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Posts Tagged ‘prophétiser’

LA PYTHONISSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




Illustration: John Collier
    
LA PYTHONISSE
pour John Hayward

Je suis cette caverne hantée par les serpents
Dont l’ombilic engendre le destin des hommes.
Toute sagesse jaillit d’un trou dans la terre :
Les dieux se forment dans mon obscurité,
puis se dissolvent.

De ma matrice aveugle sortent tous les royaumes,
Et dans ma tombe les sept dormeurs prophétisent.
Nul enfant pas encore né qui ne s’éveille à mon rêve,
Nul amant qui ne finisse par trouver en moi sa tombe.

Je suis ce lieu brûlant dont on a peur et soif,
Où l’homme et le phénix sont consumés,
Et de mon lit impur et bas se lèvent
De nouveaux fils, de nouveaux astres, de nouveaux ciels.

***

THE PYTHONESS
For John Hayward

I am that serpent-haunted cave
Whose navel breeds the fates of men.
Ail wisdom issues from a hole in the earth:
The gods form in my darkness, and dissolve again.

From mil blind womb ail kingdoms corne,
And from my grave seven sleepers prophesy.
No babe unborn but wakens to my dream,
No lover but at last entombed in me shall lie.

I am that feared and longed-for burning place
Where man and phoenix are consumed away,
And from nay low polluted bed arise
New sons, new suns, new skies.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Chair des Choses (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Chair des Choses

JE possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l’on plonge les mains,
Et l’odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Ces mots (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Ces mots qui révèlent, qui prophétisent,
D’autres qui bousculent, qui bouleversent:
Une parole donc, la nôtre, criblée
D’éclairs, de rafales, ou tamisée
De brises, de chuchotis,
Fondue tout d’un coup dans la résonance,
Où les dires trop humains tentent
De déchiffrer ou de déchirer

L’éternel voile de l’innommé.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Les sources naissent des pierres (Jean Claude Renard)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



 

Les sources naissent des pierres.
Elles ont, dans l’herbe,
Le goût des framboises.
Des coqs blancs traversent les falaises.
En amont, en aval
L’échéance du sang conduit à l’origine.
Même la neige annonce les îles.
Elles luisent la nuit
Avec les eaux sacrées.
Ces fêtes vertes, ces fables
N’extraient du fleuve que l’enfance.
Chaque banc de sable est beau comme un buisson de laine
Où le feu prophétise
Qu’il y aura, demain,
Des villes sous les branches.
La mort est pure dans l’estuaire
– Et la transparence habitable.
Je parle en elle
La langue du dieu frais.

(Jean Claude Renard)

 

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N’es-tu lasse, aussi, de rêver d’hier ? (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2015



 

Eugeniusz Zak em [1280x768]

N’es-tu lasse, aussi, de rêver d’hier ?
N’es-tu prête à prophétiser ?
Je suis triste et seul et fier
De mon rêve maîtrisé.

Ne veux-tu pas songer à l’ombre
Enfin ! où nous entrons ce soir ;
Et voudrais-tu que je renombre
Mes vieux et mes jeunes espoirs ?

Je suis triste, par-delà la tristesse,
Et si seul que la foule m’émeut ;
Pensée, seras-tu la prêtresse
Du Dieu de la vie, de leur Dieu ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Eugeniusz Zak 

 

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