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Poésie

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À la recherche du paysage nouveau (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



Illustration
    

— À la recherche du paysage nouveau,
où pâlit le dessin que le regret pollue,
s’effritent les projets qui n’ont pas abouti,
s’effacent les rêves flottant sans images,

À la recherche du paysage nouveau,
où le sang usé se nourrit d’un air intact,
le corps brisé restaure ses membres rompus,
l’âme famélique se gave d’émotions,

À la recherche du paysage nouveau,
je découvre tes yeux qu’une eau pure a baignés,
je découvre ton corps que le soleil anime,
je découvre ton coeur que mon regard impulse ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os:
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
A vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais en rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Au faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi:
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
A nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins.. mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Chaque caillou (Léonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Chaque caillou

Chaque caillou rêve de lui-même
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le désir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon coeur à la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté

J’ai dit cela au prisonnier
qui a tué celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rêve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne

J’ai rêvé de mon corps cette nuit
J’ai rêvé de l’univers
J’ai rêvé j’ai rêvé un millier d’années
afin de répéter
les sept jours des merveilles
quand, tiré de la brume
j’étais vêtu de nudité
et souffrais d’exister

J’ai rêvé qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenêtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer

O mon enfant voici ton rêve humain
voici ton sommeil humain
et ne désire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rêve que tu as commencé
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux

Et pour cette conversation
dans la première lumière de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma délivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta créature

(Léonard Cohen)

 

 

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L’ÉTÉ (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



L’ÉTÉ

Joie nouvelle d’une fièvre
D’une saison secrète
Moins friables par surcroît de ténèbres
Ou avis de grand frais
Et cette marque au fer
Qui charme le destin
Sous un bracelet de cuir

Un écart volontaire a tout désarçonné
L’horizon s’est retrouvé avec un peu plus de ciel
Un peu plus de latitude inconnue
Et un projet de coupe claire

Au point du jour
C’est déjà le beau midi de la lumière
L’ardeur dans les coursives qui ouvrent sur le désert
Comme on étreint cet impossible été
Au goût de soufre et de miracle
En se regardant dans les yeux

(André Velter)

Illustration

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L’art (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Eugène Delacroix
    
L’art

En des moments sereins, heureux, nous rêvons
A nombre de beaux projets inincarnés.
Mais pour donner forme, créer de la vie qui palpite,
Que de choses dissemblables doivent se rencontrer et s’unir
Flamme pour fondre — vent pour geler ;
Patience affligée — énergies joyeuses ;
Humilité — mais orgueil et dédain ;
Intuition et savoir — amour et haine ;
Insolence — respect. Tout cela doit s’unir
Et se fondre avec le coeur mystique de Jacob,
Pour lutter contre l’ange — l’art.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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TA SEULE VIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Elihu Vedder  Memory

TA SEULE VIE

Un jour tu vins au monde…

Sais-tu par quel hasard quels assemblages
quelle alchimie quels détours
se risquait ta venue ?

Sais-tu quels croisements de siècles d’ancêtres
d’histoires de lieux
convergeaient vers ton être ?

Au coeur de quelles métamorphoses quelles lois
quelles transcriptions quelles esquives
se déchiffrait ton signe ?

Par quel absurde devenu possible
s’agença ton projet ?

Par quelles absences quelles confluences
cheminait l’option ?

Sais-tu par quelle fissure
quel voisinage quel rythme

par quel renfort de noces
de morts et d’autres vies
se délivrait ta vie ?

Venu de si loin de tellement loin, mon frère
maraudant dans les fourrés de l’espace
franchissant les soubresauts
traversant les pesanteurs
Voilà que tu survins !…

Voilà qu’on te livra ta seule vie, mon frère,
Et que tu l’immolas avant qu’elle ne prît fin !

