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Posts Tagged ‘quenouille’

Retouche à la veuve (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



Retouche à la veuve

au cimetière où vous alliez en fin de jour
bourgeoise en vos atours qui me rendiez timide
d’un grand désir je désirais vous prendre nue

je restais seul à filer l’avenue
cyprès quenouilles de l’amour

(Daniel Boulanger)


Illustration

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RONDEAU DU MOI SECRET (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration: Fanny Verne
    
RONDEAU DU MOI SECRET

For de mon for, tréfonds le plus intime
De mon bas être à l’erreur condamné,
Secrètement t’habite un Moi sublime,
Clos au dehors, du dedans gouverné.
Indifférente aux intérêts du monde,
Sans vanité, sans soif de chair ni d’or,
Ainsi tiens-tu ma Personne Seconde,
For de mon for.

Pour quel haut fait, quelle oeuvre magnanime
Ce Moi de Moi dans ton antre est-il né?
Pilier du ciel, rédimeur du vieux crime,
Quel abdal est-ce, ou Christ prédestiné
Tel du magnan sous la quenouille blonde
Le papillon qui vit sans aile encor,
Prêt à briser sa coquille féconde,
For de mon for,

Ainsi végète, ainsi déjà s’anime
Dans ton cocon de soie environné,
Le grain vivant, la chrysalide infime
De l’ange immense en ma chair confiné.
Mais, de l’abîme où n’atteint point la sonde,
Pour prendre aux cieux un droit et libre essor,
Comment sortir de ta geôle profonde,
For de mon for

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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COUPLETS DE LA FILEUSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020



Illustration: William Bouguereau
    
COUPLETS DE LA FILEUSE

Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file des lambeaux de brume
les cheveux d’ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l’aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets

Quand le soir tombe je file encore
pour que passent le temps et la vie
Je prépare mon crépuscule
mon agonie et mon décès
Tous les fils de ma vie s’emmêlent
et je me perds dans mes regrets
dans l’écheveau de mes remords
en attendant l’heure de la mort

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Je songe à ce village (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Jean-René Jérôme  femme lune

Je songe à ce village …

Je songe à ce village assis au bord des bois,
Aux bois silencieux que novembre dépouille,
Aux studieuses nuits, – et près du feu je vois
Une vieille accroupie et filant sa quenouille.

Toi que j’ai rencontrée à tous les carrefours
Où tu guidais mes pas, mélancolique et tendre,
Lune, je te verrai te mirant dans le cours
D’une belle rivière et qui commence à prendre.

(Jean Moréas)

Illustration: Jean-René Jérôme

 

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Lin (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Lin

Avant de garnir nos quenouilles, le lin est une jolie fleur;
on dit qu’elle a vécu sur la terre sous les traits d’une belle fileuse.
Chantons, jeune filles, chantons le lin.
Le lin c’est la fleur du travail,
la fleur mère des doux rêves, et des bonnes pensées.

Vous connaissez l’histoire de Marguerite, celle que le démon tenta.
Quand elle faisait aller son rouet, l’ennemi des âmes n’osait s’approcher d’elle.
Le jour quand nous gardons nos troupeaux, le lin, notre ami fidèle,
nous préserve de l’ennui, il tourne gaîment entre nos doigts,
et mêle son doux bruit à nos chansons.

Aimons le lin, jeunes filles, aimons le lin.
Les contes de la veillée nous paraissent plus amusants
quand le bruit de la petite roue les accompagne.
C’est en filant le lin que ma mère m’a bercée,
et m’a appris à bégayer mes premières chansons.

Ma vieille grand’mère se sent encore joyeuse,
et chante quelquefois en remuant la tête,
lorsqu’elle prend sa quenouille.
Comme le tisserand fait aller joyeusement sa navette sur son métier!
Il est blond comme le lin qui compose sa trame.
Le tisserand est le roi des ouvriers; il doit faire bon ménage avec la fileuse.

Ma mère, je veux épouser un tisserand.
C’est avec le lin qu’on tissera mon voile de fiancée,
le lin le plus blanc et le plus pur;
En quoi sera le suaire dans lequel on m’ensevelira
quand je serai morte.

Filons, jeunes filles, filons le lin.

(J.J. Grandville)

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Jamais l’amour ne fut plus loin (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Jamais l’amour ne fut plus loin
les femmes cachent leur sexe de leurs mains sanglantes
et leur visage blanc n’est plus le soleil
ni même la dernière étoile errante.

La nuit est pleine comme le cour d’un fruit sans graine
et tourne une couronne noire trop grande pour mon front
les femmes ne se couchent plus pour la joie
les femmes ne tendent plus de pièges
les femmes ne vêtent plus leurs entrailles
ne voilent plus leurs lèvres du cri de leur désir
les femmes sont en silence.

Où sont les bien-aimées de ma jeune journée
les enfants du matin, les filles transparentes
les fileuses d’amour sous leur quenouille blonde
la saison neuve durcit son poing sur mon écorce
voici l’été et le bateau croulant dans un soir de galère
vieilles amies de ma chair, restez dans le passé
qui vous garde si belle.

Qu’êtes-vous devenues, embarquées avec moi dans les plis de la mort ?
que la voile noire nous tienne serrés
je ne vois plus qu’elle et votre odeur n’a plus de trouble
je découvre sous l’eau qui troue votre visage
et fait jouer le ciel sous vos cils de combat
l’effigie même de notre reine.

