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LES JAMBES DE BOIS (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



LES JAMBES DE BOIS

Quand on perd une jambe à la guerre
On en met une autre de bois
Car i1 parait qu’on a beau faire
Les jambes ne repoussent pas.

Mais peut-on me dire pourquoi
I1 ne pousse pas de feuilles sur les jambes de bois ?

Des feuilles toute vertes
Avec des tas d’insectes,
Des feuilles toute belles
Où les papillons viendraient réparer leurs ailes…

Le soleil voudrait se mettre de la partie
Il pourrait y grimper des fruits,
Et ça serait tout de même chic
D’avoir sur soi des poires
Qu’on prendrait sans histoires
Des pommes et des prunes et des petits pois chiches !

Si tous les hommes avaient une jambe de bois
Qu’on arroserait bien les jours qu’il ne pleut pas
Ca f’rait une forêt qui n’en finirait pas.

(René de Obaldia)


Illustration: Michel Michaux

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Pour des prunes (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2022


mirabelles

Roses lourdes
de juillet
et l’épeire fasciée
tisse sa toile
dans les buis.
Ces jours d’été
de ma mémoire
jamais
ne s’enfuiront
non plus que les rags
de Scott Joplin.
C’était hier
à peine
au grand désarroi du temps.
Nous nous aimâmes
ah bel été
couleur de mirabelles!
pour des prunes.

(Bernard Delvaille)

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EN ÉTÉ (Sarah Kirsch)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2021




    
Poem in French, Italian, German, Portuguese, Romanian, Greek, Icelandic and in
Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, Filipino, Hebrew, Hindi,
,Indonesian, Irish (Gaelic), Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish,
Russian, Serbian, Sicilian, Tamil, Turkish
Poem of the Week Ithaca 699 “IN THE SUMMER”,
SARAH KIRSCH, Germany, 1935-2013
from: from “Rückenwind”, Sämtliche Gedichte, DVA, München
– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

EN ÉTÉ

Peu peuplée la campagne.
Malgré les champs démesurés et les machines
Les villages endormis reposent
Dans des jardins de buis; un coup de pierre
N’atteint les chats que rarement.
En août les étoiles filantes.
En septembre le signal de la chasse.
L’oie sauvage vole encore, la cigogne flâne
Par les prés non pollués. Ah, les nuages
Comme des montagnes elles survolent les forêts.
Ici lorsqu’on n’a pas de journal
Le monde semble en ordre
Dans les chaudrons pour la purée de prunes
Se reflète brillant le propre visage et
Les champs s’allument écarlates.

(Sarah Kirsch)

Allemagne, 1935–2013 Traduction de Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

IN ESTATE

Scarsamente abitata è la terra.
A dispetto dei vasti campi e delle macchine,
i villaggi riposano sonnolenti,
nei giardini di bosso raramente va a segno
un sasso lanciato ai gatti.
In agosto, cadono le stelle
A settembre, si dà avvio alla caccia.
Ancora vola l’oca grigia, la cicogna passeggia
attraverso i prati incontaminati. Oh, le nuvole,
come montagne volano sopra i boschi.
Se qui non hai in mano un quotidiano,
tutto nel mondo appare tranquillo:
nei barattoli di marmellata di prugne,
il tuo volto è meravigliosamente riflesso
e i campi brillano di rosso fuoco.
SARAH KIRSCH, Alemania, 1935–2013
Traduzione di Luca Benassi
Translated into Italian by Luca Benassi

***

IM SOMMER

Dünnbesiedelt das Land.
Trotz riesiger Felder und Maschinen.
Liegen die Dörfer schläfrig
In Buchsbaumgärten; die Katzen
Trifft selten ein Steinwurf.
Im August fallen die Sterne
Im September bläst man die Jagd an.
Noch fliegt die Graugans, spaziert der Storch
Durch unvergiftete Wiesen. Ach, die Wolken
Als Berge fliegen sie über die Wälder.
Wenn man hier keine Zeitung hält
Ist die Welt in Ordnung:
In PflaumenmuskesselnSpiegelt sich schön das eigne Gesicht und
Feuerrot leuchten die Felder.
SARAH KIRSCH, Deutschland, 1935–2013

