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Poésie

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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PAYSAGE DE L’EXIL (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

PAYSAGE DE L’EXIL

Pour la face inconnue, le visage indicible,
Pépite insaisissable en les mailles du crible ;

Pour les matins, hampe brisée, où l’oriflamme
Laisse suinter la lie au travers de sa trame ;

Pour la gerbe de feu dans l’aube moissonnée
Et qui s’est obscurcie, en l’ombre abandonnée ;

Pour l’églantier, paraphe des matins vogueurs,
Sauf-conduit des saisons, aux mains du voyageur ;

Pour la source glanée, ce qu’il en reste alors
Que le fanal du temps s’éteint, sur l’autre bord ;

Pour la vague hauturière à l’oiseleur offerte,
Bourgeon d’écume ardente et floconneuse mouette ;

Pour la harpe tendue à la proue de l’espace,
Aux cordes lacérées par des couteaux de glace ;

Pour les pas effacés sur la pierre du seuil
Et les astres déchus, brisés par les écueils ;

Pour l’éphémère pain pétri par le silence
Et ce poids d’ailes, de duvet, sur la balance.

(Michel Manoll)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Pavillon noir (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Pavillon noir

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent à poitrine nue
l’amour sur la mer
les vaisseaux de ces reines
frémirent des cales aux hunes
comme de grands violoncelles
couchés sous la lune
et l’archet des vents
dans les cordages
prolongeait le chant
qui regrettait les rivages.

C’était un rude capitaine
le Roi l’avait remarqué
un jour que Jean s’en était allé
avec son vaisseau Fleur de Misaine
son équipage et ses gabiers
et qu’il avait souri à la reine
en jetant à ses pieds
les épices
de l’amour sans espoir
sous le pavillon noir.
C’est toujours l’amour qui appareille.
Lover signifie parfois bien-aimé.

Le vent chantait
Misaine Misaine
le vent qui vient de Vire
pare à vire
pare à virer
l’amour chavire
pare à aimer.

Et jouant dans les ramures du navire
pour les matelots qui ont la vague à
l’âme
le vent nonchalant
s’amusait
à ses essais sur la gamme.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
Quand les filles de proue des caravelles
devinrent de bois chantant
sur la mer la mer des sirènes
les sirènes se turent de honte
et noyèrent dans l’onde
les feux de leurs écailles.

Sur le pont Jean de la Manche dort.
Il rêve de la reine infidèle
qui oublia qu’elle fut sa belle
un instant.
II rêve de grille d’or
pour mettre la dame en cage
car l’amour est un sauvage
rouge et tatoué et menaçant.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
C’était un rude capitaine
qui commandait la Fleur de Misaine
capitaine que la Reine
a trop regardé
pour sa santé.
La Reine est morte depuis dix ans.
Le Roi ombrageux l’a étouffée
comme un canard au sang.
Misaine cherche dans le vent
Misaine cherche dans les cris

de la mouette et de la poulie
Misaine cherche jusque dans la haine
le souvenir de la voix
de l’infidèle au marin de l’infidèle au Roi
quand elle disait je t’aime
et qu’il était son amant.

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent la peine des forçats
la peine sur la mer
l’eau du monde ne fut plus qu’une voix
et les galériens crièrent au Roi :
Beau Sire du grand collège
tu as fait de nous les Juifs errants
de l’Océan
Hollandais volants
condamnés à ramer dix mille ans
mais nous avons le cœur content.
La mer chante dans le vent
du soleil levant!

La mort est mon second
ensemble nous voguons.

Quand les corsaires goddons
prirent Jean de Misaine
pour le pendre
Jean de Misaine chantait
Jean de Misaine chantait
devant la cravate de chanvre:
Mon amour revient dans le vent
mon amour mon beau revenant.
J’ai tué le Roi la Reine est morte
bourreau blond
tu m’ouvres la porte
du grand élan.

En manière d’ancre les marins de la
Misaine
portent une lyre de laine
sur leur maillot rayé.
Une rose à la main
le plus jeune mousse la tient
à peine effeuillée
c’est la rose des vents.

(Armand Lanoux)

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Cette nuit, éveillés (Marie Huot)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
Cette nuit, éveillés, nous avons guetté d’une même oreille
le fracas terrifiant de la proue qui déchirait l’horizon

(Marie Huot)

 

Recueil: Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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JE MÊLE MES SANGLOTS… (Yves Morel)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018




JE MÊLE MES SANGLOTS…

Je mêle mes sanglots aux flots de la mer
Pour que ma douleur au quotidien
Ne soit plus qu’embruns
Balayant les rochers d’une pluie amère.
Mon coeur est un voilier en détresse,
L’âme toutes voiles déchirées dehors
Et, la proue, une sirène aveuglée de chagrin.
Accrochée au mât de grande hune,
Je cherche dans ma nuit sans lune
Un havre de paix et de sagesse
Où je pourrais m’échouer et trouver le réconfort.
Comme un phare, ton étoile soudain m’apparut
Pour guider à bon port mon bateau en déroute
À travers les écueils de la vie
Et m’aider à poursuivre seule ma route

Vers un rivage ami…

(Yves Morel)

Illustration: Odilon Redon

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MÉTÉORE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

meteore

MÉTÉORE

La lumière s’éloignant de nous, une fois encore,
dans cette furtive, implacable
naissance
de mémoire-minérale
et foyer, comme si là,
nos noms mêmes, ancrés
à la proue glaciale
des silences, pouvaient creuser la terre
avec ardeur, et disperser, sur la vie entière
qui s’étend entre nous, la poussière
de la plus petite pierre
qui tombe des gouttières
de Babel.

(Paul Auster)

Illustration

 

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LE ROULIER (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




Illustration    
    
LE ROULIER

La route va, sans espoir,
Droit entre bise et galerne :
Coteaux plus bas que les soirs
De grands vents et de lanternes.

Le roulier suit cette route
Sous les cabans étoilés,
Épie l’ombre, ruse, écoute
L’acide vent vert des blés.

Bise en proue, galerne en poupe,
Il fonce au coeur des forêts,
Mais là-bas l’attend la soupe
Et le pichet de vin frais.

Délivré des peurs mortelles,
Il claque d’un fouet vainqueur,
Et le vent ferme ses ailes
Puis se couche dans son coeur.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Fata libelli (Edouard Grenier)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Fata libelli

Quand le pâtre a fini son chant joyeux ou triste,
Dans l’air ému souvent le son persiste,
Et plane une dernière fois.
Puis, bientôt le silence,
Cet hymne sans voix,
Recommence
Au bois.

Le feu mystérieux que le caillou recèle
Au choc du fer jaillit en étincelle ;
Mais ce n’est qu’un rapide éclair
Qu’un moment voit éclore :
Le jet vif et clair
S’évapore
Dans l’air.

Le navire qui fend la mer avec sa proue
Creuse un sillon où la vague se joue
Et parfois un instant reluit.
Puis, tout s’éteint ; sa trace
Se perd dans la nuit,
Et s’efface
Sans bruit.

(Edouard Grenier)

Illustration: Charles Sprague-Pearce

 

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La sérénité sur l’herbe (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



 

La sérénité sur l’herbe
d’une ombre orpheline

Où que l’on regarde
l’espace à neuf

Et on ne sait quel désir
à la proue du vent

(Georges Bonnet)

 

 

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