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Poésie

Posts Tagged ‘prostituée’

St-Fulbert (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



St-Fulbert

La maison d’en face vient d’ouvrir
Ses persiennes et ses fenêtres
Aux vitres claires
La pauvre vieille prostituée
A fait toilette
Elle attend quelqu’un

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Louis Soutter

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LA VIEILLE VILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Bordel, Aurore Durozelle, Bd Alsace Lorraine, avril 2012.

LA VIEILLE VILLE

Souvent, pour revenir à la maison,
je prends une rue sombre de la vieille ville.
Jaune dans une flaque de boue un fanal se reflète
et le chemin est encombré.

Là, parmi ceux qui vont et qui viennent
de l’auberge à la maison ou au bordel,
parmi ces choses et ces hommes,
rebut d’un grand port de mer,
là en passant je retrouve
l’infini dans l’humilité.
Là, prostituée et marin, le vieux
qui jure, la femme qui se dispute,
le dragon attablé devant
une friture,
la tumultueuse jeune fille folle
d’amour,
sont toutes créatures de la vie
et de la douleur.
En elles, comme en moi, s’agite le Seigneur.
Là en compagnie des humbles
je sens ma pensée se faire
plus pure quand plus abjecte est la rue.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Avant la suite (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Man Ray

    
Avant la suite

J’ai mis du rouge aux lèvres des mots
et je suis sorti dans la rue livide
à l’heure où les chiens se disputent
des lambeaux de clair de lune,
à l’heure où l’on entend les pas
de ceux qui vont fusiller
s’ils trouvent un fusil.
Des prostituées ont embrassé
les lèvres rouges de mes mots
puis me les ont rendues
en me disant que mieux valait
les poser sur les lèvres de femmes
qui serrent la nuit dans leurs bras
à défaut d’amant ou d’enfant.

(Jean-François Mathé)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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AUX MUETS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

AUX MUETS

O la folie de la grande ville quand le soir
Des arbres rabougris sont là, figés contre un mur noir,
A travers le masque d’argent l’esprit du mal regarde ;
La lumière, de son fouet magnétique, repousse la nuit de pierre.
O, le son englouti des cloches du soir.

Prostituée qui, avec des frissons glacés, accouche d’un enfant mort.
Furieusement la colère de Dieu fouette le front du possédé,
Epidémie pourpre, faim qui brise des yeux verts.
O, l’atroce rire de l’or.

Mais saigne en silence dans l’ombre d’une caverne
Une humanité plus muette
Qui, assemblant de durs métaux, forme la tête salvatrice.
Voyait la neige tomber dans le branchage nu
Et l’ombre de l’assassin dans la pénombre du vestibule.

Argentée la tête de celui qui n’était pas né tomba.

***

AN DIE VERSTUMMTEN

O, der Wahnsinn der grossen Stadt, da am Abend
An schwarzer Mauer verkrüppelte Bäume starren,
Aus silberner Maske der Geist des Bösen schaut ;
Licht mit magnetischer Geissel die steinerne Nacht verdrängt.
O, das versunkene Läuten der Abendglocken.

Hure, die in eisigen Schauern ein totes Kindlein gebärt.
Rasend peitscht Gottes Zorn die Stirne des Besessenen,
Purpurne Seuche, Hunger, der grüne Augen zerbricht.
O, das grässliche Lachen des Golds.

Aber stille blutet in dunkler Höhle stummere Menschheit,
Fügt aus harten Metallen das erlösende Haupt.
Sah, dans Schnee fiel in kahles Gezweig
Und im dämmernden Hausflur den Schatten des Mórders.

Silbern sank des Ungebornen Haupt hin.

(Georg Trakl)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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LA COUPE NOIRE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LA COUPE NOIRE

La nuit est une coupe de mal. Le sifflement strident
d’un gardien la traverse, comme une épingle vibrante.
Ecoute, petite femelle ; puisque tu es déjà partie,
pourquoi l’onde est-elle encore si noire et tant brûler me fait ?

Dans la pénombre la Terre ressemble aux planches du cercueil.
Ecoute, petite prostituée, ne recommence jamais.

Ma chair nage, nage et rien
dans la coupe d’ombre qui me fait tant souffrir ;
ma chair nage en elle,
comme en un coeur de femme, marécageux.