***

NO VERÃO

A terra está pouco povoada.
Apesar dos enormes campos e máquinas,
As aldeias quedam-se sonolentas
Nos jardines de buxo; os gatos
Raramente os atinge o arremesso de uma pedra.
Em Agosto, caem as estrelas.
A caça começa em Setenbro.
O ganso cinzento ainda voa, a cegonha passeia
Por prados não contaminados. Oh, as nuvens,
Como montanhas, voam sobre as florestas.
Para quem aqui não tiver um jornal
O mundo está bem:
Nos frascos de doce de ameixa
Já se espelha o próprio rosto
E os campos brilham num vermelho de fogo.
Sarah Kirsch, Alemanha, 1935 – 2013
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

ÎN VARĂ

Slab populată țara
Deși câmpul e vast și sunt multe mașini.
Zac toropite sate
Printre grădini de merișor; iar mâțele
arar mai sunt lovite de o piatră.
Cad stelele în august
Iar în septembrie sună cornul de vânătoare.
Gâște mai zboară, barza umblă
Prin arături date cu otravă. Ah, norii,
Precum munții, zboară peste păduri.
Pentru cei ce ziarul nu-l primesc
Lumea e în perfectă rânduială:
Prin cazane cu gem de prunePlăcut li se oglindește fața
Iar câmpul strălucește în roșu înfocat.
SARAH KIRSCH, Germania, 1935–2013
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ΚΑΛΟΚΑΙΡΙ

Αραιοκατοικημένη γη
παρ’ όλα τ’ απέραντα χωράφια και τα μηχανήματα
τα χωριά κοίτουνται νωχελικά
σε κήπους από θάμνους. Σπάνια
η πέτρα που πετάς στις γάτες
βρίσκει το στόχο της.
Τον Αύγουστο πέφτουν τ’ αστέρια
το Σεπτέμβρη αρχίζει το κυνήγι
οι χήνες ξαναπετούν, ο πελαργός βηματίζει
ανάνεμσα στη δηλητηριασμένη κοιλάδα, ω, και τα σύννεφα
σαν βουνά πετούν πάνω απ’ τα δάση.
Αν δεν διαβάζεις μια εφημερίδα εδώ
όλα του κόσμου δείχνουν σωστά
μαρμελάδα στο βαζάκι
το πρόσωπο σου καθρεφτίζεται όμορφα
τα χωράφια γυαλίζουν ολοκόκκινα.
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

SUMAR

Strjálbýlt er landið.
Hvað sem líður risastórum ökrum og vélum,
liggja þorpin syfjuð
í runnagörðum; þótt steini sé kastað
í kettina hitta þeir sjaldan.
Í ágút hrapa stjörnur.
Í september byrja skotveiðar.
Samt flýgur grágæsin, storkurinn gengur
um ómenguð engi. Ó skýin,
fljúga sem fjöll yfir skógana.Ef þú lest ekki blöðin hérna,
er allt í lagi með heiminn:
Í plómusultukrukkum
speglast andlit þitt fagurlega
og akrarnir ljóma eldrauðir.
Sarah Kirsch, Þýskalandi, 1935–2013
Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu
Germains Droogenbroodt og Stanleys Barkan
Translated into Islandic by Thor Stefánsson

***

ِفي ال َّص ْيف

ُر ْغ َم ال ُحقُو ِل ال َوا ِسعَ ِة َوالآَ َلَ ْت
:
ِن
َخا ِليةٌ ِم َن ال ُّس َكا
« الأَ ْرض »
والقُ َرى نَائِ َمةٌ ُمتَ َم ِد َدةٌ فِي َح َدائِ ِق ال َّش ْم ِشي ْر
د ِه َّرة
ِر
ِم َن النَّا ِدر هُنَا أَ ْن تُ َصا ِد َف َح َج ًرا يُ َطا
فِي أُ ُغ ْس ُطس ، تَ ْسقُ ُط النُّ ُجوم.
فِي ِس ْبتَ ْمبر ، تَ ْب َدأُ ال ُم َطا َر َدة.
لََ يَ َزا ُل ا ِلإ َو ُّز ال َّر َما ِد ُي َو َطائِ ُر اللقلق يُ َح ْلقَا ِن فِي النَّ ِقيَّة.
ِج
ال ُم ُرو
يَا ِه، الغُيُوم، تَ ِطي ُر فَ ْو َق الغَابَ ِة َكال ِجبَال.
يَدة هُنا
ِر
إِذَا ل ْم تَ ْح ِمل َج
َهذَا ِلأ َّن ُك َّل َش ْي ٍء َعلَى َما يَ َرام َوالعَالَ ُم أَ ْي ًضا:
و َو ْج ُهك بِ َش ْك ٍل َج ِمي ٍل يَ ْنعَ ِك ُس ،
َعلَى أَ َوانِي ُم َربَّى البَ ْرقُو ِق،
. َوال ُحقُو ُل تُ ِضي ُء بِاللو ِن الأَ ْح َمر النَّا ِري
( سارة كيرشSARAH KIRSCH2013-1935 ،)، ألمانيا
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ԱՄՌԱՆԸ

՝ Նոսր բնակեցված հոը:
Չնայած հսկայական դաշտերին ու մեքենաներին,
գյուղերը քնած են տուփանման այգիներում:
Հազվադեպ է հարվածում
կատուների վրա նետված քարը:
Օգոտոսին աստղերն ընկնում են:
Սեպտեմբերին որսն է սկսվում:
Գորշ սագը դեռ թռչում է, արագիլը՝ քայլումՙ
Չթունավորված մարգագետինների միջով:Ամպերը, ինչպես սարերը,
թռչում են անտառների վրայով:
Եթե ձեռքդ թերթ չառնես այստեղ,
Աշխարհում ամեն բան կարգին է,
Սալորի մուրաբայի կաթսաներում
Դեմքդ արտացոլվում է գեղեցիկ,
Դաշտերը կարմիր կրակին են տալիս:
Սառա Կիրշ, Գերմանիա 1935–2013
Հայերեն թարգմանությունը՝ Արմենուհի Սիսյանի
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan

***

এই গ্রীষ্মে

স্বল্প জনবহুল, ভূ মিতে ।
আতে মবশাল ভূ মি আর যন্ত্র,
ো সতেও গ্রািগুমল মনদ্রাচ্ছন্ন
মিরসবুজ বৃক্ষ বাগাতন; খুব কিই কতর আঘাে
একটি পাথর ছোডা হয় মবডালতের মেতক ।
অগাস্ট িাতস, োরারা ঝতর পতড ।
ছসতেম্বর িাতস, শুরু হয় মশকার ।
োরপরও ধূসর হংস উতড যায়, সারস ছহেঁ তে ছবডায়
মবস্তীর্ণ েৃ র্ভূ মিতে । আহা, ছিঘরামশ,
পাহাতডর িতো োরা উতড যায় বনভূ মির উপর ।
আপমন যমেও সংবাে সংবােপত্র না ধতরন এখাতন,
সবমকেুই ঠিক আতে পৃমথবীতে এখাতন:
বডইতয়র জাি পাতত্র,
আপনার িুখটি সুন্দরভাতব প্রমেফমলে হয়,
এবং, িাঠগুতলা দ্যুমে েডায় আগুন লাল রতে ।
সারাহ কির্শ, জার্শাকি, ১৯৩৫-২০১৩
অিুবাদ জাষ্মর্শইি ড্রাষ্মজিব্রুড – স্ট্যািকি বারিাি
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

A L’ESTIUEscassament poblat, el país.
Malgrat els enormes camps i les màquines
els pobles jeuen endormiscats
als jardins de boix; els gats
rares vegades són colpejats amb un tir de pedra.
A l’agost cauen les estrelles.
Al setembre s’obre la veda.
Encara vola l’oca, passeja la cigonya
per prats no enverinats. Oh, els núvols
volen sobre els boscos com muntanyes.
Si no tens un diari aquí
tot està bé en el món:
en els pots de melmelada de pruna
es reflecteix impecable el teu rostre i
en vermell foc els camps resplendeixen.
SARAH KIRSCH, Alemanya, 1935 – 2013
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

在夏天

这片土地,人烟稀少。
尽管有广阔的田野和机器,
村庄还是躺在黄杨木花园里
昏昏欲睡;把一块石头
向猫群扔去,很少击中猫咪。
在八月,星星坠落。
在九月,狩猎开始了。
那灰雁仍在飞翔,那鹳鸟涉足
穿越未中毒的草地。哦,云团啊,
它们像群山一样飞过树林。
在这儿如果你不持有报纸,
世界上一切都是对的:
在梅子酱罐筒中,
你的脸映照得很美,而田野发出火红的光。
原作:德 国 萨拉·基尔希 1935-2013
英译:杰曼·卓根布鲁特-斯坦利·巴坎
汉译:中 国 周道模 2021-9-25
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

