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Posts Tagged ‘province’

La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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Si le poème allait chanter (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Chantal Larriviere    atoll

Si le poème allait chanter…
La page blanche est l’harmonie avant l’épreuve du langage, avant
que ne vienne le forgeron nubile, avant le souffle du troubadour.
Si le poème allait chanter… On attend.
On attend un miracle en forme d’atoll sous la vague.
On attend aussi morose que le temps chez les truands de province.
On attend ! On attend, Tamarie, dans l’éparpillement soyeux des
étamines du printemps
On attend, on attend le dernier Jugement.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Chantal Larriviere  

 

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J’entends battre mon Sacré-Coeur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



J’entends battre mon Sacré-Coeur
Dans le crépuscule de l’heure,
Comme il est méconnu, sans soeur,
Et sans destin, et sans demeure!

J’entends battre ma jeune chair
Equivoquant par mes artères,
Entre les Edens de mes vers
Et la province de mes pères.

Et j’entends la flûte de Pan
Qui chante: « bats, bats la campagne!
« Meurs, quand tout vit à tes dépens;
« Mais entre nous,va, qui perd gagne! »

(Jules Laforgue)


Illustration: Ricardo Casal

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PROVINCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



PROVINCES
A Fernand Derôme.

Les dieux de bois sur les cités
Ouvrent des ailes vermoulues.
Je porte en moi de longs soirs gris
Brouillés de province et d’ennui.
Loin de la ville des luthiers
Bragards et valétudinaires,
J’erre à travers mon vieux Poitiers
Bossué comme une taupinière.
Maisons étales de sommeil
Et cathédrales englouties
Sous les vagues longues du temps.
Toute cette mélancolie
S’enfle comme un beau soir de fête,
Eclaire une rose parfaite
A l’ombre lasse d’un clocher.
Je porte aussi le lion des Flandres
Martelé de coups de soleil
Et le haut beffroi non pareil
Où tournent sans fin les corneilles.
Je porte en moi des cris d’oiseaux,
Je porte en moi des vols de cloches,
Et les perles des carillons,
Et des frairies et des ducasses,.
Et des assemblées d’accueillage.
Je porte en moi de clairs villages,
D’autres aux murs poreux de lave,
Des cortèges de mariages
De longs enterrements sans fin.
Je porte en moi ma propre fin
Et mon silence, et mon courage…

(Maurice Fombeure)


Illustration: William Lamboley

 

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Le possible (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Le possible п’est qu’une province de l’impossible,
une zone réservée
pour que l’infini
s’exerce à être fini.

Pourtant,
chaque exercice ou expérience
de l’infini dans le fini,
de l’impossible dans le possible,
découvre derrière un creux
et tôt ou tard se retourne,
se met à l’envers,
comme le manche ou le revers d’un habit mal coupé.

Vivre n’est possible que pour un instant
et mourir aussi n’est possible qu’un instant.
Mais dans le fond vivre est impossible
de même que mourir.

De même que penser ou aimer.

Ne demeure dès lors
qu’une voie praticable :
que l’infini s’exerce directement dans l’infini,
que l’impossible s’exerce immédiatement dans l’impossible.
Et que les habits se portent à l’envers dès le début,
que la rose transfère son parfum à la pensée,
que l’amour troque pour des roses ses mains farouches
et que la mort grimpe au mât de cocagne
et de là-haut annonce rudement
que tout ceci a été un essai maladroit
et que pauvre nouvelle maintenant commence
avec un seul personnage et plusieurs titres.
Premièrement : Le possible est copie de l’impossible.
Deuxièmement : L’impossible n’est égal qu’à lui-même.
Troisièmement : Le possible cesse de l’être.

Et que, dans l’orbite de l’être,
à l’instar de la juridiction du non-être,
soient abolies pour toujours
les zones réservées
et leurs exercices furtifs.
Alors la pièce pourra peut-être
porter un titre unique :
Seul est possible l’impossible.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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ÉCRITURES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



 

Jacek Yerka  b

ÉCRITURES

Le temps n’est plus de se lever pour dire
Les mots sacrés enflammant les tribus.
Je suis le fou, je me donne un empire
Où je peux vivre un vieux rêve perdu.
Autour de moi, des machines qui grondent
Et mangent l’homme en détruisant sa voix,
Un univers écrasé par le nombre
Qui s’est vengé de ne plus être roi.

