guette aucune proie.
Elle laisse aller l’ici
Dans le chant de sa présence.
Elle n’est sûre que de la joie verticale
Et du secret qui la concerne.
Elle est partout décentrée d’elle-même
Et du désir d’en dire trop.

Elle n’a pas son pareil
Pour éveiller les morts.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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