در تابستان
جمعيتی پراکنده، سرزمين،
با وجود زمينهها و ماشينهای عظيم،
روستاها خواب آلودند
در باغهای شمشاد؛ گهگاهی
سنگی پرت میکنند به گربهها
در سپتامبر، شکار بر پاست.
غازهای خاکستری همچنان در حال پروازند، لکلکها
قدم میزنند در ميان دشتهای پاکيزه.
آه، ابرها، از بالَی کوهها و جنگها میگذرند
اگر در دستانت روزنامهای نباشد
در اينجا دنيا در مطلوب است:
در ظرف مربای آلو
زيبايی صورتت منعکس میشود
و مزارع به رنگ قرمز آتشين میدرخشند.
سارا کيروش، آلمان ( )۱۹۳۵ -۲۰۱۳
ترجمه: سپيده زمانی
Translatio into Farsi by Sepedih Zamani

***

ANG TAG-INIT

Napuno ng damo, ang lupa
Sa kabila ng malawak na bukirin at makinarya
Inaantok ang mga kanayunan
Sa mga kahoy na kahon; na bibihirang tamaan
Isang bato ang inihagis sa mga pusa.Kapag Agosto, nahuhulog ang mga bituin
Tuwing Setyembre simula ng pangangaso.
Lumilipad parin ang kulay abong gansa, naglalakad ang ibong istork
Sa pamamagitan ng walang lason na parang. O, ang mga ulap,
Tulad ng mga bundok lumilipad sila sa mga kakahuyan.
Kapagka wala kang tangan na diaryo dito,
Ang lahat sa mundo ay tama
Sa mga kaldero ng minatamis na prutas
Kay ganda ng iyong mukha na nasalamin.
Ang mga bukirin ay kumislap ng pulang-apoy.

SARAH KIRSCH, Germany, 1935–2013
Isinalin sa Wikang Filipino – Eden Soriano Trinidad
Translated into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

בקיץ / שרה קירש

הָ אָ רֶ ץ מְ יֻשֶ בֶ ת בִּ דְ לִּ ילוּת.
לַמְ רוֹת שָ דוֹת וּמְ כוֹנוֹת עֲנָקִּ יִּים,
הַ כְפָ רִּ ים נָחִּ ים מְ נֻמְ נָמִּ ים
בְ גַנֵּי עֵּץ הַ תְ אַ שוּר; לְ עִּ תִּ ים רְ חוֹקוֹת פּוֹגַעַת
בַ חֲתוּלִּ ים אֶ בֶ ן שֶ נִּזְרֶ קֶ ת.
בְ אוֹגוּסְ ט, הַ כוֹכָבִּ ים נוֹפְ לִּ ים.
בְ סֶ פְּ טֶ מְ בֶ ר, הַ צַיִּד מַ תְ חִּ יל.
וּבְ כָל זֹאת הָ אַ וָּז הָ אָ פֹר עָ ף, הַ חֲסִּ ידָ ה מְ טַ יֶלֶת
דֶ רֶ ךְ כָרֵּ י דֶ שֶ א לֹא מֻ רְ עָלִּ ים. הוֹ, הָ עֲנָנִּים,
עָ פִּ ים כְהָ רִּ ים מֵּ עַל לַ יַעַ ר.
אִּ ם אֵּ ין מַ חֲזִּיקִּ ים עִּ תוֹן,
הַ כֹל תַ קִּ ין בָ עוֹלָ ם:
בְ סִּ ירִּ ים שֶ ל רִּ בַ ת שְ זִּיפִּ ים,
מִּ שְ תַ קְ פוֹת יָפֶה פָּנַיִּךְ וְגַם
הַ שָ דוֹת זוֹהֲ רִּ ים בְ אָ דֹם אֵּ ש.
תרגום מגרמנית לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט וסטנלי ברקן
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

