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Poésie

Posts Tagged ‘prolongé’

LE VIVANT PROLONGÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



    

LE VIVANT PROLONGÉ

(Avec naturel
Familièrement, comme ça)
Le mort qui est en moi
s’impatiente

Il tape dans sa caisse
à bras raccourcis
Il voudrait qu’on le montre
une dernière fois.

Quant au vivant
ça va pas mal merci

pour le moment.

(Jean Tardieu)

 

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La rencontre (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
La rencontre que j’ai faite en Afrique
d’une race essentiellement différente de la mienne
a contribué puissamment à l’heureuse expansion de mon univers.
La tendresse est née entre nous au premier regard.
J’entendais résonner de tous côtés des accords nouveaux et prolongés.
On eut dit que ma propre voix s’amplifiait
grâce à leur accompagnement ou en leur faisant écho.

(Karen Blixen)

 

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Chair des Choses (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Chair des Choses

JE possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l’on plonge les mains,
Et l’odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Il est bon de se souvenir (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Illustration: Chagall

Il est bon de se souvenir des merveilles que tu as accomplies dans le royaume d’en haut,
le gouffre et la forêt dotés d’une voix sensible,
le cours de la rivière modifié comme un bras change pliant le coude,
les instants prolongés par la douce vibration d’une corde que presse un doigt…

Mais ce n’étaient que merveilles naturelles comparées à ce que tu tentes dans le royaume d’en bas
et qui ne se réalisera pas,
non, qui ne se réalisera pas,

car tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
qu’il est des choses destinées par leur nature à ne pas se réaliser,
mais seulement à être désirées et poursuivies un temps puis abandonnées.

Tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
la passion qui existe en ce monde pour le déclin,
l’impulsion à tomber qui succède au jaillissement de la fontaine.

Rampe à présent, Orphée, ô fugitif à l’air honteux, rampe
à reculons sous le mur réduit en miettes de toi,
car tu n’es pas les étoiles dans le ciel en forme de lyre,
mais la poussière de ceux qu’ont démembrés les Furies !

***

It is all very well to remember the wonders that you have performed in the upper kingdom,
the chasm and forest made responsively vocal,
the course of a river altered as an arm alters when it is bent at the elbow,
the moments made to continue by the sweet vibrancy of a string pressed by a finger…

But those were natural wonders compared to what you
essay in the under kingdom
and it will not be completed,
no, it will not be completed,

for you must learn, even you, what we have learned,
that some things are marked by their nature to be not completed
but only longed for and sought for a while and abandoned.

And you must learn, even you, what we have learned,
the passion there is for declivity in this world,
the impulse to fall that follows a rising fountain.

Now Orpheus, crawl, O shamefaced fugitive, crawl
back under the crumbling broken wall of yourself
for you are not stars, sky-set in the shape of a lyre,
but the dust of those who have been dismembered by Furies!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Dans les livres, il y a quelque chose de divin (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2016



 

Les choses sont une façade,une croûte.Dieu seul est.
Mais dans les livres, il y a quelque chose de divin.

Le monde est mystère,les choses évidentes sont mystère,
les pierres et les végétaux.

Mais dans les livres peut-être y a-t-il une explication, une clef.
Les choses sont dures, la matière,les gens,les gens sont durs,et inamovibles.

Le livre est souple, il est dégagé. Il n’est pas une croûte.Il émane.
Le plus sale, le plus épais émane. Il est pur. Il est d’âme. Il est divin.

De plus il s’abandonne.

… Dans les livres, il cherche la révélation.
Il les parcourt en flèche.
Tout à coup, grand bonheur, une phrase … un incident… un je ne sais quoi,
il y a là quelque chose…

Alors il se met à léviter vers ce quelque chose avec le plus qu’il peut de lui-même,
parfois s’y accole d’un coup comme le fer à l’aimant.
Il y appelle ses autres notions « venez, venez ».

Il est là quelque temps dans les tourbillons et les serpentins et dans une clarté, qui dit
« c’est là ».

Après quelque intervalle, toutefois, par morceaux, petit à petit,
le voilà qui se détache, retombe un peu, beaucoup, mais jamais si bas que là où il était précédemment.
Il a gagné quelque chose. Il s’est fait un peu supérieur à lui-même.

Il a toujours pensé qu’une idée de plus n’est pas une addition.
Non, un désordre ivre, une perte de sang-froid, une fusée, ensuite une ascension générale.
Les livres lui ont donné quelques révélations.

En voici une :
Les atomes. Les atomes, petits dieux.
Le monde n’est pas une façade, une apparence.
II est : Ils sont, Ils sont, les innombrables petits dieux, ils rayonnent.
Mouvement infini, infiniment prolongé.

(Henri Michaux)

 

 

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Exaspérée par le bruit et le silence (Sandra Lillo)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



Exaspérée par le bruit et le silence

tourner autour du taillis des questions
sans réponses

En rester là à l’heure qui précède le soir
sous la lumière allumée au-dessus du bureau

L’angoisse traîne de ne pas être à la hauteur

d’un baiser prolongé

d’un acte de résistance

(Sandra Lillo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

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Le délai pour être un homme (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2016



Le délai pour être un homme
Est toujours prolongé plus loin qu’on ne pensait.

Je tends en fou le bol des fontaines
Où tombent le temps, le ciel, la plaine.
Qu’ils tombent, moins lourds qu’un pleur,
Que n’y tombent ni songes, ni peines !

Quand la brume passe en croupe au corps d’un cheval blanc,
Le soleil étonné grandit.

(Armand Robin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Norstein Herisson

 

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NUIT D’ÉTÉ (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2015



NUIT D’ÉTÉ

Le violon, d’un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle aux sons des cors,
Les sylphes vont pleurant comme une âme en détresse,
Et les coeurs des arbres ont des plaintes de morts.
Le souffle du Veillant anime chaque feuille;
Aux amers souvenirs les bois ouvrent leur sein;

Les oiseaux sont rêveurs; et sous l’oeil opalin
De la lune d’été ma Douleur se recueille…
Lentement, au concert que font sous la ramure
Les lutins endiablés comme ce Faust ancien,
Le luth dans tout mon cceur éveille en parnassien
La grande majesté de la nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain
Prolongé jusqu’à l’aube, et mourant au Matin.

(Emile Nelligan)


Illustration

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