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Poésie

Posts Tagged ‘race’

Aux morts (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 13

Aux morts

Après l’apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l’humble arbrisseau ;

Vous dont nul n’a connu les mornes agonies,
Vous qui brûliez d’un feu sacré dès le berceau,
Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
Si, quand l’immense espace est en proie à la vie,
Léguant votre misère à de vils héritiers,

Vous goûtez à jamais, hôtes d’un noir mystère,
L’irrévocable paix inconnue à la terre,
Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Caravane (Bedir-Khan)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Caravane

La caravane passe
Entourée d’une cadence,
D’un silence,
D’un rythme sans écho.

Liant les pays et les races,
Laissant sous leurs pas
Des mesures égales.

(Bedir-Khan)


Illustration

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Funérailles (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Je perçus des Funérailles, dans mon Cerveau,
Un Convoi allait et venait,
Il marchait – marchait sans fin – je crus
Que le Sens faisait irruption –

Puis quand tous furent assis,
Un Office, comme un Tambour –
Se mit à battre – on eût dit
Que mon esprit devenait gourd –

Puis j’entendis soulever une Caisse
Et de nouveau crisser dans mon Âme
Des pas, avec ces mêmes Bottes de Plomb,
Puis l’Espace – sonna le glas,

Comme si tous les Cieux étaient une Cloche,
Et l’Être, rien qu’une Oreille,
Et le Silence, et Moi, une Race étrange
Ici naufragée, solitaire –

Puis une Planche dans la Raison, céda,
Et je tombai, tombai encore –
Je heurtais un Monde, à chaque plongée,
Et Cessai de connaître – alors –

Combien obscurs les Hommes, les Pléiades,
Avant qu’un ciel soudain
Révèle qu’à jamais l’Un d’eux
Est soustrait à la vue –

Membres de l’Invisible, ils existent,
Sous nos yeux écarquillés,
Dans l’Immensité du Possible,
Insaisissables, comme l’Air –

Pourquoi ne pas Les avoir retenus ?
Les Cieux en souriant,
Frôlent nos Têtes désappointées,
Sans une syllabe –

(Emily Dickinson)

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LA CIGOGNE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration
    
LA CIGOGNE
Tchen-Tsé-Tsi

O pauvres habitants de la grande Patrie du Milieu,
vous êtes en proie à la guerre civile,
et mon cœur pâlit de tristesse, lorsque je songe à votre misère !

Vous êtes nés libres, et vous êtes esclaves ;
vous êtes punis quoique vous n’ayez fait aucun mal.
Quand donc viendra pour vous le jour du salut ?

De quelle race est-il, l’homme choisi par le ciel pour vous tirer de peine ?
Une blanche cigogne apparaît, là-bas, parmi les nuages,
mais on ne sait pas encore sur quelle maison elle se posera.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

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АU SECOURS ! (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration
    
АU SECOURS !

Ah, aimez-moi farouchement,
Chassez de moi le long tourment !
Singe en mon crâne en feu je glisse,
Cognant ma cage, hanté, dément,
Et je veux mordre et ma voix crisse…
Je ne crois plus, c’est mon supplice :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment!

Oh ! mortel, comprends-tu mon chant,
Ou n’est-il qu’un écho changeant,
Forêt qui vaguement murmure ?
Enlace-moi, quitte l’aimant
Du poignard à la lame sûre.
Plus de sauveur qui me rassure :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment !

Radeau sur le fleuve flottant,
Flotteur amer sur le courant,
Ma race d’homme va, meurtrie,
Dans la douleur se consumant.
Garde-moi, préviens ma furie,
Aimez-moi ! Je pleure et je crie :
J’ai peur, j’ai peur du châtiment !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Cette inacceptable absence (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



« Si aucun lieu n’est le mien, quel serait mon lieu véritable?
Étant vivant, il faut bien que je sois, quelque part, présent? », disait un sage.
« Peut-être – lui répondit-on – le lieu véritable est-il dans l’absence de tout lieu?
« Le lieu, justement, de cette inacceptable absence? »
Et le sage dit : « Habitable infini. Pour ceux de ma race, havre de grâce. »

(Edmond Jabès)

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L’HOMME BLANC (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



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L’HOMME BLANC

— Retourne chez toi, homme blanc!

Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même l’idée.

Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.

Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.

Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;

Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!

Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sûr d’être un homme,
Et la honte sans pardon d’être un homme dépassé.

Retourne chez toi, homme blanc!
Écoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les troncs creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme l’horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.

(Jules Romains)

Illustration: Ouzin

 

 

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Chaque objet séparé (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Chaque objet séparé de son bruit, de son poids,
Toujours dans sa couleur, sa raison et sa race,
Et juste ce qu’il faut de lumière, d’espace
Pour que tout soit agile et content de son sort.
Et cela vit, respire et chante avec moi-même
— Les objets inhumains comme les familiers —
Et nourri de mon sang s’abrite à sa chaleur.
La montagne voisine un jour avec la lampe,
Laquelle luit, laquelle en moi est la plus grande ?
Ah ! Je ne sais plus rien si je rouvre les yeux,
Ma science gît en moi derrière mes paupières
Et je n’en sais pas plus que mon sang ténébreux.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Donjons de Dieu! Poètes ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018




    
Donjons de Dieu! Poètes !
Paratonnerres célestes,
qui résistez aux plus violents des orages,
tels des crêtes muettes,
tels des cimes agrestes,
des éternités vous êtes le barrage !

Une Espérance magique le jour nous prédit
au cours duquel, sur le rocher d’harmonie
périra la sirène aux perfides atours.
Espérez donc, espérons donc toujours !

Espérez donc toujours.
L’élément bestial se divertit
dans la haine de la poésie
et les races s’offensent tour à tour.

L’insurrection d’en bas
s’étend aux Excellents.
Le cannibale convoite sa proie,
le rouge aux gencives et l’écume aux dents.

Donjons, mettez un sourire au pavillon.
Opposez aux craintes et aux manifestations malignes
d’une brise la superbe inspiration,
brise d’une tranquillité céleste et marine…

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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