गर्मिय ों में

विरल आबादी, भूवि।विशाल खेत ों और िशीन ों के बािजूद,
गाोंि ों की नीोंद उडी हुई है
बॉक्सिुड बगीच ों िें; शायद ही कभी एक पत्थर फें का
िारा वबल्लिय ों पर।
अगस्त िें तारे वगरते हैं।
वितोंबर िें, वशकार जारी है।
वफर भी भूरा होंि उडता है,
िारि चलता है
वबना जहर िाले घाि के िैदान ों के िाध्यि िे।
ओह, बादल,
पहाड ों के रूप िें िे जोंगल के ऊपर िे उडते हैं।
अगर आपके यहााँ अखबार नहीों है,
दुवनया िें िब कु छ िही ह ता है:
बेर जाि के बततन िें,
आपका चेहरा खूबिूरती िे पररलवित ह ता है और,
खेत आग-लाल चिकते हैं।
िारा वकशत, जितनी, 1935-2013
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

MUSIM PANAS

Populasi yang terbatas, di sebuah area.
Meskipun ada ladang besar dan mesin besar,
Desa-desa terbujur tidur
Dikebun boksus; jarang terluka
Sebuah batu dilempar ke kucing.
Pada bulan Agustus, bintang-bintang luruh.
Pada bulan September, perburuan berlangsung.
Angsa abu-abu tengah mengangkasa, bangau melintas
Melalui padang rumput yang tidak beracun. Oh awan,
Karena gunung mereka terbang diatas hutan.
Jika kamu tidak menggenggam koran di sini,
Semua baik baik saja dengan dunia:
Dalam balang selai plum,
Wajahmu terpantul dengan cantik dan,
Ladang menyala merah membara.
Sarah Kirsch, Germany, 1935–2013Translation Lily Siti Multatuliana (Indonesia)

***

SA SAMHRADH

Tearc i ndaonra, an tír.
D’ainneoinn goirt is innealra ollmhóra,
Tá na sráidbhailte ina gcodladh
Taobh thiar de chrainn bhosca; na cait fhiáin
faoi urchar méaróige dínn.
Lúnasa ritheann na réalta.
Meán Fómhair, séasúr an fhiaigh.
Le heitilt na gé glaise, siúlann an storc
Ar spánlaí trí mhóinéar glan,
Néalta ag imeacht le scód thar an gcoill.
Má dhéantar neamhaird de na nuachtáin,
Tá gach uile ní ina cheart anseo:
Na prócaí suibhe lán de phlumaí,
Dearglach ar na páirceanna,
Agus luisne i do ghrua.
Sarah Kirsch, An Ghearmáin, 1935–2013
Leagan Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

夏に

その土地は人もまばらで
広い畑や機械はあるが
村は眠っているかのよう
つげの木の園では
猫に投げられた石はめったに当たらない
8月、星は地に落ち
9月、狩猟は続く
灰色の雁はいまも空を飛び
コウノトリは地を歩く
おお、雲は
汚染されていない牧草地を渡り
山のように森の上を飛ぶ
ここに新聞を手にしていなければ世界はすべて順調だ
スモモのジャム壺の中で
あなたの顔は美しく映り
畑は炎のように赤く輝く
ザラ・キルシュ(ドイツ・ 1935-2013)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

KWENYE MAJIRA YA JOTO

Watu ni wachache, kwa ardhi hii.
Isipokua viwanja vile vikubwa na mashini,
Vijiji vimetulia kama katika hali ya usingizi
ndani mwa mashamba yaliofanana na masanduku ya
iwapo sio kawaida kuzigonga,
paka zatupiwa jiwe.
Katika mwezi Agosti, nyota zaanguka.
Kwa mwezi Septemba, mawindo huanza.
Bado bukini ya kijivu huruka, korongo yatembea
Kupitia milima isiyo na sumu. Ah, haya mawingu nayo!
Kama milima, yaelea juu ya misitu.
Usipopata gazeti hapa,
Waweza kufikiria yote yako sawa humu duniani:
Ndani mwa sufuria ya jam ya matunda ya plum,
Uzuri wa sura yako waonekana kama kwa kioo navyo,
viwanja vya metameta, vyekundu kama moto.
Sarah Kirsch, Germany, 1935–2013
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