(Andrée Chedid)

Illustration: Elihu Vedder

 

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L’écriture est la chambre du temps (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



L’écriture est la chambre du temps.
C’est là qu’il vient dormir.
Qu’il se réveille et se rhabille.
Qu’il range ses papiers.
Que de longues insomnies
lui gardent les yeux ouverts
entre souvenirs et projets.

Là que s’arrête l’horloge.
Que se referment les livres
sous une main engourdie.
Que l’obscurité fait son repas d’ombres.

Là que des anges
– simples lueurs de lune en vérité –
viennent coller leur peau blanche
et remuer leurs ailes contre le carreau.

Là que les rêves froissent leur costume
et que les portes font un bruit de sépulcre
en se refermant.

Là que les miroirs conservent longtemps
les visages qui s’y sont regardés.

Là que l’espace
se recroqueville
en signes noirs.

(Jean-Michel Maulpoix)

 

 

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LES VOITURES PASSENT… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



LES VOITURES PASSENT…

Les voitures passent et font trembler la maison,
La maison où je suis seule.
Ici, depuis longtemps déjà les choses ont été vécues :
Il y a dans l’air des espaces éteints,
La forme gravée en creux
Des voix et des gestes de jadis.
Et mes mains ne peuvent rien saisir.

Cependant je regarde la nuit
Et j’ai besoin de chaque feuille.

Elle roule, elle tourne en l’air, ta vie,
Loin de moi…
Même pour souffrir ce tourment de ne pas être,
J’ai besoin d’être seule.

Plutôt la solitude des éternels départs,
Des projets et des questions,
Des combats avec leur inextinguible
Poids de morts et de lamentations.
Plutôt la solitude parce qu’elle est complète.

Je crois à la nudité de ma vie.
Tout ce qui m’arrive est superflu.
J’éprouve la sensation d’être extérieure à tout,
Avec l’éternité qui flotte sur les montagnes.

Jardin, jardin perdu,
Nos membres enveloppent ton absence…
Les feuilles se racontent ton secret
Et, comme la peur, mon amour se cache.

***

PASSAM OS CARROS…

Passam os carros e fazem tremer a casa
A casa em que estou só.
As coisas há muito já foram vividas :
Há no ar espaços extintos
A forma gravada em vazio
Das vozes e dos gestos que outrora aqui estavam.
E as minhas mãos nao podem prender nada.

Porém eu olho para a noite
E preciso de cada folha.

Rola, gira no ar a tua vida,
Longe de mim…
Mesmo para sofrer este tormento de nao ser
Preciso de estar só.

Antes a solidão de eternas partidas
De planos e perguntas,
De combates com o inextinguível
Peso de mortes e lamentaçóes
Antes a solidão porque é completa.

Creio na nudez da minha vida.
Tudo quanto me acontece é dispensável.
Só tenho o sentimento suspenso de tudo
Corn a eternidade a boiar sobre as montanhas

Jardim, jardim perdido
Os nossos membros cercando a tua ausência…
As folhas dizem urna à outra o teu segredo,
E o meu amor é oculto corno o medo.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Passez nuages (Jean-Pierre Georges)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2016



Passez nuages
pauvres heures
grosses nuées porteuses
de crépitantes
gifles froides
défilez
indigentes journées
années lugubres
périclitez
projets infimes
sombrez
passions naines
étiolez-vous
désirs
et surtout ne revenez
jamais

(Jean-Pierre Georges)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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JE NE ME SUIS D’AUCUN SECOURS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



JE NE ME SUIS D’AUCUN SECOURS…

Je ne me suis d’aucun secours,
Ni d’avoir déjà tant saigné
Sous la charpie de ma mémoire.

Et tant de bras qui m’ont bercé ?
Tant de couchants qui m’ont percé ?
Tant de terriers que j’ai creusés ?

Rien, nulle ombre, nul dieu mâché
Ne m’accompagne ; je ne suis
Qu’un borborygme du Futur

Et sans moi continue ma vie,
Comme l’amande, au fond des pulpes,
Son projet d’arbres et d’oiseaux.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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