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Etre baigné par les fougères (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Etre baigné par les fougères
Et renouveler l’immersion
Dans l’obscur bosquet d’yeuses –
Telle fut sans doute la plus ancienne image :
Quand à l’onde originelle se mêla
L’humeur de la moite matrice.

Sortir à grand peine de l’eau…
Pour aspirer aussitôt
Au ventre protecteur de la mère.

***

Esser bagnati dalle felci
E rinnovare il lavacro
Nell’atro bosco d’elci –
Tale forse l’immagine più antica :
Ove alla primigenia onda si mesce
L’umore della madida matrice.

Trarsi dall’acqua con fatica…
Per subito agognare
Il grembo della madre protettrice.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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Je prend plaisir et me réjouis des vertus qui soulagent les êtres (Shantideva)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Je prend plaisir et me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
Je me réjouis dans l’accumulation de bienfaits
Qui est cause de l’éveil du Petit Véhicule;
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du cycle.
Je me réjouis de l’éveil des Protecteurs
Et des terres des Fils des Vainqueurs.

Je prends plaisir et me réjouis
De l’océan de vertus de l’esprit d’éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres,
Et de l’activité dispensatrice de bienfaits.

Les mains jointes, je supplie
Les Bouddhas de toutes les régions :
Qu’ils allument le flambeau de la doctrine
Pour les êtres enténébrés par la souffrance.

Les mains jointes, je supplie
Les Vainqueurs désireux de passer au-delà des peines :
Qu’ils demeurent pour des âges sans nombre
Et ne laissent pas ce monde aveugle.

Grâce aux vertus ainsi réunies
Par ce que j’ai accompli,
Puissent les souffrances de tous les êtres
Se dissiper entièrement !

Puissé-je être
Pour les malades
Le remède, le médecin et l’infirmier
Jusqu’à la disparition des maladies!

Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages
Les douleurs de la faim et de la soif,
Et, pendant l’âge des famines,
Puissé-je devenir moi-même nourriture et breuvage!

Puissé-je être un inépuisable trésor
Pour le pauvre et le démuni;
Puissé-je devenir tout ce dont ils ont besoin,
Et puissent ces choses se trouver à leur disposition!

Afin que le bien des êtres s’accomplisse,
Je donne sans retenue
Mes corps, mes jouissances
Et toutes mes vertus des trois temps.

En donnant, toute la douleur sera transcendée,
Et mon esprit réalisera l’au-delà des peines;
Mieux vaut offrir à présent aux êtres
Ce dont, pareillement, je devrai me défaire à l’heure de la mort.

Je livre ce corps
Au bon plaisir de tous;
Qu’ils en usent sans cesse à leur convenance,
Le tuant, l’injuriant ou le frappant.

Qu’ils jouent avec mon corps,
En fassent un objet d’amusement et de dérision;
Puisque je leur ai donné,
Pour quelle raison me serait-il cher?

Qu’ils lui fassent faire
Tous les actes qui ne leur nuiront pas,
Et que notre rencontre
Ne leur soit jamais inutile.

Si une pensée de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela même serve perpétuellement
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits!

Que ceux qui m’insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient tous la fortune d’accéder à l’éveil!

Puissé-je être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux!

Puissé-je être une île pour ceux qui recherchent une île,
Une lampe pour ceux qui en désirent une,
Une couche pour ceux qui veulent prendre du repos,
Et l’esclave des êtres souhaitant un esclave!

Puissé-je être un joyau qui exauce les voeux,
Une vase magique, un mantra d’accomplissement,
Un remède universel, un arbre à souhaits
Et une vache d’abondance pour le monde!

De même que la terre
Et les autres éléments tels l’espace,
Puissé-je toujours être un support
Pour la vie d’êtres innombrables!

Et jusqu’à ce qu’ils passent au-delà des peines,
Puissé-je, de toutes les manières, être une source de vie
Pour l’ensemble des mondes des êtres
Qui atteignent aux confins de l’espace!

De même que Ceux-allés-en-la-joie du passé
Ont engendré l’esprit d’éveil
Et maintenu progressivement
Les pratiques des bodhisattvas

De même, pour le bien des migrants,
J’engendre l’esprit d’éveil
Et m’appliquerai à ces pratiques
Selon leur ordre.

Afin de favoriser le développement
De l’esprit d’éveil saisi de la sorte,
Les personnes douées de discernement
Le loueront en ces termes!

Aujourd’hui ma vie a porté fruit;
Ayant atteint une destinée humaine
Je suis né dans la famille des Bouddhas
Je suis maintenant un fils de Bouddha!

Je ne dois pas souiller
Cette noble et pure famille,
Et tout ce que je fais
Doit s’accorder avec elle.

Comme un aveugle qui découvre un joyau
Dans un monceau d’ordures,
Ainsi, par chance,
L’esprit d’éveil est né en moi.

C’est le sublime nectar
Pour détruire la mort souveraine,
L’inépuisable trésor
Pour éliminer la misère du monde,

Le suprême remède
Pour apaiser ses maladies
L’arbre sous lequel se reposent les migrants
Las d’errer sur les chemins du cycle;

C’est le pont universel qui mène
Les êtres hors des destinées mauvaises,
La lune spirituelle levée
Pour soulager les tourments des passions du monde,

Le grand soleil qui écarte des migrants
Les brumes de l’ignorance,
La quintessence du beurre
Produite par le barattement du lait du Dharma.