LI HAVÎNÊ

Welat sêrek e ji rûniştvanan.
Tevî kewşenên fereh û makînan.
Gund di nav baxên daran de
dixewin; kêmcaran
pisî dikevin ber avêtina keviran.
Di tebaxê de stêr têne xwar
di îlonê de dema nêçîrê ye
hîn qaza gewr difire û legleg li nav
çîmenên jehrnekirî digere. Ax, ewirênmîna çiya di ser daristanan re difirin.
Li vir eger rojname ne bi dest mera de be
weha dixuye ku cîhan aram e:
Di qaska êrwîkên kelandî de
rûyê mera û ronahiya soragirîn
ya kewşenan tê re dixuye.
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

НА ЛЕТО

Ретко населена, земјата.
И покрај огромните полиња и машини,
Селата лежат поспани
во шимшир градини; ретко ги погодува
по мачките фрлениот камен.
Во август, ѕвездите паѓаат.
Во септември, се лови.
Сивата гуска сѐ уште лета, штркот оди
по незатруени ливади. Ох, облаците,
како планини летаат над шумата.
Ако немаш весник в рака овде,
Сѐ ќе е во ред со светот:
Во тегли со џем,
Твоето лице прекрасно се отсликува и,
Полињата сјаат со огнено-црвена боја.
САРА КИРШ, германија, 1935-2013
Превод на македонски јазик: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation into Macedonia language: Daniela Andonovska Trajkovska

***

PADA MUSIM PANAS

Sedikit penduduknya, wilayah itu.
Walau besar pepadang dan mesin-mesin
Desa-desa terbaring lelap
Dalam kebun-kebun kayu kotak; jarang mengenai
Ketulan batu yang dibaling ke kucing.
Pada Ogos, bintang-bintang gugur
Pada September, perburuan berlaku.Masihlah angsa kelabu berterbangan, bangau berjalanan
melalui padang-padang rumput segar. Oh, awan-awan
Seperti gegunung terbanglah ia di atas rimba.
Jika kau tidak memegang akhbar di sini,
Semuanya betul dengan dunia:
Dalam periuk-periuk jam plum,
Wajahmu dipantul cantik dan,
Menyala bumi merah berapi.
Sarah Kirsch, Germany, 1935–2013
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

LATEM

Kraina skąpo zaludniona.
Mimo rozległych pól i maszyn.
Wioski przycupnęły ospale
wśród bukszpanowych ogrodów; koty
z rzadka trafia ciśnięty kamień.
W sierpniu ꟷ spadają gwiazdy.
We wrześniu ꟷ otrąbia się polowania.
Jeszcze dzika gęgawa wzlatuje, przechadza się bocian
po łąkach nieskażonych. Ach, obłoki
unoszą się nad lasami jak góry.
Jeśli się nie ma przy sobie gazety,
ład panuje na świecie:
w saganach pełnych śliwkowych powideł
odbija się pięknie twarz,
a czerwienią ognistą płoną pola.
Sara Kirsch, Niemcy, 1935–2013
Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

ЛЕТО

Здесь мало людей.
Зато много полей и машин.
Спят деревни
в самшитовых рощах; кто-то
кидает камни в котов.В августе падают звезды.
В сентябре начнется охота.
Еще гостят дикие гуси, рассекает небо журавль.
Над неотравленными полями. Ах, облака.
Словно горы парят над лесами.
Если здесь не читать газет,
С миром кажется все в порядке.
Ты красиво отражаешься
в стекле банок со сливовым джемом.
Поля горят огненно-красным.
Сара Кирш, Германия, 1935 – 2013
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

LETI

U retko naseljenoj zemlji,
uprkos ogromnim poljima i mašinama,
sela leže pospana u baštama šimšira
a retko koji kamen pogodi mačke
kad ih gađaju.
Zvezde padaju u avgustu.
U septembru počinje lov.
I dalje siva guska leti,
a roda hoda kroz neotrovane livade.
Ah…oblaci, kao planine klize iznad šume.
Ako ne čitaš štampu,
sa svetom je ovde sve u redu;
u teglama sa džemom od šljiva
tvoje divno lice se ogleda
i polja su vatreno crvena.
SARAH KIRSCH, Nemačka, 1935–2013
Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

