Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘promise’

Fillette de l’argile fiancée au feu (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Fillette de l’argile fiancée au feu
enfant de la terre moite
villageoise de mousse
d’herbes amères
et d’insectes miroitants
de lierre
et de feuilles
promise au danseur des fagots
chaque branche du bûcher
brindille ronce et genévrier
témoigne de ta folle aventure
au confluent d’Isis et de Geneviève
bergère de nature
et reine d’épée
toi la sainte et toi la fée
toi que l’amour a brûlée.
Fille des souches et des eaux
des flammes s’apprivoisent
du cep au ciel
entre tes doigts
oiseaux cruels.

(Armand Lanoux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

PEU IMPORTE (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018




Peu importe
où elle est sise
cette île imprécise,
elle me berce au creux douillet
de mon rêve parfait,
ses musiques exotiques
« steel band » ou romantiques
sont transmises
par une brise invisible,
l’âme en est toute imprégnée,
caressée par les vents alizés.

Peu importe
où elle est sise
cette île exquise,
nul ne peut la voir
mon île imaginaire ;
elle m’habite toute entière
et je m’y réfugie
à coeur perdu ;
elle est ma tour d’ivoire,
mon espoir ;
le voyage en effet
n’est qu’un joli mirage,
je me repais de si belles images,
d’un paysage
que je dessine à ma guise
sur une palette exquise.

Je choisis mes couleurs
au gré de mon humeur,
alors peu importe
où elle sise
cette terre promise
sise où je veux,
quand je veux,
l’on y est si heureux…

(Hélène Laugier)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’attente (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Alexander Sulimov _1293737382

L’attente

Quand je ne te vois pas, le temps m’accable, et l’heure
A je ne sais quel poids impossible à porter :
Je sens languir mon coeur, qui cherche à me quitter ;
Et ma tête se penche, et je souffre et je pleure.

Quand ta voix saisissante atteint mon souvenir,
Je tressaille, j’écoute… et j’espère immobile ;
Et l’on dirait que Dieu touche un roseau débile ;
Et moi, tout moi répond : Dieu ! faites-le venir !

Quand sur tes traits charmants j’arrête ma pensée,
Tous mes traits sont empreints de crainte et de bonheur ;
J’ai froid dans mes cheveux ; ma vie est oppressée,
Et ton nom, tout à coup, s’échappe de mon coeur.

Quand c’est toi-même, enfin ! quand j’ai cessé d’attendre,
Tremblante, je me sauve en te tendant les bras ;
Je n’ose te parler, et j’ai peur de t’entendre ;
Mais tu cherches mon âme, et toi seul l’obtiendras !

Suis-je une soeur tardive à tes voeux accordée ?
Es-tu l’ombre promise à mes timides pas ?
Mais je me sens frémir. Moi, ta soeur ! quelle idée !
Toi, mon frère ! … ô terreur ! Dis que tu ne l’es pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE SYLPHE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



 

symphe danse

LE SYLPHE

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu!

Ni vu ni connu,
Hasard ou génie?
A peine venu
La tâche est finie!

Ni lu ni compris?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises!

Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises!

(Paul Valéry)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IL EST TROP TARD (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Pier Toffoletti 31

IL EST TROP TARD

Rappelez-vous ces jours heureux,
Où mon coeur crédule et sincère
Vous présenta ses premiers voeux.
Combien alors vous m’étiez chère !
Quels transports ! quel égarement !
Jamais on ne parut si belle
Aux yeux enchantés d’un amant ;
Jamais un objet infidèle
Ne fut aimé plus tendrement.
Le temps sut vous rendre volage ;
Le temps a su m’en consoler.
Pour jamais j’ai vu s’envoler
Cet amour qui fut votre ouvrage :
Cessez donc de le rappeler.
De mon silence en vain surprise,
Vous semblez revenir à moi ;
Vous réclamez en vain la foi
Qu’à la vôtre j’avais promise :
Grâce à votre légèreté,
J’ai perdu la crédulité
Qui pouvait seule vous la rendre.
L’on n’est bien trompé qu’une fois.
De l’illusion, je le vois,
Le bandeau ne peut se reprendre.
Échappé d’un piège menteur,
L’habitant ailé du bocage
Reconnaît et fuit l’esclavage
Que lui présente l’oiseleur.

