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Poésie

Posts Tagged ‘pulvérisé’

Mort en avion (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Mort en avion

Je m’éveille pour la mort.
Je me rase, m’habille, me chausse.
C’est mon dernier jour: un jour
entamé d’aucun pressentiment.
Tout fonctionne comme toujours.
Je sors dans la rue. Je vais mourir.

Je ne mourrai pas maintenant. Un jour
entier se profile devant moi.
Un jour comme c’est long. Combien de pas
dans la rue, que je traverse. Et que de choses
dans le temps, accumulées. Sans faire attention,
je suis mon chemin. Bien des visages
se pressent dans mon agenda.

[…]

Je vis
mon instant final et c’est comme
si je vivais depuis bien des années
avant et après ce jour,
une vie continue, sans rupture,
où il n’y aurait pauses ni syncopes ni sommeils,
tant est moelleux dans la nuit cet engin et tant aisément il fend
l’air en blocs de plus en plus gros.

Je suis vingt dans la machine
qui suavement respire,
entre des panneaux stellaires et de lointains souffles de la terre,
je me sens normal à des milliers de mètres d’altitude,
ni oiseau ni mythe,
je garde conscience de mes pouvoirs,
et sans mystification je vole,
je suis un corps volant et j’ai toujours des poches, des montres, des ongles,
relié à la terre par la mémoire et par l’habitude des muscles,
chair sur le point d’exploser.

Ô blancheur, sérénité sous la violence
de la mort sans préavis,
précautionneuse et pourtant irrésistible approche d’un péril atmosphérique,
coup percuté dans l’air, lame de vent
dans le cou, éclair
choc fracas fulguration
nous roulons pulvérisés
je pique verticalement et me transforme en fait divers.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Fleurs de feu (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
Et le panache igné du volcan solitaire
Flamba plus haut encor que les Chimborazos.

Nul bruit n’éveille plus la cime sans échos.
Où la cendre pleuvait l’oiseau se désaltère ;
Le sol est immobile et le sang de la Terre,
La lave, en se figeant, lui laissa le repos.

Pourtant, suprême effort de l’antique incendie,
A l’orle de la gueule à jamais refroidie,
Éclatant à travers les rocs pulvérisés,

Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
Dans le poudroiement d’or du pollen qu’elle lance
S’épanouit la fleur des cactus embrasés.

(José-Maria de Hérédia)

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Chanson de Printemps (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018


Les enfants sortent joyeux
De l’école.
Ils mettent dans l’air tiède
D’Avril une note tendre.
Quelle allégresse au profond
Silence de la ruelle!
Un silence pulvérisé
Par des rires d’argent clair.

(Federico Garcia Lorca)

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Un azur épais règne dans les feuilles du tilleul (Yona Wallach)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration
    
Un azur épais règne dans les feuilles du tilleul
et une grande lumière est posée sur les tuteurs des rosiers,
deux poivriers de mon âge, branchus et emmêlés l’un dans l’autre
tendres à ma naissance, s’enveloppent
en mon honneur d’une délicatesse pulvérisée. Comme leurs cymes,
l’or sombre des abeilles flotte, s’agite dans les rejetons
monte et descend, entre dans les ornements
fait mûrir précocement un bourdonnement plein d’une sensation
tremblante qui s’enfonce, se meut à la figure du suc
afin que se répande un tel amour lustral.

(Yona Wallach)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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La pensée pulvérisée (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



La pensée pulvérisée
tourne en rond

rond de fagots rond
de brasier

(Jacques Dupin)

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