Votre fard coule de chair, votre tunique est décousue de sang
vos os sont nus que le plaisir a nettoyés
comme un chacal aux dents précises
vous êtes nues, hottes d’ivoire, berceaux d’entrailles
doux autrefois de mon amour.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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La Quenouille (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017




La Quenouille

L’enfant, voyant l’aïeule à filer occupée,
Veut faire une quenouille à sa grande poupée
L’aïeule s’assoupit un peu ; c’est le moment,
L’enfant vient par derrière, et tire doucement
Un brin de la quenouille où le fuseau tournoie
Puis s’enfuit triomphante, emportant avec joie
La belle laine d’or que le safran jaunit,
Autant qu’en pourrait prendre un oiseau pour son nid.

(Victor Hugo)

Illustration

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VIEILLE RONDE PAYSANNE (Auguste Gaud)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



VIEILLE RONDE PAYSANNE

Loin de la ferme et du hameau,
Sur l’herbette, au pied d’un ormeau,
Jeanneton garde son troupeau.

Sur les blancs aubépins déjà sifflent les merles.
Avec les valets de labour,
Elle est partie au point du jour,

Car son cœur est féru d’amour.
Sur la mousse des bois l’aube a semé ses perles.

Son doux regard s’est obscurci,
Jacquet Michaux est loin d’ici,
Et c’est là son plus grand souci.

Au bord d’un étang bleu coasse la grenouille.
Jacquet Michaux, mon bel amant,
Reviens, reviens du régiment
Et sois fidèle à ton serment !

Sa main tremble en tirant le fil de sa quenouille.

Va, ne me laisse pas languir ;
Si tu ne dois plus revenir,
Jeanneton n’a plus qu’à mourir !

La chanson des grillons vibre au loin dans la plaine.

Mon Jacquet, c’est toi que j’attends,
Depuis bientôt quatre printemps
J’ai chassé mes autres galants.
Dans le sentier fleuri s’avance un capitaine,

Oh ! le beau gars aux cheveux blonds !
Il porte l’habit des dragons,
Sur sa manche il a trois galons.
Ton fuseau, Jeanneton, est tombé sur la mousse.
« Bonjour, mon joli cavaliex.
Je suis la fille du fermier,
Qui sanglote dans le sentier ! »

Le cavalier répond d’une voix lente et douce :
« Ne me cache pas ton émoi.
Je ne suis pas le fils du roi,
Et je veux causer avec toi ! »
Le rossignol chantait sur la plus haute branche.
Bergère, pourquoi pleures-tu ?
Ton courage est-il abattu ?
N’as-tu pas gardé ta vertu ? Jacquet Michaux n’a point trois galons sur sa manche…

« Ma vertu garde son renom,
Et mon cœur est pour un dragon ;
Jacquet Michaux, tel est son nom ! »
Tu ne porteras pas encor ta robe blanche !
« Jacquet Michaux, le laboureur,
A suivi le grand empereur,
Puis il est mort au champ d’honneur. » Au sommet de l’ormeau roucoule une colombe.
« Capitaine, si mon amant
Est mort dans votre régiment,

Je veux entrer dans un couvent. »
Adieu, j’emporterai mon amour dans la tombe !
Jeanneton, garde tes cheveux,
Tu reverras ton amoureux
Qui séchera tes jolis yeux ! Bergerette, ma mie, ajuste ta cornette !
Jeanneton au cœur ingénu,
Ton Jacquet n’est pas revenu
Un pied chaussé, puis l’autre nu,

Et tu ne l’as pas reconnu !
Rassemble tes brebis et prends ta quenouillette !

(Auguste Gaud)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

 

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Enfance (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Enfance

Au jardin des cyprès je filais en rêvant,
Suivant longtemps des yeux les flocons que le vent
Prenait à ma quenouille, ou bien par les allées
Jusqu’au bassin mourant que pleurent les saulaies
Je marchais à pas lents, m’arrêtant aux jasmins,
Me grisant du parfum des lys, tendant les mains
Vers les iris fées gardés par les grenouilles.
Et pour moi les cyprès n’étaient que des quenouilles,
Et mon jardin, un monde où je vivais exprès
Pour y filer un jour les éternels cyprès.

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: William Bouguereau

 

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SEPTEMBRE (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



SEPTEMBRE

L’air est très doux à six heures du soir en Septembre.
Il y a encore un peu de soleil aux fenêtres.
Le jour fait ses adieux au miroir. Les objets
Sagement abandonnent leurs habits de lumière.
En bas dans la rue des gens tranquillement passent.
On les entend parler et rire sans comprendre
Leurs mots. Et l’on est sûr qu’ils sont heureux. Plus loin
La mer est comme un souffle sur les lèvres du soir.
Tu voudrais te pencher sur chaque homme et lui dire
Quelle secrète joie a recouvert ton âme.
Une chanson va naître, mais elle hésite encore
Comme une abeille auprès de la fleur qui l’attire.
Ces gens n’ont pas de noms pour toi, ni de visages
Définis. Ils sont loin déjà comme un nuage.
Leurs voix sont devenues fils de la vierge
Qui s’enroulent sur les quenouilles de l’automne.
Tu ne sauras jamais leurs vies. Et néanmoins
Il y a une douceur fugitive en leurs gestes,
Qui est comme la rime invisible en ces vers.
Ils ignorent qu’ils sont présents dans ton poème.
Les meubles accueillants autour de toi ont l’air
De te comprendre, ils rêvent avec toi aux amis
Inconnus, qui s’éloignent en emportant l’arôme
De ce bonheur qui aurait pu être le tien.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

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