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Poésie

Posts Tagged ‘pur’

Fraternité (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
Fraternité

Tout est coups et blessures brûlantes,
sans pardon à qui que ce soit.
Blessée comme toi et blessante,
je vivais en fonction de toi.

Le pur frôlement, celui de l’esprit,
que chaque frôlement accroît,
nous l’éprouvons en vieillissant
inversé en silence le plus froid

***

Bruderschaft

Alles ist Wundenschlagen,
und keiner hat keinem verziehn.
Verletzt wie du und verletzend,
lebte ich auf dich hin.

Die reine, die Geistberührung,
um jede Berührung vermehrt,
wir erfahren sie alternd,
ins kälteste Schweigen gekehrt.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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La poésie est une Lumière (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2019




    
La poésie est une Lumière
jetée sur le Secret substantiel de l’univers,
sur sa plus pure apparition…

Ecce ancilla mundi.

(Pierre Oster)

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Sonneur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Le Sonneur

Cependant que la cloche éveille sa voix claire
A l’air pur et profond du matin
Et passe sur l’enfant qui jette pour lui plaire
Un angélus parmi la lavande et le thym,

Le sonneur effleuré par l’oiseau qu’il éclaire,
Chevauchant tristement en geignant du latin
Sur la pierre qui tend la corde séculaire,
N’entend descendre à lui qu’un tintement lointain.

Je suis cet homme. Hélas! de la nuit désireuse,
J’ai beau tirer le câble à sonner l’Idéal,
De froids péchés s’ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
Mais, un jour, fatigué d’avoir en vain tiré,
O Satan, j’ôterai la pierre et me pendrai.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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LA TERRE DE L’ÉTÉ (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Laetitia Plinguet  femme cheval

LA TERRE DE L’ÉTÉ

Cheval, cheval, beau cheval qui t’avances
Tu ne verras jamais ce que je vois
Pour caresser les cheveux de l’enfance
Je suis venu la flamme à chaque doigt.

Je dis des mots, je m’éclaire à leur huile
Et mon regard brûle sans consumer
Je porte en moi l’incendie de la ville
Et dans la ville une femme à sauver
Une alouette, une torche tranquille
Fille de feu qui persiste à rêver.

L’air est empli de soldats, de murailles
De soubresauts, de galops effarés
Une étincelle aux sabots de l’orage
Et ma poitrine éclate de mitraille
Et mon seul souffle embrase la forêt.

Je dis des mots pour la martre et la loutre
Je dis des mots pour la soif et l’étang

Je parle en moi pour écarter les poutres
Et les cheveux du front de mon enfant
Mon bel enfant plus bleu que mille routes
Plus pur en moi que l’arbre dans le vent

Cheval, cheval, beau cheval qui m’écoutes
Cheval, cheval, dis-moi que tu comprends.

(Robert Sabatier)

Illustration: Laetitia Plinguet

 

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ÉPIGRAMME (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

Aristide Maillol  _1280

ÉPIGRAMME

Pour que ton rire pur, jeune, tendre et léger,
S’épanouisse en fleur sonore,
Il faut qu’avril verdisse aux pousses du verger,
Plus vertes d’aurore en aurore,

Il faut que l’air égal annonce le printemps
Et que la première hirondelle
Rase d’un vol aigu les roseaux de l’étang
Qui mire son retour fidèle!

Mais, quoique l’écho rie à ton rire avec toi,
Goutte à goutte et d’une eau lointaine,
N’entends-tu pas gémir et répondre à ta voix
La plainte faible des fontaines?

(Henri De Régnier)

Illustration: Aristide Maillol

 

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Je suis triste (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Je suis triste mon âme est triste
Malgré ce beau soleil qui brille pour rien
Tant mon âme est triste pour rien
De la désolation pure sans soulagement

Du désastre sans rien de cassé

Quelque chose est en morceaux
Quelque chose est plié comme un coin
Comme une oreille de chien trop longue
Qui se replie au sommet du crâne

Avec le tatouage à l’intérieur devenu visible

Ça gémit à l’intérieur comme si ça voulait sortir
Mais c’est pas capable de sortir
Ça sait d’avance que sortir ne sert à rien
Même dehors est encore du dedans retourné

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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Il fait doux et peut-être que tu passes par ici (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019



Il fait doux et peut-être que tu passes par ici
En disant: que ce soleil et tant d’espace
T’apaisent. Dans le vent pur tu peux
Entendre le temps en marche avec ma voix.
J’ai peu à peu recueilli et je porte
L’élan muet de ton espérance
Je suis pour toi l’aurore le jour entier.

***

Fa dolce e forse qui vicino passi
Dicendo: « Questo sole e tanto spazio
ti calmino. Nel puro vento udire
Puoi il tempo camminare e la mia voce.
Ho in me raccolto a poco a poco e chiuso
Lo slancio muto della tua speranza.
Sono per te l’aurora e intatto giorno

(Giuseppe Ungaretti)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Valérie Chevrier

 

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Post-merci (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Post-merci

Nous sommes des météores à gueule de planète.
Notre ciel est une veille, notre course une chasse,
et notre gibier est une goutte de clarté.

Ensemble nous remettrons la Nuit sur ses rails ;
et nous irons, tour à tour nous détestant et nous aimant,
jusqu’aux étoiles de l’aurore.

J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté :
la tache pure au-delà de l’écriture souillée.

En poésie, devenir c’est réconcilier.
Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ;
et la vivant, il devient mensonger.
Paradoxe des Muses : justesse du poème.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés,
de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs,
de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

 

 

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Je veux écrire un mouvement pur (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Je veux écrire un mouvement pur

Ceci n’est pas une lamentation, c’est un cri d’oiseau de proie.
Un oiseau irisé et inquiet.
Le baiser sur le visage de la mort.

J’écris comme si cela devait permettre de sauver la vie de quelqu’un.
Probablement ma propre vie.
Vivre est une sorte de folie que commet la mort.
Vivent les morts parce que nous vivons en eux.

Soudain les choses n’ont plus besoin d’avoir un sens.
je me satisfais d’être.
Tu es ?
Je suis sûr que oui.

Le non sens des choses me procure un sourire de complaisance.
Certainement tout doit être en train d’être ce qui est.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Un souffle de vie
Traduction: Jacques Thiériot & Teresa Thiériot
Editions: Des femmes

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BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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