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Posts Tagged ‘raccrocher’

L’INTERHUMAIN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019




    
L’INTERHUMAIN

Tous les abonnés sont absents. Qu’ils disent.
Par la voix d’une indulgente aux griffes rouges, qui promet,
ça n’engage à rien, de transmettre mon message.

Non, non, pas de message ! Je voulais seulement leur dire… leur dire…

Leur dire que je suis là. Avec le vent. Avec le temps. Avec le sang. Que je suis là, battant.

Avec deux T, comme une porte ouverte ?

Va pour la porte ouverte !
O Dieu femelle en ton standard ! Peut-être ai-je mis la main sur ta cuisse, un jour, au cinéma.
Tu sens la permanente, j’entends grouiller ton ventre.

Et dire qu’il faut en passer par là. Toujours par là !
Raccrochez donc, Essence du Monde !

(Jean Rousselot)

 

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Allô allô (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Allô allô
c’est un poème

L’appel doit venir de très loin
la sonnerie est différente

C’est un poème qui appelle
mais j’entends mal ce qu’il me dit

Nous ne sommes pas seuls sur la ligne
la voix du poème est lointaine

Raccrochez je vous rappelle
donnez-moi votre numéro

Je vous appelle d’une cabine
dit le poème qui s’éloigne

Allô allô ne coupez pas
Mais je n’entends plus le poème

Il y a d’autres voix à sa place
qui parlent traites et factures

Il y a d’autres voix sur la ligne
On parle russe et allemand

Puis la voix d’une opératrice
Parlez Vous avez Bangkok en ligne

C’est une erreur Raccrochez
Ce n’est pas moi qui demande

On m’appelle de plus loin
Ne me coupez pas du poème

Le poème voulait me dire
quelque chose que j’ignorais

Il l’avait sur le bout des lèvres
Je l’avais tout près de l’oreille

Mais ce qu’a dû dire le poème
s’est perdu dans le brouhaha

Il y a quelque part un poème
qui demandait à me parler

J’ignore ce qu’il voulait me dire
et ne saurai plus rien de lui

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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LE SENS DE LA VIE (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
LE SENS DE LA VIE

(Je voudrais louer ce que font les dieux
et je trouve les dieux injustes.
Sophocle)

Crois-moi

Crois-moi, ne regarde pas la vie en face,
Mais par les midis clairs ou par les nuits d’étoiles,
Silencieusement quand tu la vois qui passe,
Pour savoir ce qu’elle est n’écarte pas son voile.

Raccroche la tunique à son épaule nue
Et que son pas raidi recouvre la sandale;
Afin qu’elle te reste à jamais inconnue,
Rattache sur son front le lourd bandeau d’opale.

Et, si parfois tu la devines familière
Qui s’assied près de toi, plus douce et moins farouche
Avec des fleurs aux doigts, respecte son mystère;
Veut-elle te parler, mets ta main sur sa bouche.

Beaucoup sont morts d’avoir pénétré son langage,
D’avoir un soir de lune, écoutant leur envie,
D’un geste curieux dévoilé son visage,
Car la science de vivre est d’ignorer la vie.

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous deux (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2015


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Nous deux
dans l’abri-bus
et l’horaire
éclaté
de nos vies
un instant
raccroché
aux lèvres
de la pluie.

(François de Cornière)

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