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Poésie

Posts Tagged ‘projeter’

A côté de chaque ligne, il y a un vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



 

Illustration
    
A côté de chaque ligne, il y a un vide.
Est-ce l’ombre que la ligne projette
ou le modèle qu’elle copie ?
De toute manière, qu’est-ce qui soutient la ligne
et comment ne se perd-elle pas dans le vide ?

Sous chaque couleur, il y a un vide.
Chaque couleur est-elle la naissance d’un abîme
ou seulement sa surface habitable ?
De toute façon, que dit ainsi la couleur
et que dirait-elle s’il n’y avait pas de vide ?

Dans chaque corps, il y a un vide.
Le corps est-il un refuge du néant
ou seulement un malentendu entre ses cavités ?
Mais alors pourquoi, au lieu de corps,
n’y a-t-il pas diverses densités de vide ?

Dans la pensée même est le vide.
Est-il une condition de la pensée
ou est-ce à l’inverse la pensée qui le crée?
Néanmoins, pourquoi tant de fantômes de fantômes
et non le vide en sa plénitude de vide?

(Roberto Juarroz)

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Sur le sol projetée (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Sur le sol projetée
La forme de l’esprit que nous sommes
Mais ne connaissons pas
Sinon par une ombre difforme
A la terre attachée.

***

Downcast on the ground,
The form of spirit
We are but do not know
Save by a shadow
Distorted, earthbound.

(Kathleen Raine)

 

 

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Il brûle dans tes yeux un mystère (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Il brûle dans tes yeux un mystère, vierge
farouche, ma compagne.

Haine ou amour — le sais-je? — la lumière inépuisable
de ton noir carquois.

Tu seras près de moi, tant que mon corps projettera
de l’ombre et qu’à mes sandales s’attachera le sable.
— Es-tu la soif ou l’eau sur mon chemin?
Dis-moi,vierge farouche, ma compagne.

(Antonio Machado)

Illustration: Dorina Costras 

 

 

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Sur les villages (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

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Sur les villages c’est carrousel de fumées
qui projettent au ciel leurs ombres animées

Les premières lueurs font rire les fontaines
entre les pince-vent et les porte-mitaines

Lâchant du fil les hirondelles sont contentes
de partir en beauté pour leurs vols d’émigrantes

Quelle île s’appareille à cette Ile de France
immobile dans l’air de ses fours de boulange

Je n’ai rien vu de plus doré que cet automne
qui mange le soleil tel un pain en couronne

et je reste à rêver seul de la confrérie
jusqu’au couchant blessé qui saigne aux tuileries

(Paul Gilson)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Finalement j’ai toujours erré (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Finalement j’ai toujours erré de terre en terre
de maison en maison
de moi en moi
fidèle au même ciel
où je vais dessinant une constellation
pour qu’elle projette
et réunisse les folles étincelles de mon feu vagabond

***

Afinal sempre andei de terra
em terra
de casa em casa
de mim em mim
fiel ao mesmo céu
em que vou desenhando uma constelaçao qualquer
que projecte
e reùnas as soltas faùlhas do meu vagabundo fogo.

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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Je suis où je fus (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



Je suis où je fus :
je vais derrière le murmure,
pas au-dedans de moi, entendus avec les yeux,
le murmure est mental, les pas sont moi-même,
j’entends les voix que je pense,
les voix qui me pensent quand je les pense.
Je suis l’ombre que projettent mes mots.

(Octavio Paz)

Illustration: Bernadette Mercier

 

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LE CŒUR TRISTE AU SOLEIL (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Namiki Hajime
    

LE CŒUR TRISTE AU SOLEIL
Inconnu

Le vent d’automne arrache les feuilles des arbres
et les disperse sur la terre.

Je les regarde s’envoler sans regret,
car seul je les ai vues venir, et seul je les vois partir.

La tristesse projette son ombre sur mon cœur,
comme les hautes montagnes font la nuit dans la vallée.

Les souffles de l’hiver, changent l’eau en pierre brillante ;
mais au premier regard de l’été, elle redeviendra cascade joyeuse.

Quand l’été sera de retour, j’irai m’asseoir sur la plus haute roche,
pour voir si le soleil fera fondre mon cœur.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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AU GRÉ DU VENT (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
AU GRÉ DU VENT

Pas mal de mots
légers
comme graines de peuplier

s’élèvent
par le vent soulevés
et retombent

difficiles à saisir
ils portent loin
comme graines de peuplier

plus tard peut-être
pas mal de mots
rendront meuble la terre

peut-être projetteront-ils une ombre
Une ombre maigre
et peut-être pas

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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OMBRAGE (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
OMBRAGE

Les ombres piétinent
mon ombre
les combats d’autrefois
sont des combats pour rire
les femmes d’autrefois
des ombres-femmes
le ciel un ciel sombre
d’autrefois
ombres sont mes années

jadis toute proche
caresse ou menace
aujourd’hui telle une ombre
derrière moi
cris et murmures d’autrefois
le vent les ombre
et derrière moi les visages
couleur d’ombre

ombres sont mes nuits
couleur de morelle noire
ombres sont mes oeuvres
et moi aussi je suis une ombre
projeté vers l’avenir
par d’autres ombres
vers d’autres nuits
d’autres visages
de nouvelles oeuvres

ombres sont mes oeuvres

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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Alors existe-t-il quelque part (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018



Illustration
    
alors existe-t-il quelque part
un mot grâcieux

et proche des matières non-parlantes ?

À quoi s’accrocher dans cette angoisse
sinon au mur qui s’est donné une couleur
pour en projeter l’ombre ?

L’effroi, parler de lui comme d’un ustensile
sur la table.

Demander (immer langsamer*) :
qui est là?

Attendre que vienne une réponse.
Une chose simple va se produire :
l’abeille traversera le mur vers les voix.

L’obscurité surgit (dernièrement) plus d’une fois par jour

(Israël Eliraz)

 

Recueil: Comment entrer dans la chambre où l’on est depuis toujours
Traduction:
Editions: José Corti

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