Il satisfait les invités
Qui parcourent les voies du cycle
Et souhaitent connaître la jouissance du bonheur,
Il les installe dans la joie suprême.

Aujourd’hui, en présence des Protecteurs,
Je convie le monde à la félicité de Ceux-ainsi-allés
Et aux plaisirs temporaires.
Que les dieux, les dieux jaloux et tous les autres se réjouissent!

(Shantideva)

 

 

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ELLE (Evguéni Baratynski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
ELLE

Elle est douée d’une beauté bizarre
Qui touche l’âme et non les yeux mortels,
Une beauté étrange qui égare
L’amour terrestre et le désir charnel.

Est-elle comme une réminiscence,
Le calme éclat d’un astre protecteur,
Toujours est-il qu’elle offre une défense,
Que sa présence efface le malheur.

Près d’elle on sent comme un pouvoir étrange
Et nos songes étranges lui sont dus, —
Des pensées sans pensée — c’est comme un ange
Dont la beauté est déjà la vertu.

Loin d’elle, lorsque, enfin, le jour s’achève,
Dans un recoin désert et malheureux,
On porte un incompréhensible rêve
Bercé par un ennui mystérieux.

(Evguéni Baratynski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Quand je cesse d’être sur mes gardes pour m’abandonner à moi-même (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Quand je cesse d’être sur mes gardes pour m’abandonner à moi-même,
me voilà tout à coup reposant contre la poitrine nue de la vie…

Et ses bras qui m’enlacent sont si doux et si protecteurs
– et le battement de son cœur, je ne saurais même pas le décrire :

si lent, si régulier, si doux, presque étouffé, mais si fidèle,
assez fort pour ne jamais cesser, et en même temps si bon, si miséricordieux.

(Etty Hillesum)

 

 

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LE PASTEUR (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
LE PASTEUR

Protégez
Protecteur. Sauvez
le mourant Sauveur. »
Ainsi prêchait le Pasteur
dans le gel de l’église vide, à la lueur
de la dernière bougie restée
sur le Grand Autel allumée.

***

IL PASTORE

« Proteggete il nostro
Protettore. Salvate
il Salvatore morente. »
Cosi predicava il Pastore
nel gelo della chiesa vuota, al lucore
dell’ultima bugia rimasta
accesa sull’Altar Maggiore.

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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La nuit (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration
    
La nuit

Nuit sainte, les amants ne vous ont pas connue
Autant que les époux. C’est le mystique espoir
De ceux qui tristement s’aiment de l’aube au soir,
D’être ensemble enlacés sous votre sombre nue.

Comme un plus ténébreux et profond sacrement,
Ils convoitent cette heure interdite et secrète
Où l’animale ardeur s’avive et puis s’arrête
Dans un universel et long apaisement.

C’est le vœu le plus pur de ces pauvres complices
Dont la tendre unité ne doit pas s’avouer,
De surprendre parfois votre austère justice,
Et d’endormir parmi votre ombre protectrice
Leur amour somptueux, humble et désapprouvé…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Les forces éternelles

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Les arbres (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



Les arbres

Les bons arbres qui font de l’ombrage à la terre
Ont des frémissements de feuilles infinis,
Quand les petits oiseaux, à la saison des nids,
Viennent se confier, furtifs, à leur mystère.

Leur verte frondaison au parfum salutaire
A la sécurité des asiles bénits,
Et leurs bras protecteurs, trop vite dégarnis,
Bercent patiemment la famille légère.

Quand après bien des jours, quand après bien des nuits,
Quand après les fureurs des orages enfuis,
Les arbres voient au bord des nids battre des ailes,

Oh ! comme ils sont heureux d’envoyer par les airs
Tant de joyeuses voix chanter dans les cieux clairs,
Les arbres aux douceurs graves et maternelles !

(Albert Lozeau)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

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Soleil de chez nous (Renée Rabineau)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Soleil éclatant, soleil triomphant,
Soleil qui réchauffe et qui vivifie,
Tu donnes un sens, un but à la vie…
Tu es l’astre vermeil!

Ta chaleur fait naître, vivre, croître et mûrir
Le grain de blé confié à tes soins vigilants,
Tu prolonges les vieux, tu es doux aux enfants.
Partout, tu fais merveille!

Tu moules, tu modèles, tu caresses, tu dores.
Sous tes rayons, la femme amoureuse s’endort
Comme sous les baisers doux et chauds d’un amant
Qui l’aime, ô Soleil!

Reste nous, beau soleil, si doux et protecteur!
Mets de la joie aux yeux de tous les malheureux,
Et du bonheur aux yeux de tous les amoureux
Qui t’aiment, ô Soleil!

(Renée Rabineau)

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Le monde du silence (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2016



Le monde du silence est si beau et menaçant à la fois.
Rassurant et peuplé d’ombres.
Protecteur mais incertain.
Une raie, un requin.
Un coup de mâchoire.
Sans bruit.
Le sang attire d’autres prédateurs.

(Valérie Canat de Chizy)

Illustration

 

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