NTA LA STATI

Scarsamenti pupulata, la terra.Ammatula li enormi campi e li machini,
li paisi stanu assunnacchiati
nni li giardini di bossu; li petri
lanzati contru li jatti
raramente li nzertanu.
A l’austu cadunu li stiddi.
A sittembri si apri la caccia.
Ma l’oca grigia continua a bbulari, la cicogna passia
nta li prati nvilinati. Oh, li neuli
bbulanu supra li boschi comu muntagni.
Si non hai un giurnali nta li manu
tuttu è postu nta lu munnu:
lu vasittu di marmillata di prugna
rifletti la to facci chiaramenti
e li campi risplendunu di russu comu focu.
Sarah Kirsch, Alemania, 1935 – 2013
Traduzioni in Siciliano di Gaetano Cipolla

***

ககோடைக் கோலத்தில்
மக்கள் அதிகமில்லாத நிலத்தில்
மிகுந்த வயல்களும், இயந்திரங்களும்
இருப்பினும்
கிராமம் தூக்கத்தில் உள்ளது!
மரப்பபட்டித் ததாட்டங்களில்
பூனையிை் தமல் எரியப்பட்ட கல்
அதை் தமல் விழுவதில்னல சாதாரணமாக!
ஆகஸ் டு மாதத்தில் விண் மீை்கள் விழுகிை் றை
பசப்டம்பர் மாதத்தில் தவட்னட பதாடர்கிறது
இருப்பினும்
சாம்பல்நிறப் பபண் வாத்து பறக்கிறது
நானர நடக்கிறது
விஷம் கலக்காத பசும்புல் நிலத்தில்-ஓ தமகங்கள்
மனலகனளப் தபால காடுகள் தமல் பறக்கிை் றை!
னகயில் பசய்தித் தாள் இல்னலபயைில்
உலகில் எல்லாதம சரிதாை் !
ப்ளம் தேம் பானையில்
உைது முகம் அருனமயாக
எதிர்நிழல் ஆடுகிறது!
வயல்கள் தீயிை் சிகப்பு நிறத்தில் ஒளிர்கிை் றை!
ஆக்கம்/பமாழிமாற்றம்ஸாரா கிர்ஸ் ச் பேர்மைி 1935- 2013
பேர்பமய்ை் ட்ரூகை் ப்ரூட்ட்- ஸ் டாை் லி பார்கை்
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

***

YAZ MEVSİMİNDE

Büyük tarlalar ve makinalara rağmen
Uzanmakta köyler uykulu
Şimşirli bahçelerde, nadiren denk gelir
Kedilere atılan bir taş
Ağustosta, yıldızlar kayar
Eylülde, başlar av
Gri kazlar uçarlar halâ, yürür leylekler
Zehirlenmemiş çayırlarda. Ah, bulutlar,
Dağlar gibi bulutlar ormanların üstünden uçarlar
Burada yoksa elinde bir gazete,
Dünyada tüm gidişat iyidir
Erik reçeli kavanozlarında
Yüzün çok güzel yansıyor ve,
Tarlalar ateş kırmızısı parlamakta
İngilizceden çeviren: Muhsine Arda
Translated into Turkish by Muhsine Arda

 

Recueil: ITHACA 699
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
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LES PRUNES (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2020



    

LES PRUNES.

I.

Si vous voulez savoir comment
Nous nous aimâmes pour des prunes,
Je vous le dirai doucement,
Si vous voulez savoir comment.
L’amour vient toujours en dormant,
Chez les bruns comme chez les brunes ;
En quelques mots voici comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

II.

Mon oncle avait un grand verger
Et moi j’avais une cousine ;
Nous nous aimions sans y songer,
Mon oncle avait un grand verger.
Les oiseaux venaient y manger,
Le printemps faisait leur cuisine ;
Mon oncle avait un grand verger
Et moi j’avais une cousine.

III.

Un matin nous nous promenions
Dans le verger, avec Mariette :
Tout gentils, tout frais, tout mignons,
Un matin nous nous promenions.
Les cigales et les grillons
Nous fredonnaient une ariette :
Un matin nous nous promenions
Dans le verger avec Mariette.

IV.

De tous côtés, d’ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches,
En si bémol, en ut, en la,
De tous côtés, d’ici, de là.
Les prés en habit de gala
Étaient pleins de fleurettes blanches.
De tous côtés, d’ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches.

V.

Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette,
Ma cousine se démenait,
Fraîche sous son petit bonnet.
Elle sautait, allait, venait,
Comme un volant sur la raquette :
Fraîche sous son petit bonnet,
Belle â ravir et point coquette.

VI.

Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes ;
Et la gourmande en veut manger,
Arrivée au fond du verger.
L’arbre est bas ; sans se déranger
Elle en fait tomber quelques-unes :
Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes.

VII.

Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.
Mon pauvre cœur battait bien fort !
Elle en prend une, elle la mord.
Ses petites dents sur le bord
Avaient fait des points de dentelle…
Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.

VIII.

Ce fut tout, mais ce fut assez ;
Ce seul fruit disait bien des choses
(Si j’avais su ce que je sais !…)
Ce fut tout, mais ce fut assez.
Je mordis, comme vous pensez,
Sur la trace des lèvres roses :
Ce fut tout, mais ce fut assez ;
Ce seul fruit disait bien des choses.

IX.

À MES LECTRICES.

Oui, mesdames, voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes :
N’allez pas l’entendre autrement ;
Oui, mesdames, voilà comment.
Si parmi vous, pourtant, d’aucunes
Le comprenaient différemment,
Ma foi, tant pis ! voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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A une pauvre vieille femme (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



A une pauvre vieille femme

mâchant une prune dans
la rue un sac de papier
plein dans la main
Quel goût elles ont pour elle
Quel goût elles ont
pour elle. Quel goût
elles ont pour elle.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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J’ai mangé les prunes (William carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



J’ai mangé
les prunes
qui étaient
dans le bac à glace

et que
sans doute
tu gardais
pour le petit déjeuner

Pardonne-moi
elles étaient délicieuses
si sucrées
et si fraîches

(William carlos Williams)

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MIRAGES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



Claude Sauzet Les-trois-graces-100x81cm-550 [1280x768]

MIRAGES

Autour de la lune
Trois étoiles tournent,
Trois abeilles d’or
Autour d’une prune.

Emmitouflé d’ombre
Le poirier s’endort;
Quatre poires pendent
A la même branche :
Une William tombe.

La grenouille au bord
De la vasque bâille,
Voit les trois abeilles
Au ciel balancées,
Et tout à coup plonge
Dans le miroir d’eau.

Tandis qu’en pensée
Le tendre vieux beau
Voit trois jeunes filles
En jupons de bal
Qui se déshabillent :
La vie est un songe.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Claude Sauzet

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Chanson des mille et une (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Chanson des mille et une

Il en a connu mille et une
Qui couraient la bonne fortune
Feux follets aussi peu fidèles
Que l’hirondelle.

Passèrent des blondes des brunes
Des peaux de lait des seins de prunes
Des chevelures à flammèches
Des teints de pêches.

Un soir de brume il en vint une
Avec des yeux tachés de lunes
Qui ne demandait que sa route
Une entre toutes.

Alors il comprit que chacune
N’avait été que fleur d’écume
Et lui posa son, pour aumône,
Coeur dans la paume.

(Bernard Lorraine)

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Par le laurier du Sud, l’origan de Lota (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Par le laurier du Sud, l’origan de Lota,
petite reine de mes os, je te couronne,
et qu’elle soit toujours à toi, cette couronne
née de la terre et de la feuille du baumier.
Amour, nous arrivons de nos provinces vertes,
nous en tenons la terre à notre sang mêlée,
nous allons par la ville, ainsi que beaucoup d’autres,
un peu perdus, craignant qu’on ferme le marché.
Ma bien-aimée, ton ombre a l’odeur de la prune,
la source de tes yeux est cachée dans le Sud,
ton coeur est une colombe de tirelire,
ton corps a le poli qu’ont les pierres dans l’eau,
la rosée couvre les grappes de tes baisers,
d’être à côté de toi, je vis avec la terre.

***

Con laureles del Sur y orégano de Lota
te corono, pequeña monarca de mis huesos,
y no puede faltarte esa corona
que elabora la tierra con bálsamo y follaje.
Eres, como el que te ama, de las provincias verdes :
de allá trajimos barro que nos corre en la sangre,
en la ciudad andamos, como tantos, perdidos,
temerosos de que cierren el mercado.
Bienamada, tu sombra tiene olor a ciruela,
tus ojos escondieron en el Sur sus raíces,
tu corazón es una paloma de alcancía,
tu cuerpo es liso como las piedras en el agua,
tus besos son racimos con rocío,
y yo a tu lado vivo con la tierra.

(Pablo Neruda)

Illustration: André Patte

 

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