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Posts Tagged ‘prononcer’

CASA DE LA MENTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Tom Fruin
    
« CASA DE LA MENTE »
À A. G.

la maison mentale
reconstruite lettre à lettre
mot à mot
dans ma double figure de papier

traverse la mer d’encre
pour donner une nouvelle forme
à un nouveau sentiment

il ouvre la bouche
vert de sans racines
le mot sans son corps

un nouvel ordre musical
de couleurs de corps d’excédents
de formes petites
qui bougent crient disent jamais
la nuit dit jamais
la nuit me prononce
dans un poème

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Non seulement (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Illustration: Léonard de Vinci
    

Non seulement cette belle main nue
Qui s’est gantée, à mon grand détriment,
Mais l’autre, et ces deux bras : qu’ils sont habiles,
Qu’ils sont prompts à étreindre mon coeur timide!

Mille pièges me tend Amour, aucun en vain,
Ce sont les tendres formes, pour moi si neuves,
De ce corps noble et chaste : si célestes
Qu’aucun art, aucune pensée, ne peuvent les rendre.

Yeux en paix, dont les cils répandent la lumière,
Bouche d’ange, superbe, qui laisse voir
Des perles et des roses, et prononce des mots

Si doux qu’ils font frémir de tant de merveille!
Puis ce front, et ces tresses : à midi, l’été,
Elles font oublier que le soleil brille.

***

Non pur quell’una bella ignuda mano,
che con grave mio danno si riveste,
ma l’altra et le duo braccia accorte et preste
son a stringere il cor timido et piano.

Lacci Amor mille, et nesun tende invano,
fra quelle vaghe nove forme honeste
ch’adornan si l’alto habito celeste,
ch’agiunger nol pò stil né ‘ngegno humano:

li occhi sereni et le stellanti ciglia,
la bella bocca angelica, di perle
piena et di rose et di dolci parole,

che fanno altrui tremar di meraviglia,
et la fronte, et le chiome, ch’a vederle
di state, a mezzo dí, vincono il sole.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Possédons-nous les mots (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    

Possédons-nous
les mots que nous livrons
à d’autres?
nous le croyons
puisque nous les portons
en nous

Nous les portons
les mots de tous
même ceux qui suintent
de notre sueur
ceux qui saignent
de notre sang
ceux qui jouissent
de notre plaisir
ceux qui germent
de notre sève

Les mots de chacun
sont à tous
chacun les reçoit de tous
et les porte
vers chacun

Les mots ne sont pas
de nous
ils sont de ce corps
anonyme
sans visage
qui ne peut se passer
de nous
pour exister

Les mots que nous portons
et que nous prononçons
nous croyons les forcer
à devenir les nôtres
c’est eux qui nous font
leur

Les mots viennent d’ailleurs
d’on ne sait où
ils vont ailleurs
on ne le saura pas
Nous sommes traversés
par les mots

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je n’ai pas su (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Je n’ai pas su, dans le brouillard, saisir
Ton image douloureuse et fragile.
« Seigneur ! » ai-je dit par erreur,
Sans vouloir prononcer ce mot.

Le nom divin, comme un oiseau immense,
S’est échappé de ma poitrine.
Devant moi les volutes d’un brouillard épais,
Et derrière moi une cage vide.

(Ossip Mandelstam)


Illustration: William Blake

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DISCORDANCES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

hirondelle

DISCORDANCES

Je prononce Ténèbres
Pour mieux dire Hirondelle

Parce qu’elles se traversent
je dénombre les murailles

Je me serre contre l’ardoise
pour y graver poèmes

Et plonge dans les gouffres
pour embraser l’instant.

(Andrée Chedid)

 

 

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Quelqu’un te hèle de l’autre rive (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
Quelqu’un te hèle
de l’autre rive
Il s’adresse bien à toi
mais ce n’est pas ton nom
qu’il prononce
Dois-tu répondre
ou l’appeler toi aussi
par un sobriquet de ton invention ?

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: Tribulations d’un rêveur attitré
Traduction:
Editions: La Différence

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L’homme épelle sa fatigue (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
L’homme épelle sa fatigue.
Épelle et soudain
découvre d’étranges majuscules,
inespérément seules,
inespérément hautes.
Qui pèsent plus sur la langue.
Pèsent plus mais échappent
plus vite et c’est à peine
s’il peut les prononcer.
Son cœur se rassemble sur les chemins
où la mort éclate.
Et il découvre, tandis qu’il continue d’épeler,
de plus en plus d’étranges majuscules.
Et une grande peur l’étreint :
se trouver devant un mot
écrit seulement de majuscules
et ne pouvoir alors le prononcer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 1
Traduction: Roger Munier
Editions: Fayard

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Chagrin d’enfant (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: William Blake
    
Chagrin d’enfant

Ma mère gémit, mon père pleura ;
Je sautai dans ce monde dangereux,
Désarmé, nu, pépiant à tue-tête
Comme un démon caché dans un nuage.

Me débattant dans les mains de mon père
Me démenant dans mes langes
Ficelé et las, je préférais
Bouder sur le sein de ma mère.

Quand je vis que la rage était vaine
Que bouder ne servirait de rien
Après bien des espiègleries et des ruses
Je commençai à m’apaiser et à sourire.

Je m’apaisai de jour en jour.
Le moment vint où je tins debout sur le sol
Et je souris nuit par nuit
N’ayant de but que le plaisir.

Et je vis devant moi briller
Des grappes de la vigne sauvage
Et nombreux, des arbres et des fleurs charmants
Étendirent sur moi leur floraison printanière.

Mon père alors, avec les yeux d’un saint,
Un livre saint dans les mains
Prononça des malédictions sur ma tête
Et me lia à l’ombre d’un myrte.

***

INFANT SORROW

My mother groand! my father wept.
Into the dangerous world I leapt:
Helpless, naked, piping loud;
Like a fiend hid in a cloud.

Struggling in my fathers hands:
Striving against my swadling bands:
Bound and weary I thought best
To sulk upon my mothers breast.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Ils ne croient pas que la vie les aime (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Illustration: Josephine Wall
    
«Ils ne croient pas que la vie les aime,
qu’elle est capable de se répandre entière :
il suffirait pourtant que le regard qu’ils posent soudain sur elle
soit réellement ému, et appelle. »

«Quel effort serait-ce pour eux de desserrer enfin les lèvres
et de prononcer : « bien aimée » ?
Dites-moi. »

[…]

«Tout variera, simplement, d’un auditeur à l’autre. »

« Un qui commencera par ne pas comprendre,
car il sera frappé de plein fouet, trop directement,
pourra quelques instants plus tard se mettre à entendre. »

«Alors, immédiatement, je serai sur sa bouche. »

« Et j’ouvrirai mon ciel entier. »

« À la circulation d’amour. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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LES POÈTES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LES POÈTES

Si l’on pouvait rien qu’une fois
prononcer des mots définitifs
comme ceux qui séparent les eaux
guérissent ou ressuscitent les morts

— et le voisin tout à coup retrouve
son visage du dimanche et s’étonne
du mur qu’il a dressé entre nous
pour être seul avec lui-même

comme avec une femme, disait-il,
ou la mer quand elle revient de loin,
les yeux vagues et prête à tout recommencer
— qui, débordant les marges de vaine gloire, qui

refuserait d’accorder sa parole au silence?

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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