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Poésie

Posts Tagged ‘pure’

LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

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Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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Rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Rose, pure contradiction, volupté
De n’être le sommeil de personne
Sous tant de paupières.

(Rainer Maria Rilke)
Vers choisis par Rilke pour son épitaphe


Illustration

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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J’ai apporté ici le souvenir sacré de notre dernière non-rencontre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

Que d’autres aillent se reposer dans le Midi,
Se prélasser dans le jardin d’Éden.
Il fait très nord ici — et j’ai choisi
L’automne cette année, pour me tenir compagnie.

Je vis dans cette maison comme si elle était à un autre
Comme si je l’avais rêvée. Peut-être y suis-je morte.
Dans la langueur du soir, les miroirs
Gardent pour eux on ne sait quoi d’étrange.

Je marche entre des sapins noirs très bas,
La bruyère ici ressemble au vent.
On voit luire un fragment indécis de lune
Comme un vieux couteau ébréché.

J’ai apporté ici le souvenir sacré
De notre dernière non-rencontre.
La flamme froide, pure, légère
De ma victoire sur le destin.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Au coeur du silence (Yosa Buson)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Au coeur du silence
Escargot de rivière dans l’eau pure

(Yosa Buson)


Illustration

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[GRAND MERCI, VIOLONS…] (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019


[GRAND MERCI, VIOLONS…]

Grand merci, violons, pour ce jour
à quatre cordes. Pure
est la sonorité du ciel,
la voix bleue de l’air.

(Pablo Neruda)


Illustration: Claude Sauzet

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GRAND MERCI, VIOLONS (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




GRAND MERCI, VIOLONS

Grand merci, violons, pour ce jour
à quatre cordes. Pure
est la sonorité du ciel,
la voix bleue de l’air.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

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Le Départ (Jean Rivet)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



Le Départ

Père, cette brève mais éternelle
et inoubliable odeur de tilleul
dans le vaisseau rose du soir.
Le petit garçon s’en va,
toi seul te retournes dans la rue:
il devient ce point qui tremble
dans l’eau pure de tes yeux.

(Jean Rivet)

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LA MAL-AIMEE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




LA MAL-AIMEE

Je suis pure solitude
Je suis l’air désert
Je suis un nuage errant.

Je n’ai pas de forme
Je suis sans limite
Je n’ai pas de havre.

Je suis sans demeure
Je passe à travers des lieux
Je suis le vent indifférent.

Je suis l’oiseau blanc
Qui s’envole loin de la terre
Je suis l’horizon.

Je suis une vague
Qui n’atteindra jamais le rivage.

Je suis une coquille vide
Ramassée sur le sable.

Je suis la lumière de la lune
Sur la chaumière sans toit.

Je suis le mort oublié
Dans le caveau en ruine sur la colline.

Je suis le vieil homme
Qui porte de l’eau dans un seau.

Je suis la lumière
Qui voyage dans l’espace désert.

Je suis une étoile qui diminue,
Rapide s’éloigne
Et quitte l’univers.

***

THE UNLOVED

I am pure loneliness
I am empty air
I am drifting cloud.

I have no form
I am boundless
I have no rest.

I have no house
I pass through places
I am indifferent wind.

I am the white bird
Flying away from land
I am the horizon.

I am a wave
That will never reach the shore.

I am an empty shell
Cast up on the sand.

I am the moonlight
On the cottage with no roof.

I am the forgotten dead
In the broken vault on the hill.

I am the old man
Carrying his water in a pail.

I am light
Travelling in empty space.

I am a diminishing star
Speeding away
Out of the universe.

(Kathleen Raine)

Illustration: AnnMarie Zilberman

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