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Poésie

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LES YEUX (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
LES YEUX

Chers yeux si beaux qui cherchez un visage,
Vous si lointains, cachés par d’autres âges,
Apparaissant et puis disparaissant,
Ah! protégés de vos cils seulement
Et d’un léger battement de paupières,
Sous le tonnerre et les célestes pierres
Chers yeux livrés aux tristes éléments
Que voulez-vous de moi, de quelle sorte
Puis-je montrer, derrière mille portes,
Que je suis prêt à vous porter secours,
Moi qui ne suis parmi les hommes
Qu’un homme de plus ou de moins
Tant le vivant ressemble au mort
Et l’arbre à l’ombre qui le tient
Et le jour, toujours poursuivi,
A la voleuse nuit.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il y a des fragments de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2017




    
Il y a des fragments de paroles
au fond de toutes les choses,
comme des restes d’une antique semence.

Pour les trouver
il faut récupérer le balbutiement
du commencement ou de la fin.
Et à partir de l’oubli des noms
réapprendre à épeler les paroles,
mais à partir du revers des lettres.

Peut-être découvrirons-nous alors
qu’il ne faut pas compléter ces fragments,
car chacun est une parole entière,
une parole de langage oublié.

Il est même possible que nous trouvions en chaque chose
un texte complet,
un texte réservé et protégé
qu’il ne faut pas lire pour le comprendre.

(Roberto Juarroz)

 

 

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Passage protégé (Patrick Williamson)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Passage protégé

Un morceau de bois ravi par la tempête virevolte
au bout de boucles qui se mordent la queue — toi
la bouée d’un fétu, le métronome qui bat comme
le bateau ballotté par des embardées contraires — des courbes
charriées tels les battements de ton coeur sous la peau
un souffle régulier soulevant ta poitrine — se précipite
ordonnant à ceux qui nagent de regagner la berge
planches, épaves charriant le reste — m’enivrant
par ton odeur, ta présence, cette présence
dont je suis si intime, ce corps que je veux — toucher

***

Safe passage

A piece of wood salvaged by the storm lurches past
on curled tips that chase their tails — you
the safety of a straw, the metronome beating
as the boats rock in counter yaw — curves
carried like your heart pulses under skin,
steady breath lifting your chest — rushing past
commanding those who swim to take to land, boards
and flotsam will carry the rest — lifting me
with your soent, your presence, that presence
I am so close to, that body I wish — to touch.

(Patrick Williamson)

 

Recueil: Trois rivières
Traduction: Max Alhau
Editions: L’Harmattan

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Pris et protégé (Alain Grandbois)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017




Pris et protégé et condamné par la mer
Je flotte au creux des houles
Les colonnes du ciel pressent mes épaules
Mes yeux fermés refusent l’archange bleu
Les poids des profondeurs frissonnent sous moi
Je suis seul et nu
Je suis seul et sel
Je flotte à la dérive sur la mer
J’entends l’aspiration géante des dieux noyés
J’écoute les derniers silences
Au-delà des horizons morts

(Alain Grandbois)

Illustration

 

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VEINES (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

VEINES

L’arbre de sang qui me traverse est gris comme un
Ciel d’automne, comme un treillage en fil de fer,
Et ses rameaux, ses noeuds mauves bordés de vert
Placent des éventails en relief sur ma main.

Sans feuille, sans oiseau – pauvre buisson humain,
Je crois qu’il ne connaît des saisons que l’hiver
Et qu’il se remémore à quel point j’ai souffert
Dans les flux et reflux de sa sève carmin.

L’arbre de sang qui me traverse a un seul fruit
Gluant d’obscurité – cerise de la nuit
Qui malaxe son jus convulsif, obstiné.

Bien qu’il soit protégé de la pluie et du vent,
Il se fait ballotter, emporter, en suivant
Mes mouvements … pauvre arbre humain, déraciné.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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Sortie (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2016



James Mensor  la-mort-et-les-masques [800x600]

Sortie, comme on se glisse par mégarde dans une ville, une foule ;
comme on se découvre à la fois démuni et protégé.
Comme on s’effraie de ces silhouettes grotesques
dont toute vie véritable semble s’être retirée.
On nage en pleine désertion.

Le choc est d’autant plus fort
que l’on se sait démuni, fragile ;
avec une sorte d’angoisse
(pourvu qu’il ne m’arrive rien dans la rue…)
qui ne veut pas céder.

Je songe aux masques d’Ensor.
La grande danse macabre, le carnaval d’inconsistance.
Mon Dieu comment faire pour que la vie retrouve
cette folle dignité qui devrait être la sienne ?
Ou bien ma vue est-elle si déformée ?

Démuni, disais-je, et protégé.
À l’écart, sur un banc.
Pas un tonneau, non.
Et quelques lueurs que je garde encore,
à l’abri dans le creux de mes mains
comme une flamme vacillante,
comme une promesse qui restera promesse.

(Pierre-Albert Jourdan)

Illustration: James Mensor

 

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CIEL NOCTURNE (Mario Wirz)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2015



CIEL NOCTURNE

Un ciel nocturne
se déploie au-dessus de nous
dans un grand mouvement
maternel
nous marchons ainsi
un instant protégés

(Mario Wirz)

 

 

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