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Poésie

Posts Tagged ‘proximité’

Dans les chemins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017


Dans les chemins,
le long des champs,
à proximité des fontaines,
l’on rencontrait des femmes allant,
la tête baissée sous des voiles noirs,
gardant au doigt une mince bague d’or.
Douleur, pudeur, léger luxe de l’or et,
aux cieux, le nuage passe.

(Jean Follain)

Illustration

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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Puis je courrai (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



Puis je courrai comme autrefois je courais,
À travers prés, champs et forêts ;
Puis tu t’arrêteras comme un jour tu t’es arrêté,
Le plus tendre salut de la terre.

Puis on comptera nos pas
À travers le lointain et la proximité ;
Puis l’on racontera cette vie
Comme ayant été le rêve à jamais.

***

Dann werd’ ich laufen, wie ich einstens lid
Durch Gras und Wald und Feld;
Dann wirst Du stehen, wie Du einmal standst.
Der innigste Gruß von der Welt.

Dann werden die Schritte gezählt sein
Durch die Ferne und durch die Näh;
Dann wird dieses Leben erzählt sein
Als der Traum von eh und je.

(Hannah Arendt)

Illustration: Christophe Gilbert

 

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La tasse ébréchée (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2016



Que ton sommeil jouisse
de la proximité
du buis, du frêne et du pommier!
Ta langue a touché par mégarde
la tasse ébréchée:
la goutte de sang
hors du temps se pétrifie.

(Jacques Izoard)

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Tremblement du matin (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2016


 


Tremblement du matin.
Souffle si léger qu’on le dirait messager.
Feuillages caressés sans bruit.
Douce toilette.

Simple messager, porteur de baume, de la liqueur de vie.
messager qui efface les murailles, ne laisse qu’une façade.
Qui te laisse cette façade, que tu l’effaces, que tu rejoignes ce messager.
Pas besoin de gaspiller tes forces.
Comment dire ?
C’est un travail d’esprit à esprit, d’éliminations successives.

Le messager est immobile, il te voit nommer les distances
mais que pourrait-il savoir de l’éloignement,
lui qui est proximité, qui est matin ?

(Pierre-Albert Jourdan)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Comme un aimant (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2016



Très tôt, donc, j’ai pris conscience que c’était la proximité de la mort
qui nous poussait dans cette ardente urgence de vivre,
et que surtout la mort était au-dedans de nous
comme un aimant qui nous tirait vers une forme de réalisation.

(François Cheng)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Quand la brume était épaisse (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2016




Quand la brume était épaisse : visibilité réduite, vitesse
limitée. D’une enjambée, la presqu’île sortait de
l’invisible et se tenait à proximité.
Un beuglement toutes les deux minutes. Les yeux
lisaient droits dans l’invisible.
(Avait-il le dédale en tête?)
Les minutes passaient.
Les fonds et les îlots remémorés comme des psaumes.
Et cette sensation d’être « et nulle part ailleurs» qu’il
fallait conserver, comme lorsqu’on porte un vase
rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser.

Un regard jeté dans la salle des machines.
La machine compound, aussi robuste que le coeur
humain, travaillait avec des gestes délicatement
élastiques, acrobates d’acier, et des parfums montaient
comme d’une cuisine.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Horizon (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2015



horizon qui traverse vivant

fièvre à porter
au plus vrai
au plus haut
en attention simple

exercice du chemin
où l’on avance
ôté de soi

au couchant de la terre
la proximité comble
l’exacte blancheur

chute des nerfs
à fleur de monde
pour inspirer
ce qui prend vie

le visage de l’espace
tendu
vers l’interminable

ce qui bat toujours
au fond du ciel
au fond du profond

où l’on avance
à son insu
par sursaut de grâce

vers le coeur et l’aride

(Zéno Bianu)


Illustration

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La Seine était verte à ton bras (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2015



La Seine était verte à ton bras

Compléments d’objet (Décembre)

Ne me laisse pas ignorer où tu seras
Lis-moi le brouillon planétaire
Est-ce que je te connais connaissant tes objets
Les pétales de flamme de ta flamme et de son omphalos

Ton odeur ton nom ton âge tes commissures
Par tes capillaires, je bats, les tiges, faisceau de pouls, verge
Ton élégance tes récits tes bas tes couleurs
J’alanguis la rose de quelqu’une le roman
Tes bijoux tes bleus tes cils ta montre
La proximité est notre dimension
Tes lobes ta voix tes lèvres tes lettres

Ne me laisse pas ignorer où tu es
Le rouleau gris ensable notre baie

(Michel Deguy)

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RYTHMES TRANCHANTS (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2015



 

arc-brise

RYTHMES TRANCHANTS

Je suis l’arc brisé
D’un cercle.
Je suis la forme rompue
D’une statue.
Je suis l’idée tue
De quelqu’un.

Comme si je marchais
Sur des pointes
Ta calme proximité
Sans cesse pour moi s’aggrave.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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