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Poésie

Posts Tagged ‘prolonger’

MAINTENANT… (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020




MAINTENANT…

Maintenant que tu m’as d’une ardeur si profonde
Aimé dans mes départs, aimé dans mes retours,
Maintenant que, pour mieux enchaîner notre amour ;
Tu mêles à tes cheveux bruns mes boucles blondes ;

Maintenant que, rieuse et grave tour à tour,
De joie ou de tristesse à ton gré tu m’inondes,
Je n’aurai pas de crainte, il me semble, le jour
Où je devrai laisser ce doux et triste monde.

Car serait-ce demain, serait-il même vrai
Que le néant suivît l’instant désespéré,
Mon amour ici-bas prolongerait mon âme ;

Et plus subtil, plus doux, plus tendre, plus vainqueur
D’avoir pris pour revivre un visage de femme,
Maintenant je vivrais tout entier dans ton coeur …
Cet amour vit encore après les feuilles mortes…

(Emile Ripert)

 

 

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Immobile (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



Ce n’est pas le mouvement
Qui prolonge la vie
Tout objet immobile
Est peut-être au repos

(Alain Mabanckou)


Illustration

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LE VIVANT PROLONGÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LE VIVANT PROLONGÉ
(Avec naturel.
Familièrement, comme ça)

Le mort qui est en moi
s’impatiente

Il tape dans sa caisse
à bras raccourcis
il voudrait qu’on le montre
une dernière fois.

Quant au vivant
ça va pas mal merci

pour le moment.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONSEILS À UN AMANT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



 

Illustration: Egon Schiele
    
CONSEILS À UN AMANT

Si tu veux être aimé d’une femme, ô jeune ami, quelle qu’elle soit,
ne lui dis pas que tu la veux, mais fais qu’elle te voie tous les jours,
puis disparais, pour revenir.

Si elle t’adresse la parole, sois amoureux sans empressement.
Elle viendra d’elle-même à toi.
Sache alors la prendre de force, le jour où elle entend se donner.

Quand tu la recevras dans ton lit, néglige ton propre plaisir.
Les mains d’une femme amoureuse sont tremblantes et sans caresses.
Dispense-les d’être zélées.

Mais toi, ne prends pas de repos.
Prolonge les baisers à perte d’haleine.
Ne la laisse pas dormir, même si elle t’en prie.
Baise toujours la partie de son corps vers laquelle elle tourne les yeux.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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VEILLEUSE (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



VEILLEUSE

Elle n’est ni ta gaieté ni ta tristesse.
Ni ton silence ni le poème né du silence.
Elle n’est ni tes victoires ni ta chute, définitive ou pas.
Elle n’est pas ta démesure mais non plus elle n’est ta quiétude, le calme.
Elle est étrangère à tes actions autant qu’à ce qui les provoque, elle ne participe pas.
Elle est tout auprès, mais tu l’ignores.
Ou plutôt tu devines qu’elle est peut-être, qu’elle pourrait surgir,
mais rien ne vous conduit, ne vous destine.
Elle ne pourrait te perdre pas plus qu’elle ne pourrait te prolonger.

Elle est de surcroît.

(Robert Momeux)


Illustration: Ivan Calatayud

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La mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Comment la mort me surprendrait-elle ?
Elle est mienne, n’est que mienne.
Je la nourris moi-même, en vivant.

*

Il ne devrait pas y avoir de mot pour la mort,
que nous ne connaissons pas, qui n’existe pas.

*

Ne pas dire après la mort.
La mort interdit tout après.
Fixer cet étrange ensuite.

*

Le mourant ne prolonge par sa route ailleurs.
C’est sa route même, et tout l’espace derrière lui,
qui, dans l’instant s’effondre.

*

Mort, on franchit l’obstacle en le devenant.
Absorbant – absorbé.

*

Mourir est difficile.
Et pourtant, tous y parviennent.

*

C’est la sortie de ce monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant
ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

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La cloche du temple s’est tue (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018




    
La cloche du temple s’est tue.
Dans le soir, le parfum des fleurs
En prolonge le tintement.

(Bashô)

 

Recueil: Haïku
Traduction: Philippe Jaccottet
Editions: Fata Morga

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Une chanson (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

Une chanson

Je pensais qu’il ne fallait rien
Pour prolonger la jeunesse
De plus qu’haltères et fleuret
Qui conservent jeune le corps.
Oh, qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

Pour plaire j’ai certes des mots,
Mais quelle femme s’en contente
Si je ne perds plus mon sang-froid
Du seul fait d’être à côté d’elle ?
Oh, qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

Je n’ai pas perdu le désir,
Mais bien mon coeur d’autrefois ;
Je croyais bien qu’il brûlerait
Mon corps jusqu’à son lit de mort,
Car qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

***

A song

I thought no more was needed
Youth to prolong
Than dumb-bell and foil
To keep the body young.
O who could have foretold
That the heart grows old ?

Though I have many words,
What woman’s satisfied,
I am no longer faint
Because at her side?
O who could have foretold
That the heart grows old ?

I have not lost desire
But the heart that I had ;
I thought ‘twould burn my body
Laid on the death-bed,
For who could have foretold
That the heart grows old ?

(William Butler Yeats)

Illustration: Edward Hopper

 

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L’éphémère (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



    

L’éphémère

Tant d’éphémères mains, tant de vent
Ce soir
Tarde la magique lueur

Et ton nom est incertain
Parmi de pauvres roses
Ton nom défait les fleuves où la lumière nage

J’ai patienté pour accueillir
Longue ta voix le long de longues herbes

Mais tu es seul parmi la pierre des étoiles
Ta voix prolonge la source des vivants

J’attends pour te reprendre de n’être qu’un langage.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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