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Poésie

Posts Tagged ‘quelconque’

Rien n’est à sa place (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Rien n’est à sa place.
Mais un jour quelconque
subitement tout est à sa place.

Alors nous comprenons :
ne pas être à sa place
est précisément la façon
d’être à sa place.

Il se peut que le dilemme n’existe pas :
le point de repère manque
pour qu’une chose soit ou ne soit pas à sa place.
Y aurait-il quelque part
un espace dont l’intensité
serait capable d’héberger
ce point de repère
qui n’a pas de place ?

***

Nada está en su lugar.
Pero un día cualquiera
de pronto todo está en su lugar.

Entonces comprendemos:
no estar en su lugar
es justamente el modo
de estar en su lugar.

Pero quizá el dilema no exista:
falta et punto de referencia
para que algo esté o no esté en su lugar.
¿Habrá en alguna parte
un espacio tan intenso
como para poder albergar
ese punto de referencia
que no tiene lugar?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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AMIS D’AMOUR (Bernard de Naillac)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Odile Wysocki-Grec
    
AMIS D’AMOUR

Restons amis, veux-tu? Rien qu’amis. L’attitude
En vaudra mieux, crois-moi, que de trouver un jour
Le premier abandon qui fait la solitude,
Nos sentiments fanés, d’anciens rêves d’amour !

Je suis émerveillé d’un rêve, que j’ignore…
Je crois en toi, mais davantage en l’amitié.
Restons ainsi, pour être un peu pareils encore :
N’est-ce pas suffisant, le bonheur à moitié ?

Amis, n’est-ce pas beau? Le soir ardent qui frôle
M’émeut profondément, ô mystère caché !
J’ai posé doucement ma tête à ton épaule :
Ton visage n’en est plus doux ni plus fâché…

Et c’est un geste las dont l’amour est complice ;
Tout bas, nous nous disons : un geste indifférent !
Cela parait une eau qui se sille et se lisse,
Quand le désir, parfois, apporte son courant.

Puis nous disons des mots quelconques… Nonchalance
D’un langage d’amour, dans les soirs éperdus.
Et nous nous comprenons avec des yeux d’absence,
Et ces mots — semble-t-il — étaient ceux attendus.

(Bernard de Naillac)

 

Recueil: Etincelles

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On trouve aussi bien sa vérité (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

tapisserie  1

On trouve aussi bien sa vérité
en regardant quarante-huit heures
une quelconque tapisserie de mur.

(Henri Michaux)

Illustration

 

 

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Orly (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l’un à l’autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t’aime
Elle doit lui dire: je t’aime
Je crois qu’ils sont en train
De ne rien se promettre
C’est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D’adipeux en sueur
Et de bouffeurs d’espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L’espoir de les juger

Mais la vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et maintenant ils pleurent
Je veux dire tous les deux
Tout à l’heure c’était lui
Lorsque je disais il
Tout encastrés qu’ils sont
Ils n’entendent plus rien
Que les sanglots de l’autre
Et puis infiniment
Comme deux corps qui prient
Infiniment lentement ces deux corps
Se séparent et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu’ils crient
Et puis ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis en reculant
Comme la mer se retire
Ils consomment l’adieu
Ils bavent quelques mots
Agitent une vague main
Et brusquement ils fuient
Fuient sans se retourner
Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier

La vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier
Et elle elle reste là
Cœur en croix bouche ouverte
Sans un cri sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu’elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu’a terre
Ça y est elle a mille ans
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu’elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là elle perd l’amour
L’amour le lui a dit
Revoilà l’inutile
Elle vivra ses projets
Qui ne feront qu’attendre
La revoilà fragile
Avant que d’être à vendre
Je suis là je le suis
Je n’ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit

(Jacques Brel)

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Ne te retourne pas (Humberto Ak’abal)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2016



Ne te retourne pas

Ne te retourne pas
pour voir qui je suis.

Il est tard,
ne m’attends pas,
c’est trop loin pour moi.

mes ailes sont fatiguées,
je passerai la nuit
dans les branches
d’un arbre quelconque.

***

No vuelvas (littéralement : « ne reviens pas »)

No vuelvas la mirada
para ver quién soy.

Es tarde,
no me esperes,
es lejos para mis pasos.

mis alas están cansadas,
dormiré la noche
entre las ramas
de cualquier árbol.

(Humberto Ak’abal)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Que tout soit léger (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2016



Que tout soit léger, qu’il y ait à peine
un peu de vent

et qu’il nous emporte comme ces pollens
que les arbres perdent

que nos âmes
se dispersent dans l’espace

et qu’un jour quelqu’un sache
que nous avons vécu

en respirant une fleur quelconque.

(Claude Esteban)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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On a dit qu’on ne reviendrait plus (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2016



On a dit
qu’on ne reviendrait plus, on a

quitté cette plage, ce pays,

on dort
maintenant dans une maison quelconque

on regarde
vieillir ses mains, on compte les jours de pluie

on parle aux étrangers quand
ils passent

on croyait
qu’on n’allait plus souffrir,

que le malheur serait un paysage
immobile.

(Claude Esteban)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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Le médiocre (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2016



Le médiocre

J’aurais aimé être quelqu’un,
Mais, hélas, je ne suis personne.
Je veux dire, je suis quelqu’un
Qui n’est remarqué de personne,
Puisque je suis une personne
Qui n’est jamais vue par quelqu’un.
Si une quelconque personne,
N’importe qui, enfin quelqu’un,
Avait pu m’aider en personne,
je crois que je serais quelqu’un.
Hélas, je n’ai trouvé personne
Qui m’aide à devenir quelqu’un!

(Jacques Charpentreau)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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L’instant présent (Etienne Klein)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2016



 


Par quoi l’instant présent,
physiquement si quelconque,
devient-il, pour nous, si singulier?

Sa particularité vient-elle de nous
ou lui est-elle intrinsèque?
En d’autres termes, existe-t-il un « présent du monde »,
ou ce que nous appelons le présent ne fait-il que marquer « notre présence au monde »?

(Etienne Klein)

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Que de gènes insatisfaits en tous (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2015


 


Josef Vachal  5_z [1280x768]

Que de gènes insatisfaits en tous, en chacun !
Et toi aussi, tu pouvais être autre, tu pouvais même
être quelconque et… l’accepter.
Quel être t’es-tu mis à être ?

(Henri Michaux)

Illustration: Josef Vachal

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