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Poésie

Posts Tagged ‘puissante’

La mer (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



La mer

Éternellement elle chuchote autour
Des rivages désolés et de sa houle puissante
Gorge deux fois dix mille cavernes, jusqu’au moment
où le charme
D’Hécate les abandonne à leurs antiques rumeurs
indistinctes.
Souvent vous la trouverez d’humeur si douce
Que c’est à peine si le plus minuscule coquillage
Quitte pendant des jours la place où jadis il échoua,
Quand les vents du ciel la dernière fois se déchaînèrent.
O vous dont les prunelles sont irritées et lasses
Faites-les se repaître de l’immensité de la mer;
O vous dont les oreilles sont assourdies d’un affreux
tintamarre,
Ou nourries à l’excès de quelque écoeurante mélodie,
Asseyez-vous où bée une antique caverne, et rêvez
Jusqu’au brusque réveil où vous croirez entendre
le choeur des nymphes de la mer.

***

On the sea
It keeps eternal whisperings around
Desolate shores, and with its mighty swell
Gluts twice ten thousand caverns; till the spell
Of Hecate leaves them their old shadowy sound.
Often ’tis in such gentle temper found,
That scarcely will the very smallest shell
Be mov’d for days from where it sometime fell,
When last the winds of heaven were unbound.
Oh ye who have your eyeballs vexed and tir’d,
Feast them upon the wideness of the sea;
Oh ye whose ears are dinn’d with uproar rude,
Or fed too much with cloying melody,
— Sit ye near some old cavern’s mouth, and brood
Until ye start, as if the sea-nymphs quir’d!

(John Keats)

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La mer (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



La mer

La mer ensorcelle, la mer tue, émeut, terrifie,
fait rire aussi parfois, disparaît, par moments,
se déguise en lac ou alors bâtit des tempêtes,
dévore des bateaux, elle offre des richesses,

elle ne donne pas de réponses,
elle est sage, elle est douce,
elle est puissante,
elle est imprévisible.

Mais surtout,
la mer appelle.
… Elle ne fait que ça, au fond :
appeler.

Jamais elle ne s’arrête,
elle pénètre en toi,
elle te reste collée après,
c’est toi qu’elle veut.

Tu peux faire comme si de rien n’était,
c’est inutile.
Elle continuera à t’appeler.

Cette mer que tu vois
et toutes les autres que tu ne verras pas
mais qui seront là,
toujours, aux aguets,
patientes,
à deux pas de ta vie.

Tu les entendras appeler,
infatigablement.

Voilà ce qui arrive dans ce purgatoire de sable.
Et qui arriverait dans n’importe quel paradis,
et dans n’importe quel enfer.

Sans rien expliquer, sans te dire où,
il y aura toujours une mer qui sera là
et qui t’appellera.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

Illustration: William Bouguereau

 

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FEMME EN FLEURS (Marcelle Delpastre)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Abbott Handerson Thayer_A_Virgin_1892-3

FEMME EN FLEURS

Femme en fleurs comme un grand châtaignier qui répand ses senteurs puissantes
Tu te dresses sur la campagne, tu flambes de bonnes odeurs,
tu prends le soleil et la pluie à tes rameaux chargés de fruits,
Tu es debout sur la colline, le bleu de l’espace et le vent ruissellent sur toi de la bouche aux talons,
les moissons croissent sur tes bras ; la ronde blondeur de tes seins gonfle le temps des récoltes mûres,
et dans ton sein déjà la nuit profonde se fermente ; déjà la grande mer roule sur toi la courbe de ses vagues.

(Marcelle Delpastre)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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Que ton poème soit comme l’aile du fou (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



 

 

coeur de feu

Que ton poème soit
comme l’aile du fou

puissante et claire
dans son essor

portant le corps embrasé
vers la grande lumière

***

Let your poem
be as the gannet’s wing

with power and clarity
in its wheeling

bearing erotic flesh
to the ecstasy of being

(Kenneth White)

 

 

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Les durs chemins de l’esprit (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

12_antarctic_paintings

Les durs chemins de l’esprit
mènent à de tels lieux
toute sensation puissante
mène à ces déserts
le destin des mots
à ces silences mouvants

***

The hard path of the spirit
leads to these places
all powerful feeling
leads to these emptinesses
the destiny of words
to these moving silences

(Kenneth White)

Illustration

 

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Regardez (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



 

Regardez, regardez, Messieurs, voyez cette puissante entreprise,
Et comme ils travaillent sans trêve, se retournant dans
les draps de la vie comme en un lit de cauchemar,
Avec la sueur au front, les mains moites, et poursuivant
on ne sait quelle aventure inéluctable,
Comme des employés de bureau d’une administration
impitoyable, devant une porte toujours fermée sur
laquelle un numéro se lit,
C’est là sans doute que repose le centre de l’affaire, le grand patron,
C’est le numéro 0,
Et si par hasard quelqu’un entrait, il verrait qu’il n’y a personne,
On ne voit rien, il n’y a ni table, ni chaise, ni téléphone,
ni rien qui vaille, pas de fenêtre non plus,
Rien que des vieux murs sans papier, absolument rien,
ni trace de personne,
N’empêche que c’est le bureau du patron, le numéro 0,
Et ils continuent à accomplir leur besogne, oh ! pour-quoi,
sans doute parce qu’il faut manger et qu’il y a des gosses à la maison,

(Georges Ribemont-Dessaignes)

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La réalité de notre monde (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016



 

Comme les rayons issus d’une puissante source,
la réalité de notre monde s’affaiblit et se perd à mesure qu’elle s’éloigne de nous.
Ma main qui soulève un marteau tient le réel,
mais mon regard, élevé jusqu’aux lieux les plus hauts de la nuit,
n’atteint que des Idées, des Fantômes, un fuyant déferlement de songes
qui va mourir au bord de ce qui n’est pas.

(Jean Tardieu)

Illustration: Fan Ho

 

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Autrefois (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Autrefois
J’étais une vieille lande aux caresses puissantes et stagnantes,
Il me reste quelques sentiers de mûriers et de noisetiers

(Armand Robin)

 

 

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Δωρια (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




Δωρια

Sois en moi comme la plainte éternelle
du vent glacial, et non
Comme les choses éphémères,
éclats de fleurs.
Prends-moi dans la puissante solitude
des falaises sans soleil
Et des eaux sombres.
Que les dieux nous disent doucement
Dans l’autre monde,
Les fleurs d’Hadès dans leur ombre
Se souviennent de toi.

(Ezra Pound)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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Pomme (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2015



Tombant, tombé au bord
De l’allée, dans une herbe
Verte encore et puissante.

Il est rond, jaune et rouge
Sur la plaine

Qui vire et ne va plus
Bientôt se reconnaître.

Quand on l’appelle pomme
En passant près de lui,

On dirait qu’il se sent
Un peu plus sûr de son histoire.

(Guillevic)


Illustration

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