Braise astrale… Sur mon lotus diaphane,
j’ai senti choir
les frôlements secs de l’argile.
Femme, tu fais exister
la chair engendreuse d’instinct. Femme!

C’est pourquoi — ô noir calice! —, et malgré ton départ,
je me noie dans la poussière,
et piaffent dans mes chairs mes soifs toujours plus folles.

***

LA COPA NEGRA

La noche es una copa de mal. Un silbo agudo
del guardia la atraviesa, cual vibrante alfiler.
Oye, tú, mujerzuela, ¿cómo, si ya te fuiste,
la onda aún es negra y me hace aún arder?

La Tierra tiene bordes de féretro en la sombra.
Oye, tú, mujerzuela, no vayas a volver.

A carne nada, nada
en la copa de sombra que me hace aún doler;
mi carne nada en ella,
como en un pantanoso corazón de mujer.

Ascua astral… He sentido
secos roces de arcilla
sobre mi loto diáfano caer.
Ah, mujer! Por ti existe
la carne hecha de instinto. Ah mujer!

Por eso ¡oh, negro cáliz! aun cuando ya te fuiste,
me ahogo con el polvo;
y piafan en mis carnes más ganas de beber!

(César Vallejo)

Illustration: Tomas Januska

 

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Le choix (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Le choix

Tu as pleuré, puis tu m’as dit à voix étouffée
que je te traitais comme la dernière des prostituées.
Je n’ai pas prêté attention à tes larmes;
sans le savoir, pourtant, je t’avais rendu les armes.

Un beau matin, j’ai rouvert les yeux
sur un monde vide; tu étais partie sans dire adieu.
Ce que j’avais perdu, je l’ai alors compris.
Ce que j’avais gagné, je l’ai réalisé aussi.

Mon chagrin neuf resplendissait comme un saphir;
comme l’éclat du jour finissant, mon bonheur s’assombrissait.
Entre les deux je ne savais lequel choisir,
tant l’un et l’autre de beauté rivalisaient.

J’ignorais que ces trésors ont le pouvoir
de répandre en même temps la lumière et le noir,
qu’ils contemplaient tous deux ma joie
de vivre, et à la mort me faisaient songer cent fois.

(Ismaïl Kadaré)


Illustration: Marie-Pierre Kuhn

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L’oubli profond (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2016



L’oubli profond est un château des mers
Éros y est enseveli ; tu m’y conduis
Psyché fille prostituée forte et commune
Et nous y périssons sous l’ombre des taudis.
O ma sœur oublie-moi ; oublions nos amours

(Jean Jouve)

Illustration: Edvard Munch

 

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SOLEIL D’HIVER (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016



 

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SOLEIL D’HIVER

Boulevard Sébastopol
Avec ton soleil d’hiver
Tu m’as rappelé le temps de ma jeunesse misérable

J’avais un peu plus de vingt ans
Et les prostituées étaient déjà là
Au coin des rues comme des lampes
Ou dans la vitrine de l’air
Suspendues
Et j’étais amoureux de chacune d’elles
Si le visage souriait
Pour se faire écho de ma peine

C’était jeudi et comme les enfants
J’avais une grande journée
Pour l’attente pour l’espoir
Mais je traînais mon désir morne
Chien des rues tenu en laisse
Et je suivais toutes les femmes
C’était une étrange fatigue

Boulevard Sébastopol
Où en sommes-nous aujourd’hui
Qu’avons-nous donc à faire ensemble
Compagnon aux lèvres de cendre
Sinon essuyer de vieux souvenirs
De plâtre séché et de boue malade
Sinon affronter nos tristes visages

Il y a trop de soleil par ici
Trop de printemps lugubre dans l’air pâle
Les filles se traînent le long des murs
Sans oser encor ouvrir leurs corsages
Les arbres captifs ont peur du ciel bleu
Les hommes de leur coeur sauvage
Et je vais avec toi Boulevard Sébastopol
Comme avec un malade qui vous serre le bras
Et le soleil d’hiver nous accompagne

Le soleil ailleurs posé comme une flamme
Sur le museau frais des charrues.

(Luc Decaunes)

 

 

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