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LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS

Auprès de cette grotte sombre
Où l’on respire un air si doux,
L’onde lutte avec les cailloux,
Et la lumière avecque l’ombre.

Ces flots, lassés de l’exercice
Qu’ils ont fait dessus ce gravier,
Se reposent dans ce vivier
Où mourut autrefois Narcisse.

L’ombre de cette fleur vermeille
Et celle de ces joncs pendants
Paraissent être là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille

Crois mon conseil, chère Climène :
Pour laisser arriver le soir,
Je te prie, allons nous asseoir
Sur le bord de cette fontaine.

Penche la tête sur cette onde,
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.

Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecque mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage.

Veux-tu par un doux privilège
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige.

(Tristan l’Hermite)

Illustration

 

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LES PROMENEUSES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Paul Delvaux

 

LES PROMENEUSES

Au long de promenoirs qui s’ouvrent sur la nuit
— Balcons de fleurs, rampes de flammes —
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.

Le travail de la ville et s’épuise et s’endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Étend au loin ses effluves sur l’or
Myriadaire d’un grand décor panoramique.

Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l’eau
Semble un torse qui bouge en une armure.

La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d’ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre’,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, — depuis quels temps ? —
Douloureuses et mutuelles.

En pleurs encor d’un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.

Telle bouche vers telle autre s’en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l’eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.

Telle attitude est pareille toujours ;
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.

J’en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d’or
Où son rêve d’État strict et géométrique
Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.

Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis
Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même
Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême
En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.

Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort,
Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Delvaux

 

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DANS NOS VIEILLES POLYPHONIES… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



DANS NOS VIEILLES POLYPHONIES…

Dans nos vieilles polyphonies
Fraîches comme chants de mésanges
Les oiseaux se font de faux nids
Tout près des anges

Lavandières du clair de lune
Au frais battement des lavoirs
Dans les nuits de Sainte-Opportune
Au vas-y-voir

C’est au pays des amours mortes
Où les fifres sifflent au vent
Où les loups soufflent sous les portes
Et sous l’auvent

Quand la rosée du matin brille
Je me perds en ses grands yeux noirs
Où je suis plus heureux qu’un drille
Des promenoirs

C’est l’amour qui me fit trouvère,
Parler aux oiseaux, aux poissons
Près des buissons de givre en verre
Pleins de chansons

Dans nos vieilles polyphonies
Gazouillent les flûtes du ciel
Les âmes pleurent, infinies
Dans le silence essentiel

De nos vieilles polyphonies…

(Maurice Fombeure)

Illustration: Hervé Masson

 

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