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Poésie

Posts Tagged ‘puiser’

J’ai souffrance beaucoup (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Guy Swyngedau
    
J’ai souffrance beaucoup, de coeur surtout,
Comme on l’est d’hôpital, malade aux draps
Fiévreux. J’ai longs moments où je suis autre
Où je cherche ma route personnelle désespéré-
Ment. Je me repose, adossé aux poumons qui
Puisent l’air bon : celui qui donne envie de vie.
On voit, de par le monde, beaucoup de coeurs
Blessés. Et cette souffrance, parfois, confie tout
Bas, aux autres, les raisons de sa présence. Ici.

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Il me faudrait un repos plus profond que le sommeil (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



Illustration: Hélène Hugon
    
Il me faudrait un repos plus profond que le sommeil.
J’ai beau y puiser jusqu’au fond, les nuits ne me suffisent plus.
Même la mort ne me suffirait pas.
Il est trop tard…
Je serai fatigue, fatigue, jusqu’à la nuit des temps.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Jane (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

Emile Vernon 24_p

Jane

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Rose pourprée et tout humide,
Ce n’était pas sa lèvre en feu ;
C’étaient ses yeux d’un si beau bleu
Sous l’or de sa tresse fluide.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Toute mon âme fut ravie !
Doux étaient son rire et sa voix ;
Mais ses deux yeux bleus, je le vois,
Ont pris mes forces et ma vie !

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

Hélas ! la chose est bien certaine :
Si Jane repousse mon voeu,
Dans ses deux yeux d’un si beau bleu
J’aurai puisé ma mort prochaine.

Je pâlis et tombe en langueur :
Deux beaux yeux m’ont blessé le coeur.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Emile Vernon

 

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De mon nom, que te restera-t-il ? (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018




    
De mon nom, que te restera-t-il ?
Comme le triste clapotis d’une vague
mourant au loin sur la grève ? Une note
dans la nuit, au fond des forêts ?

Ou rien qu’un paraphe de mort
sur la page d’un livre d’or,
ou quelque épitaphe tombale
dans une langue incompréhensible,

ou quoi ? Oublié depuis belle lurette…
Et tout au feu d’émotions nouvelles
ton coeur n’ira guère y puiser
de tendres et chastes souvenirs.

Mais que viennent les jours de peine
il te reviendra dans le silence,
tu diras : quelqu’un se souvient de moi,
il est au monde un coeur où je vis.

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Si un est le tout (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




Si plusieurs, combien seuls,
Même où l’amour est partagé combien
Chaque coeur de l’autre est loin;
Mais si un est le tout, et nous
Feuilles sur ce grand arbre,
Et le temps las un flot dans les veines d’étoiles
Puisant aux racines, et les branches en fleurs
Où les oiseaux du ciel reposent,
Alors nul amour n’est perdu.

***

If many, how lonely,
Even in requited love how far
Each heart from other;
But if one the whole, and we
Leaves on that great tree,
And weary time a flow in starry veins,
Nourished from hidden roots, and blossoming boughs
Where birds of heaven rest,
Then no love lost.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pablo Amaringo

 

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La moelle des villes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



La moelle des villes

S’enfoncer dans l’étau d’une ville
Longer les parois de sa nuit
Marcher sur sa membrane d’asphalte
Avancer sous la dalle de son ciel
Arpenter ses méandres
Tressaillir de son cri

Forer l’os des solitudes
Se heurter au mutisme des seuils
Frôler l’arbre aux aguets

Se glisser dans la texture
Des pierres
Pénétrer la trame
Des murailles
S’imprégner des noces
Du fleuve et des pavés

Débusquer ses lueurs
Puiser sources sous son gravier
Faire émerger la Ville
De ses suaires

S’infiltrer dans sa moelle

Lui faire jour
Se faire jour !

(Andrée Chedid)


Illustration: Gottfried Salzmann

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L’AZUR (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



L’AZUR

L’Hippolyte au front de mouche
regardait l’azur par le trou de la serrure.
— Mais, Hippolyte, ouvre donc la fenêtre,
t’auras tout l’azur que tu veux. —
Ah ouiche, vous appelez cela de l’azur, vous autres,
ce grand ciel bête où il n’y a qu’à puiser.
Mon azur à moi, c’est plus compliqué.

(Norge)


Illustration

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En quelques morceaux (Arnaud Savoye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

    
 

En quelques morceaux

Soif et joie;
pieds lavés dans la rivière
remontent à la source.
Rêve d’élan.
De l’engagement.

Nos propres dé‚couvertes
porté‚es haut et partagé‚es,
repas pris en commun.

Ensemble sur
un même chemin,
vers une oeuvre.

Solidarité‚ des oiseaux;
une mésange guette,
surveille, annonce, pré‚vient.

Rouges-queues, chardonnerets,
passereaux au sol picorent,
partage équilibré.

Parfois, une colère, une ré‚volte.
Et tu dé‚poses tes sentiments,
affirmes l’être que tu es,
insuffle une direction.

Parfois, oui,
une mise à nu simple.
Révélation de l’être,
reconnaissance.

Tu es, je te vois, t’entends.
Mots, portée d’une page,
mots murmurés, répétés.
Ils pénètrent l’intérieur,
mordant d’une oreille, elle
écoute.

Un feu; le feu en nous
n’incendie plus la forêt et son
entêtante illusion du sauvage en gestation
avant son réveil brutal, brûlure vive.

Ici, seul le désir partagé, désir commun,
s’érige contre-feu.

Embrasement des coeurs.
Nous puiserons dans la flamme
ravivée chaque matin.

Opiniâtreté des jours
courage de l’oiseau éclatant,
persistante volonté
où chacun prend part à.

Néfliers rougeoyants, éclats des regards.
Il y a de la passion dans cette terre brandonnée.
Ne rêvons-nous pas secrètement de prolonger le jour?

Le bois nourrit l’âtre,
repousse le noir de la nuit.
Coûte que coûte maintenir flamme,
chaleur et lumière.

Ne confondons pas
ombres et corps,
mirage de l’oeil.

Dissocier braises et cendres
en suivant les signaux des fumées.
N’avons-nous pas à chaque instant
à tisonner le corps ?

Une main s’ouvre pour qu’un mot
se dépose dans sa paume : ardeur.

(Arnaud Savoye)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La matière-existence (Yves Simon)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
La matière-existence est partout,
à l’intérieur,
à l’extérieur des corps,
tramée de pensée,
de carbone et de temps.
Elle est,
et se déploie
afin que chacun
vienne y puiser son dû.
Ondulante et imaginative,
elle fourmille de protubérances,
de réseaux
et d’étincelants départs.
Les êtres vivants y puisent,
à chaque pico-seconde,
l’élan
qui fera que le processus vital
se déroulera
comme imprévu,
que les artistes tisseront là
le taffetas de leurs rêves,
en mots,
formes et couleurs,
la matière
des cauchemars de la nuit,
des espoirs du jour.

(Yves Simon)

 

Recueil: Le souffle du monde
Traduction:
Editions: Grasset

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