(Evariste Parny)

Illustration: Pier Toffoletti

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dit-elle (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017




Amour me tient à l’aurore nouvelle
comme la mer qui berce la nacelle
guettant l’ami veillant en sentinelle
à la persienne en haut de la tourelle
amour me tient en ardente chapelle
jusqu’à l’instant où s’éteint ma prunelle
comme ceux-là qui vont à Compostelle
amour me tient hors de ma vie charnelle

Amour me tient qui me brûle et me cerne
me glace au coeur me conforte et me berne
et me rudoie m’éjouit et m’hiverne
amour me tient qui toujours me gouverne
comme le vent fait pencher les luzernes
et je le chante aux tables des tavernes
je le maudis sous la pâle lanterne
le pleure enfin aux muettes poternes

Amour me tient servante en son église
coiffée de blanc vêtue de toile bise
bouche mouillée comme chair de cerise
seins tout menus et ceinture bien prise
amour me tient en ses chambres soumise
par diable heureux toutes folies permises
me font chanter en la langue requise
les mille morts de la guerre promise.

(Henri Gougaud)

Illustration: Alexandre-Auguste Hirsch

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Sylphe (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Le Sylphe

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu.
Ni vu ni connu
Hasard ou génie ?
À peine venu
La tâche est finie
Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !
Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu

Entre deux chemises

(Paul Valéry)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A Poor Young Shepherd (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



J’ai peur d’un baiser
Comme d’une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer:
J’ai peur d’un baiser!

Pourtant j’aime Kate
Et ses yeux jolis.
Elle est délicate,
Aux longs traits pâlis.
Oh! que j’aime Kate!

C’est Saint-Valentin!
Je dois et je n’ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint-Valentin!

Elle m’est promise,
Fort heureusement!
Mais quelle entreprise
Que d’être un amant
Près d’une promise!

J’ai peur d’un baiser
Comme d’une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer:
J’ai peur d’un baiser

(Verlaine)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JE NE RENONCE PAS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

JE NE RENONCE PAS…

Je ne renonce pas à découvrir sur mes terres
Des couchants qui rugissent
Des fleurs qui marchent
Des cathédrales d’herbe
Du charbon comestible
Et tout ce qu’on voudra d’aladines splendeurs,
De passages secrets, d’énigmes foudroyées,
Je ne renonce pas aux épiphanies promises
Aux orgies permises
Aux miracles des mots.
Il se peut qu’en moi-même, entre chair et regard,
Entre mes loisirs d’arbre et mes travaux d’insecte
Je trouve un jour l’espace où reposer ma tête
Et la décence
Et le respect
Qui m’auront tant manqué ;
Il se peut que je sache, avant que d’en mourir,
Forcer le coeur de l’homme
Y trouver mon image dont je porte le deuil.
Je ne renonce à rien de ce que je dois devenir ;
Un homme enfin capable de se croire immortel.
Mais aujourd’hui laissez-moi ronger
La neige rouge de ma douleur
Avec la lâcheté que m’ont léguée
Ceux d’autrefois, qui croyaient au péché ;
Laissez-moi me croire coupable
De mon malheur ;
Laissez-moi consentir à la perpétuité de mon impuissance
Et de mon châtiment.

(Jean Rousselot)

Illustration: Melissa Launay

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Errer (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Errer

Elle va elle va
La remuante vie
Distançant nos fictions
Devançant tous nos rêves

Tandis que nous errons
D’ébauches en ébauches
Fabriquant sur l’écorce du monde
De frêles abris

Tandis que nous rôdons
Vers l’incernable issue
Mendiants d’éternité
Et de terres mal promises

Les peurs parfois nous déportent
Vers de douteux appuis
Nous enferment parfois
En de sombres bastilles
Sans fenêtres sur l’espace
Sans passage vers autrui.

(Andrée Chedid)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :