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Poésie

Posts Tagged ‘promettre’

Et moi je voudrais d’abord (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Chris Peters  
    
Et moi je voudrais d’abord
être lavé, nettoyé, rincé
n’avoir plus que la netteté
janséniste des os seuls,
donner ma chair aux vautours,
marquer dans les déserts
la route des caravanes,
indiquer par mon squelette.

Et moi, je voudrais aussi
me débarrasser à jamais,
me laver, me nettoyer, me rincer,
quitter mes affiches politiques,
cesser de promettre en mentant,
en vert, bleu, rouge ou blanc,
que ma pierre soit nue sur le ciel,
dût-elle, nue, se désagréger.

Et moi je voudrais enfin
être plus propre et plus nu,
et vivant, que je sois lavé
comme les morts sous la terre.

(Max-Pol Fouchet)

 

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PARTICIPES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019




    
PARTICIPES

Enfui
transmis
jeté
perdu.

Noyé
sauvé
surgi
promis.

Flétri
caché
nié
repris.

Tombé
frappé
brisé
brûlé.

Décomposé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’avais pensé partir… (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



Illustration
    
J’avais pensé partir…

J’avais pensé partir
avant la fin du jour

Éviter les remous
pour m’en aller léger
et n’encombrer personne

Mais je dois me résoudre
à rattacher la barque
aux lourds anneaux du port
car ce soir il est tard

Trop pour prendre la mer.

*

Je n’ai pas la douleur
Je n’ai pas le besoin
et je n’ai pas l’exil

J’ai juste perdu
Celle que j’aimais.

**

Je t’avais promis une caresse chaque soir
désormais ce sera un poème.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Il était jaloux, inquiet et tendre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Il était jaloux, inquiet et tendre,
Comme le soleil du bon Dieu il m’aimait,
Mais pour que son chant oublie le passé,
Il a tué mon oiseau blanc.

Il a dit, en entrant au crépuscule dans ma chambre :
«Aime-moi, ris, écris des vers ! »
Et j’ai enterré l’oiseau joyeux
Derrière le puits rond, sous le vieil aulne.

Je lui ai promis de ne pas pleurer,
Mais mon coeur maintenant est une pierre,
Il me semble que toujours et partout
J’entendrai chanter la voix si douce.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Toi aussi, tu croyais aux anges (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Diane Maizel 
    

Toi aussi, tu croyais
aux anges, autrefois,
tu guettais leur passage
à l’orée du sommeil,

tu respectais leurs
fatigues, tu ne les
interrogeais pas si
dans leurs yeux ne

brillait pas la beauté
du monde — ils étaient
ces visiteurs qui
te donnaient la main,

et qui, proches des rêves
que tu ne fais plus,
te promettaient de

tromper ta solitude
avec les murmures venus
des entrailles du ciel.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE SUIS D’EAU ET DE TERRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

JE SUIS D’EAU ET DE TERRE

Je suis d’eau et de terre comme les montagnes,
Les forêts impatientes qui attendent
Qu’un éclair subit embrase.

(Peut-être Dieu promet-il un éclair,
Nous l’attendons.
Un incendie dans les forêts.)

Mes mains ont été créées, ont été pétries
De terre et de rêve, comme
Les roses sans nom et les arbres.

Je cache l’amertume muette de la plante.

Quand tombera la dernière nuit,
Ombre immense couvrant la lumière,
Ne vous lamentez pas sur moi, ne me pleurez pas,
Allumez un grand feu et brûlez-moi.

Que la chair prenne des ailes de feu et s’envole.

(Georges Themelis)

Illustration: Bill Viola

 

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ENCORE MAINTENANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ENCORE MAINTENANT, ciel,
Parfois je lève les yeux et dis,
« Non, je n’ai pas oublié,
Bien que pour le moment
Je passe d’un lieu à un autre,
De celui-ci au suivant, je promets
(Je le dis aux espaces bleus et aux hautes nuées)
D’être de nouveau, un jour,
En votre grande éternelle présence. »
Mais en silence vous me rappelez toujours
Que j’ai quitté, perdu, déserté.

***

EVEN NOW, sky,
Sometimes I look up and say,
`No, I have not forgotten,
Though for the time
Going from here to there,
From this to next, I promise
(So I say to the blue spaces and high clouds)
To be again, someday,
In your great ever-presence’.
But silently you remind me always
That I have left, lost, gone away.

(Kathleen Raine)

 

 

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L’ÉCART (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Aat Verhoog (14)

L’ÉCART

Souvent j’habite mon corps
jusqu’aux creux des aisselles
Je me grave dans ce corps
jusqu’aux limites des doigts
Je déchiffre mon ventre
Je savoure mon souffle
Je navigue dans mes veines
à l’allure du sang

Sur mes pommettes la brise prend appui
Mes mains touchent aux choses
contre ma chair ta chair m’établit

Souvent d’être mon corps
J’ai vécu
Et je vis

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je l’entrevois
martelé par les jours
assailli par le temps

Souvent d’un point sans lieu
J’assourdis mon histoire
De l’avant à l’après
je conjugue l’horizon

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je le distance

Et de cet écart même
en alternance
Je vis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Aat Verhoog

 

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AINSI SOIT ELLE (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
AINSI SOIT ELLE

Oui, nous ferons la croix ensemble,
Et je te clouerai sur le lit
Et je mêlerai mes membres
Aux tiens, ma petite amie.

Oui, cela ferons ensemble
Et je te prendrai la main
Comme à l’enfant pour descendre
Dans le ravin.

Nous jouirons de nous surprendre
Ainsi liés, oui, c’est promis,
Et caresserons nos cendres,
Avec mépris.

Nous regarderons en face
Nos deux pauvres corps meurtris
Sans y voir malice, et fasse
Que le bon Dieu n’y soit. Ainsi

Nous pourrons tous deux survivre
A cet enfer et paradis
Ainsi nous mourrons, et vive
Après l’hiver, l’âpre fruit.

Car il faut que tout finisse
En splendeur, chemise ou non
Ah! que le jour serait triste
Sans la nuit qui dit son nom.

Le plaisir veut qu’on y pense
Un rien de plus qu’il ne vaut
Que la bête en nous dépense
Son crescendo.

A l’amour rendons les armes,
Il nous dérange si peu!
Sois tel un soldat. Les larmes
Ne sont rien qu’un coup de feu

Qu’à personne l’on destine
Sans savoir pourquoi, comment,
Dresse ton corps et calcine
Ton sempiternel tourment.

Laisse-toi souffrir, ma belle,
Moi je laisse aller mon coeur.
Ainsi le navire appelle
L’ancre. Ainsi l’âme soeur, ma soeur.

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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LE CHATEAU-CHAGRIN (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LE CHATEAU-CHAGRIN

Mon grand-père, quand il passait devant le Château-Chagrin,
ôtait toujours sa casquette.
Une casquette de reps écru que le valet Numance blanchissait tous les lundis.
Je n’ai jamais su pourquoi bon-papa saluait.
Sur son lit de mort, il me dit:
Petit, quand tu passeras devant le Château-Chagrin,
promets-moi d’enlever ta casquette.
— Oui, bon-papa, et je dirai la même chose à mon fils.

(Norge)


Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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