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Poésie

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Chaque heure à vivre (Eugenio De Signoribus)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2016



chaque heure à vivre est bonne pour parler
ou pour rester pelotonné comme un animal prudent
sur le divan gris, contre le double vitrage,
cerné par les expressions ambiguës des mouvements
et par les visions oscillantes d’édifices qui ne s’écroulent jamais…
Chaque combat peut brûler une heure entière
peut brûler la langue jusqu’aux racines

***

ogni ora da vivere è buona per parlare
o per stare accucciato come un cauto animale
sul divano grigio, contro i doppi vetri,
dai linguaggi ambigui dei moti circondato
e da oscillanti visioni di edifici che mai crollano…
Ogni agone può bruciare tutta un’ora
può bruciare la lingua fin nelle radici

(Eugenio De Signoribus)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Fidel Garcia

 

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Palinure au grand coeur (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2015



Renato Guttuso palinure_guttuso

Palinure au grand coeur

Palinure au grand coeur, le pilote d’Enée,
Qui, prudent, d’un fort bras
Guidait le gouvernail, subit la destinée
Que l’on n’évite pas.

Instrument de la haine, un repos exécrable
Lui vint tromper les yeux,
Et, déjà près du port, il périt, misérable,
Dans les flots tortueux.

Et moi, lorsque le Pinde et les neuf soeurs ensemble
Ont mes voeux couronnés,
Lorsque je touche au ciel, faut-il que je ressemble
Aux plus abandonnés !

(Jean Moréas)

 Illustration: Renato Guttuso

 

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Peut-être (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



Liliane Giraudon   La Rose de personne

Peut-être faudrait-il d’abord renoncer une bonne fois
à l’illusion des paradis, de la paix et de l’harmonie universelle.
Constater, reconnaître comme un fait l’état de guerre.
S’armer en conséquence. Moins s’attendrir, et agir plus efficacement.
Celui qui ne jure que par la perfection de l’absolu
peut devenir un démon plus dangereux,
plus meurtrier que le sceptique ou le prudent.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Liliane Giraudon

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Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015



 

Sylvie Lemelin_Des fleurs pour ArlequinWEB

Et ainsi Zarathoustra se mit à parler au peuple :
Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but.
Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.
Maintenant son sol est encore assez riche.
Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir,
où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer !

Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.

Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde.
Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme.

Amour ? Création ? Désir ? Etoile ? Qu’est cela ?
Ainsi demande le dernier homme, et il cligne de l’œil.

La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout.
Sa race est indestructible comme celle du puceron; le dernier homme vit le plus longtemps.
Nous avons inventé le bonheur, – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.

Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur.
On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui: car on a besoin de chaleur.
Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment.
Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes !
Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables.
Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement.

On travaille encore, car le travail est une distraction.
Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.
On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles.
Qui voudrait encore gouverner ?
Qui voudrait obéir encore?
Ce sont deux choses trop pénibles.

Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux :
qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.
Autrefois tout le monde était fou, – disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.

On est prudent et l’on sait tout ce qui est arrivé c’est ainsi que l’on peut railler sans fin.
On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt – car on ne veut pas se gâter l’estomac.
On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.

Nous avons inventé le bonheur, – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Aube intacte (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2015



 

ruines  20090424_144648_ [1280x768]

Aube intacte, tu t’avances
Sur les sables prudents,
Et la violence des fruits ne te menace pas,
S’enracine le soir,
Et son acre senteur
Me remonte le long du dos.
Elle m’est chère, ta ruine
Qui rend avares les fontaines :
Cette étendue désolée
A l’amertume monotone
Des jours détruits.
Je ne sais de quelles veines
Secrètes tu nourris la nuit
En aval, découvrant ton échine
Aride. Ô roche sûre,
Notre douleur ne transmue pas
La boue en genêt.

***

Intatta alba ti avvicini
Sulle sabbie prudenti,
Né ti minaccia la violenza dei frutti
Fa radice la sera
E il suo acre sentore
Mi risale sul dorso.
Mi è cara la rovina
Che fa avare le fond :
Questa brulla distesa
Ha l’eguale amarezza
Dei giorni distrutti.
Non so da quali nascoste
Vene tu nutri la notte
A valle e scopri la schiena
Deserta. Roccia certa
Il nostro dolore non muta
Limo in ginestra.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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