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Posts Tagged ‘propriétaire’

JE PARS EN QUITTANT CETTE CHAMBRE (Hiroshi Sekine)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

JE PARS EN QUITTANT CETTE CHAMBRE
KONO HEYA O DETEYUKU

Je pars en quittant cette chambre
Cette chambre où se trouve la mesure de mon temps

J’ai emporté les livres
J’ai emporté le bureau
J’ai emporté les vêtements
Les autres affaires le bric-à-brac je les ai emportés
J’ai emporté également l’amour

Je pars en laissant
La chaufferette à couette kotatsu
Le brasier hibachi
Devenus désuets
Que je sois triste c’est évident
Pas à cause d’eux
Parce que si je commandais même un camion poids lourd
Il y a des souvenirs qui ne se transportent pas
Et j’en laisserai beaucoup en m’en allant

Dans la chambre maintenant déserte
Je pose tous les souvenirs et m’en vais
Mais je viendrai de nouveau
Les reprendre sans faute
Monsieur le propriétaire

(Hiroshi Sekine)

Illustration: Edward Hopper

 

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MES PROPRIÉTÉS (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



 

cerveau

MES PROPRIÉTÉS
Pour Henri Michaux

Propriétaire je suis moi aussi
j’ai douze arpents de silence blanc
tout au fond du cerveau

*

MY PROPERTIES
For Henri Michaux

I’m a landowner myself after all —
I’ve got twelve acres of white silence
up at the back of my mind

(Kenneth White)

Illustration

 

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La liberté (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



A l’intérieur est la souffrance,
mais au-dehors est sa raison.
Ta blessure est ce monde ardent,
mais l’âme en fièvre ta lésion.
Le rebelle reste en prison –
La liberté vient seulement
si tu bâtis une maison
sans propriétaire dedans.

(Attila Jozsef)


Illustration

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Table rase (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration: Emile Munier
    
Table rase

Enfant, vois-tu, il n’y a plus d’Enfer.
Les grilles sont fermées,
les feux éteints,
la rouille a dévoré fourches, pinces et lames,
les démons ont fondu comme graisse au soleil,
le Grand Satan n’est plus qu’un roc
enlisé dans la boue.

De même en vain tu chercheras le Paradis,
noyé, perdu dans l’océan de brume.
Guichet fermé, faillite,
propriétaire en fuite,
nul repreneur en vue.

Il ne te reste ici
que le bel aujourd’hui,
l’arbre chéri, l’oiseau rêveur
et, sur ton front, le baiser d’une mère.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le Centre (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration
    
Le Centre

Lorsque je suis au centre
de mon amour non partagé
je ne puis le tenir comme un objet
Il n’a pas d’angles vifs
qui puissent torturer quiconque
je respire le parfum
du désir
et le désir
n’a nul propriétaire
« Ô mon amour » étreint
le large et vaste ciel
tandis que la nuit farfouille parmi
les constellations
collier soulevé
après collier égrené
pour le ravissement
de la bien-aimée de Leonard
« Ô mon amour » retentit
par chaque pore de la neige
et la forêt répond
d’une grande hauteur :
« Ô mon amour »
Et voici un mur qui apparaît
et voici un coeur qui se dissout
et ils s’enlacent en ce lieu
où je suis retenu
dans la tempête
Et je marche vers toi
sur les vagues du désir
je franchis la distance
avec du nouveau à te dire
sur ta beauté
tes belles jambes
et ton implacable absence

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Boue (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




    
Boue

Les pierres avaient été déposées à intervalles rythmés.
Elles épousaient les minuscules dénivellations.
Elles étaient régulièrement poncées et lavées
afin que la mousse ne parvienne à les confondre avec l’herbe,
ce qui aurait, à l’évidence, accouché de conflits incessants.

Le propriétaire regardait cela d’un oeil vif.
Il jaugeait sa satisfaction au nombre de cailloux
que son regard embrassait d’un seul jet.

Quelques décennies plus loin,
l’arrivée impromptue d’une boue devenue torrent recouvrit tout.
Inexorable. Plus de signe.
Plus de borne. Plus de légitimité décrétée.
Enfouie pour longtemps.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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PORTRAIT DE FEMME EN CAVE (Odile Caradec)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017




    
PORTRAIT DE FEMME EN CAVE

Elle rit en montrant ses grandes dents
hennissantes
elle se réjouit d’avoir été propriétaire
de deux fontaines de jouvence
présentement elle est à sec comme un vieux
hareng saur

Jadis elle fut une femme
elle n’en est plus que l’historique
il y a en elle un arbre qui pousse qui pousse
Cet arbre immense, c’est son squelette qui
grandit
peu à peu il prend toute la place
Oui, les parties dures de son corps envahissent
l’espace
Seigneur ! et qui les voit ?

(Odile Caradec)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Cette terre n’est pas à toi (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



    

Qui fait germer la graine
dans les ténèbres de la terre ?

Qui soulève le nuage
sur la crête de la vague ?

Qui amène ici de l’ouest
le vent bienfaisant ?

Qui a fait ce sol
et qui cette lumière du soleil ?

Qui a empli de grains
les épis de blé ?

Qui a appris
leur ronde aux saisons ?

Propriétaire!
Cette terre n’est pas à toi
ni à tes ancêtres;

Non, elle n’est pas à toi
ni à moi.

(Mohammad Iqbal)

 

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Je suis propriétaire. De terres spirituelles. (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Je suis propriétaire. De terres spirituelles.
Combien de petites herbes tremblotent sous ma tutelle.
Mon Dieu ! qu’elles me pardonnent si je vis avec elles
mêlant des yeux en pleurs d’amour à leurs rosées si belles,
les frôlant mes lents soupirs aimants et les hirondelles…
Jusques aux nues je suis propriétaire d’heures irréelles, d’heures apprivoisées.
Glissez, mes biens. Herbes, rosées ne sont pas éternelles.
Et sont-ils éternels ces yeux pleins de vols d’hirondelles ?

(Paul Fort)

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DANS LA RUE… (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Dans la rue je vois des femmes pressées par l’amour
on sait qu’elles n’auront qu’une porte à ouvrir
et ce sera pour elles le bonheur dans un lit —
plus haut que le lit
dans la rue les volets tombent des fenêtres
un cri ferme les coeurs brûle les bouches
je puis encore être sauvé mais que m’importe
dans la rue je passe seigneur de mes pas
propriétaire de ma solitude
cherchant une image que personne n’a vue
dont le regard était trop grand pour mon visage.

(Jean Breton)

Illustration

 

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