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La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses
Comme la pensée de la mort dans les yeux des blanches fileuses
Qui psalmodient la page du soir des missels
Selon le rythme de la berceuse des rouets.
L’heure était de jadis. La chevelure dénouée
D’une averse brillait au loin parmi la soie brûlée du ciel.

Près du rivage une barque dormait dont les voiles
Etaient aussi blanches que les ailes d’un ange de la mer,
Et debout dans la barque de douces dames vêtues de vert
De mars, de rouge de septembre et d’or vespéral
Frappaient des lyres ternies et chantaient une prière
Dont chaque son faisait éclore au profond du soir une étoile.

Et à leurs pieds jouait un enfant dans cette grande
Barque blanche et noble comme un cygne de mer,
Un enfant clair. Sa songerie nouait en guirlandes
Autour du sommeil de la proue et de la paresse des rames
Le ténébreux printemps des goémons amers
Et sa chanson était l’écho du cantique des douces dames.

Je m’arrêtai heureux et las dans le chemin nacré
Des lumières mourantes et je dis en mon coeur :
 » Certes la vie est grave, mais le chant de ces filles parées
Comme des âmes pures n’est pas un chant de douleur.  »
— Un rayon coloré comme la tristesse des fleurs
Ecloses dans le rêve illumina le soir — et je pleurai.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Alexandre Séon

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APRES-MIDI TROPICAL (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Anom Himura 2048 [1280x768]

APRES-MIDI TROPICAL
(Tarde del Trópico)

L’après-midi est gris et triste.
La mer se vêt de velours
et sur le ciel profond s’étend
un crêpe de deuil.

De l’abîme s’élève
la plainte amère et sonore.
L’onde, lorsque le vent chante,
pleure.

Les violons de la brume
saluent le soleil qui meurt.
La blanche écume psalmodie :
Miserere !

Le ciel s’inonde d’harmonie,
et la brise au loin emporte
la chanson triste et profonde
de la mer.

Du clairon de l’horizon
sourd une symphonie rare,
comme si la voix du mont
vibrait.

Comme si c’était l’invisible…
Comme si c’était le son rude
que lancerait au vent un terrible
lion.

(Ruben Dario)

Illustration: Anom Himura

 

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