Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘pur’

SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Son avidité n’a d’égal que moi (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



Son avidité n’a d’égal que moi
Donneuse de monde en mouvement
Cernée de plaisir comme un feu
Dans l’ombre tu te diriges mieux qu’une ombre
Tête accordée

Mon coeur bat dans tout ton corps
Dans tes retraites préférées
Sur l’herbe blanche de la nuit
Sous les arbres noyés

Nous passons notre vie
A renverser les heures
Nous inventons le temps

Et d’un seul coup comme toujours
Des verdures et des oiseaux
Où sommes-nous
Soufflent sur tes regards
Se posent sur tes paupières
Garde-toi de bouger
Les guirlandes de tes membres
Sont pour des fêtes moins subtiles

Pas un geste apparent
On nous croit immobiles
Tant nous sommes secrets

Donne ton juste poids à l’aube
A l’horizon le nerf de ta balance
Le cratère d’une couronne d’air pur
Sur ta chevelure folle
Mille bouffées d’écume entre les lèvres du soleil
Ou l’aile battante de ton sang
Donne ta force ta confiance

Dans l’étendue de tes yeux
Il y a tantôt un château charmant
Ouvert comme un papillon à tous les vents
Tantôt une masure terrible
Une dernière caresse
Destinée à nous séparer
Tantôt le vin tantôt une rivière
Close comme un essaim d’abeilles

Viens là docile viens oublier
Pour que tout recommence.

(Paul Eluard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Puisque ce monde est triste… (Omar Khayyâm)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021




    
Puisque ce monde est triste…

Puisque ce monde est triste et que ton âme pure,
Ô mon amie, un jour, doit aller chez les morts,
Oh ! viens t’asseoir parmi les fleurs sur la verdure,
Avant que d’autres fleurs s’élèvent de nos corps.

(Omar Khayyâm)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du persan par Jean Lahor
Editions :

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Absence du poème ? (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021




    
Absence du poème ? Clameur de rien.
Ou l’harmonie inattendue. L’incision brusque
d’un appel, à nouveau une pure invention !

Je t’appelle mon désir, ma terre,
mon sol, montagne, mon cheval,
je t’appelle sur la terre, ce papier.
Mais ce sont mes entrailles vives qui t’appellent!

Loin de la vie, je ne sais quelle vie existe,
— faite seulement de lignes ou d’élans dans le
vide, elle sait qu’elle mourra de sa mort. Mais
l’ignorance renaît, et l’espérance en elle!

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La passion de t’inventer d’un néant (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021



 
    
La passion de t’inventer d’un néant me fait
écrire, un simple filament, bientôt un autre
signe, un tissu fébrile et nous avons un cheval
entier avec le son et l’exactitude du nom.

J’ignore ta robe, mais tu portes le champ,
la liberté et la force que j’expérimente en toi.
Là où tu vas, cheval, si rapide, si fougueux
ou trottant paisiblement sans selle et libre, libre !

Je parcours cette terre comme un sein amoureux,
tu cours déjà dans mon corps avec la vie du feu,
ta passion m’aveugle et embrase ma terre.

C’est toi qui me nourris avec les mots justes
qui émanent de ton élégance et de ton rythme,
et m’élèvent à une vie pure et verticale.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Maman (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Maman

J’ai de toi une image
Qui ne vit qu’en mon cœur.
Là, tes traits sont si purs
Que tu n’as aucun âge.

Là, tu peux me parler
Sans remuer les lèvres,
Tu peux me regarder
Sans ouvrir les paupières.

Et lorsque le malheur
M’attend sur le chemin,
Je le sais par ton cœur
Qui bat contre le mien.

(Maurice Carême)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

MAMAN (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    

MAMAN

Maman depuis huit jours déjà
M’arrête en songe à chaque pas.
Je vois le linge et le panier
Montant, grinçant vers le grenier.

J’étais un être fruste encor
Et piaffant dur et criant fort.
J’emplissais de moi ses oreilles :
« Moi, je veux être la corbeille! »

Mais que je pleure ou que je crie,
Mot, ni regard, ni gronderie :
La corbeille et le linge ailé,
Luisants, sans moi, s’en sont allés.

Je me tairai : il est trop tard.
Gigantesque dans mon regard,
Cheveux gris en haut du ciel pur,
Elle met au bleu tout l’azur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUTES CES ANNÉES OÙ JE M’ABSENTAIS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



 

    

TOUTES CES ANNÉES OÙ JE M’ABSENTAIS

Toutes ces années où je m’absentais, c’est pour toi que je voyageais.
En quête de cette rose qu’aucun autre
ne pourrait t’offrir. Nul ne saura jamais
quels monts, quels déserts, quels océans j’ai traversés,
quelles averses m’ont sillonné le front,
quelles tempêtes m’ont tourmenté. J’ai versé mon cœur
dans un saint calice et cette belle rose
en est sortie, pure
comme une aurore de Pâques. Mets-la à ta ceinture,
sur ton cœur ou dans tes cheveux. Elle t’ira à merveille
comme au monde chaque matin le soleil.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le portrait (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



Le portrait

Elle passa comme un parfum de fleur d’automne.
J’espérais la revoir et ne la voyais plus,
Mon cœur était lassé de ne trouver personne,
Mes yeux étaient lassés d’avoir été déçus.

Je me souvins un jour que de notre amour brève,
Il me restait un vieux portrait que je baisais.
Sous les baisers brûlants de larmes arrosés,
L’image s’effaça et s’enfuit comme un rêve.

Et je désespérais quand je vis apparaître
Sur l’image effacée l’azur pur de ses yeux,
Quand je vis la pâleur de ses lèvres renaître
Avec un éclat tendrement mystérieux.

Le souvenir avait refait l’image pure.
Sur le papier vieilli je remis un baiser ;
Ses lèvres vinrent sur les miennes se poser
Et je sentis au cœur une vague brûlure.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Ce pin solitaire (Ichihara no Ôkimi)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2021



Ce pin solitaire,
combien de siècles a-t-il vécus?
Le vent qu’on y entend est si pur
qu’il suggère la profondeur du temps

(Ichihara no Ôkimi)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :