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Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

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Des Uns et des Autres (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2017




Illustration: René Magritte
    
Des Uns et des Autres

(La scène se passe dans une miroiterie)

« un Un (très triste)
Je suis seul !

un Autre (aussi triste que lui)
Tu n’es pas le seul !

l’Un (qui étudie l’autre)
Qui es-tu ?

l’Autre
Est-ce que je sais qui c’est, tu ?

l’Un
Et je, et il, et elle, et si je tue il, que dit-elle ?

l’Autre
Elle ne dit rien si elle sait tu.

l’Un
Devant un miroir, je suis deux.

l’Autre
Oui. Mais qui es-tu, hein ?
Qui es-tu un ?
Hein, qui es-tu deux ?

l’Un
Je suis un quiet quand je suis un, et inquiet quand je suis deux. »

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Fatras
Editions: Le Point du Jour

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LA RENCONTRE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



LA RENCONTRE

Ronde était l’après-midi
Quiète et lisse
Sur la berge du fleuve
Quelqu’un se dévêtait

Tout seul le gitan
Tout seul dans l’après-midi
Sur la berge du fleuve

Son corps brillant
Surgissait de l’eau
Pareil à la lune
Qu’on voit le jour

Pareil à la lune
Et pareil à l’éclat
D’une lame nue

Ronde était l’après-midi

***

O ENCONTRO

Redonda era a tarde
Sossegada e lisa
Na margem do rio
Alguém se despia.

Sozinho o cigano
Sozinho na tarde
Na margem do dia

Seu corpo surgia
Brilhante da água
Semelhante à lua
Que se vê de dia

Semelhante à lua
E smelhante ao brilho
De urna faca nua.

Redonda era a tarde.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Renato Guttuso

 

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DANS L’ALLÉE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016


DANS L’ALLÉE

Toi-même, éblouissant comme un soleil ancien
Les Regrets des solitudes roses,
Contemple le dégât du Parc magicien
Où s’effeuillent, au pas du Soir musicien,
Des morts de camélias, de roses.

Revisitons le Faune à la flûte fragile
Près des bassins au vaste soupir,
Et le banc où, le soir, comme un jeune Virgile,
Je venais célébrant sur mon théorbe agile
Ta prunelle au reflet de saphir.

La Nuit embrasse en paix morte les boulingrins,
Tissant nos douleurs aux ombres brunes,
Tissant tous nos ennuis, tissant tous nos chagrins,
Mon coeur, si peu quiet qu’on dirait que tu crains
Des fantômes d’anciennes lunes !

Foulons mystérieux la grande allée oblique;
Là, peut-être à nos appels amis
Les Bonheurs dresseront leur front mélancolique,
Du tombeau de l’Enfance où pleure leur relique,
Au recul de nos ans endormis.

(Emile Nelligan)


Illustration: Claude Monet

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