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Poésie

Posts Tagged ‘proie’

La clairière (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019




Illustration: Alexandra Cecconi
    
La clairière,
Elle s’ouvre à chaque pas
Même si tu ne la vois pas.
Elle appartient au chant du fleuve.
Elle niche avec ses oiseaux
Dans le feu des journées.
Elle n’a pas d’autres rides
Que celles du vent remontant vers la Source.

Elle pactise avec le silence,
Avec le souffle,
Avec le rien.

Elle n’attend ni ne guette aucune proie.
Elle laisse aller l’ici
Dans le chant de sa présence.
Elle n’est sûre que de la joie verticale
Et du secret qui la concerne.
Elle est partout décentrée d’elle-même
Et du désir d’en dire trop.

Elle n’a pas son pareil
Pour éveiller les morts.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Cause de détresse (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



 

Cause de détresse

Ton corps est aussi tendu que celui d’un chat
Qui traque sa proie.
Tes pensées tourbillonnent comme des branches de saule,
Prisonnières des vents d’automne.
Ton âme est aussi lourde que la tourbe
Nouvellement extraite de la tourbière.
Ton coeur est aussi sombre que la terre
Détrempée par les pluies d’hiver.

Comprends d’abord la cause de ta détresse.
Ensuite seulement pourras-tu guérir.

(Pensées celtiques)

Illustration

 

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Amour (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018




    
Amour m’a fait la cible de la flèche,
Je suis neige au soleil, cire dans le feu,
Brume que vent disperse. Ma voix s’enroue,
Ma dame sans pitié, à vous crier « Grâce ».

Vos yeux, c’est eux qui m’ont porté le coup mortel
Que ne pourront ni temps ni lieu guérir,
De vous seule dépendent, et c’est votre jeu,
Le soleil, le feu et le vent dont je suis la proie.

Car les pensées sont flèches, soleil est ce visage,
Et feu est le désir. Et de ces armes
Amour me perce, m’aveugle, me consume.

Cependant que ce chant, ces mots dignes des anges,
Et cette douce haleine qui me tue,
Sont la brise qui fait que ma vie dérive.

***

Amor m’à posto corne segno a strale,
corne al sol neve, corne cera al foco,
et corne nebbia al vento; et son già roco,
donna, mercé chiamando, et voi non cale.

Dagli occhi vostri uscfo ‘l colpo mortale,
contra cui non mi val tempo né loco;
da voi sola procede, et parvi un gioco,
il sole e ‘l foco e ‘l vento ond’io son tale.

I pensier’ son saette, e ‘l viso un sole,
e ‘l desir foco: e ‘nseme con quest’arme
mi punge Amor, m’abbaglia et mi distrugge;

et l’angelico canto et le parole,
col dolce spirto ond’io non posso aitarme,
son l’aura inanzi a cui mia vita fugge.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Silencieux, invisible immense (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Francisco Goya
    
Silencieux, invisible
immense, un mufle
avant de le happer
flaire l’homme
que l’on voit renifler
bruyamment
l’odeur de ses proies
qui reniflent l’odeur
des leurs
qui…

Ainsi de suite
jusqu’au souffle
où toutes proies
vivant de proies
meurent
sous les crocs
d’on ne sait qui

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE DIALOGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



Dorina Costras o4_500 [800x600]

LE DIALOGUE

C’était dans l’intervalle rayonnant où ils s’épousèrent
en flèche — proies l’un de l’autre.
— Un même chemin nous relie, mais je n’entends pas
ta voix. Tes mots seraient-ils bulles d’ombre ?
— Ma voix part des extrémités du silence, mes mots
brûlent de flamme sourde.
— Où es-tu qui me parles pourtant dans la chambre déserte ?
— Je suis là où tu me souhaites, je suis là où tu m’éprouves.
— Es-tu l’amour ?
Elle était l’Écharde. Il était le Tison.

(Jules Tordjman)

Illustration: Dorina Costras 

 

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Éclair entre les yeux (François Muir)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




    
Éclair entre les yeux,
Derrière
L’oeil vide,
En proie à des fissures,
Tu accueilles,
Ne rejettes
Statue lézardée.

(François Muir)

 

Recueil: Toi, l’égaré (poèmes inédits)
Traduction:
Editions: La lettre volée

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OBSCURITÉ DES ORIGINES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

Jean-Jacques Henner -madeleine-hd_623x187

OBSCURITÉ DES ORIGINES

Obscurité des origines,
je t’aime plus que je n’aime la flamme
qui borne le monde.
Elle illumine
un cercle quelconque
hors duquel nul ne sait rien d’elle.

Mais toi, obscurité, tu tiens tout contre toi :
figures, flammes, bêtes et moi-même,
tels que des proies,
hommes, puissances…

Et il se peut que quelque force immense
bouge tout près d’ici.

Je crois à la Nuit.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Jean-Jacques Henner

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

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