Il me fallait Bernard de Ventadour
Et ce Thibaut de Champagne mon prince
Pour m’élever vers le plus haut amour,
Bien loin de moi, plus haut que nos provinces.
Il me fallait offrir à vos futurs
Le bonheur fou des paroles lumières
Et tous les mots qui délivrent les purs
En les rendant à leur ferveur première.

Seul et penché sur l’âge de la terre,
Devant le siècle où mon nom périra,
J’explore un monde où le chant fut mystère
Et la foi l’ombre où se cachent les croix.
J’invoque en songe une femme qui chante
Et c’est Marie avec son Oiseau Bleu,
Et c’est mon âme auprès du feu des anges
Qui chante l’homme éternel et ses dieux.

Astre, mon astre où la clarté se mire,
Es-tu le seul à ne pas me trahir ?
S’il faut nommer la splendeur pour en vivre,
Eloigne-toi. L’oiseau n’a plus de sol.
Icare dit ses grâces au soleil.
Le laboureur toujours se porte en terre
Et ne voit rien du drame car il vit
Sur l’aile morte au fond d’un autre temps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Jacek Yerka

 

 

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CE LÉGER COURANT D’AIR (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
CE LÉGER COURANT D’AIR

La matinée s’est bien passée.
À travers les volets la lumière
a fait sur le tapis des traits
et nous avons pensé que le printemps dehors
pointait le bout du nez.

La matinée s’est bien passée.
Nous avons échangé nos paroles et nos corps
dans une ville de province
où nous avions déjà laissé
beaucoup de temps de notre vie.

Il y avait du soleil
une fois le rideau tiré
et quand tu as ouvert la fenêtre
j’ai pris le poème comme il venait :

ce léger courant d’air sur ta peau
a fait passer un souffle
que j’ai très bien senti.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Au sourire donner un visage (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



 

Au sourire donner un visage
à la tendresse sa floraison
à sa maison un regard

Sous un ciel de province
dans un jardin ancien
fleurir ses amours mortes

(Georges Bonnet)

 

 

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Les chères mains qui furent miennes (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Les chères mains qui furent miennes,
Toutes petites, toutes belles,
Après ces méprises mortelles
Et toutes ces choses païennes,

Après les rades et les grèves,
Et les pays et les provinces,
Royales mieux qu’au temps des princes,
Les chères mains m’ouvrent les rêves.

Mains en songe, mains sur mon âme,
Sais-je, moi, ce que vous daignâtes,
Parmi ces rumeurs scélérates,
Dire à cette âme qui se pâme?

Ment-elle, ma vision chaste
D’affinité spirituelle,
De complicité maternelle,
D’affection étroite et vaste?

Remords si cher, peine très bonne,
Rêves bénits, mains consacrées,
Ô ces mains, ces mains vénérées,
Faites le geste qui pardonne!

(Verlaine)

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Les Amis de Georges (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Les-amis-de-Georges-Brassens

Les Amis de Georges

Les amis de Georges étaient un peu anar
Ils marchaient au gros rouge et grattaient leur guitare
Ils semblaient tous issus de la même famille
Timides et paillards et tendres avec les filles
Ils avaient vu la guerre ou étaient nés après
Et s’étaient retrouvé à St-Germain-Des-Prés
Et s’il leur arrivait parfois de travailler
Personne n’aurait perdu sa vie pour la gagner

Les amis de Georges avaient les cheveux longs
A l’époque ce n’était pas encore de saison
Ils connaissaient Verlaine, Hugo, François Villon
Avant qu’on les enferme dans des microsillons
Ils juraient ils sacraient, Insultaient les bourgeois
Mais savaient offrir des fleurs aux filles de joie
Quitte à les braconner dans les jardins publics
En jouant à cache-cache avec l’ombre des flics

Les amis de Georges on les reconnaissait
A leur manière de n’être pas trop pressés
De rentrer dans le rang, pour devenir quelqu’un
Ils traversaient la vie comme des arlequins
Certains le sont resté, d’autres ont disparu
Certains ont même la Légion d’Honneur qui l’eut cru?
Mais la plupart d’entre eux n’ont pas bougé d’un poil
Ils se balladent encore la tête dans les étoiles

Les amis de Georges n’ont pas beaucoup vieilli
A les voir on dirait qu’ils auraient rajeuni
Le cheveu est plus long, la guitare toujours là
C’est toujours l’ami Georges qui donne le la
Mais tout comme lui ils ne savent toujours pas
Rejoindre le troupeau ou bien marcher au pas
Dans les rues de Paris, sur les routes de province
Ils mendient quelquefois avec des airs de prince

En chantant des chansons du dénommé Brassens

(Georges Moustaki)

 

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