Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘racine’

Le tilleul (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



La somnolence du dimanche
M’ayant couché sous le tilleul
Je cessai bientôt d’être seul.
Je fus d’abord la basse branche.

De marche en marche vers le dôme
Se porta mon être épandu.
Je le soutenais de mon fût,
J’étais le pilier de ce baume.

Puis vers les racines secrètes,
Vers le parallèle réseau,
Descendit mon âme d’en haut,
Et je fus cet arbre à deux têtes.

Pour retrouver mon âme humaine
À la place exacte du front
Il fallut le bruit de mon nom
Avec une main dans la mienne.

(Pierre Menanteau)

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Et nous étions ainsi dans une nuit massive (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019


 


 

Paige Bradley (5)

Et nous étions ainsi dans une nuit massive
l’un à l’autre mêlés, nos chevelures
confondues, nos branches, nos racines,
et nous tombions comme un seul arbre ainsi
avec lenteur dans un silence lisse.

(Jean Joubert)

Illustration: Paige Bradley

 

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Le feu obscur (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Le feu obscur
l’oeil noir de la flamme
brille en chaque point
du temps
où s’origine l’âme des pierres
la braise des corps mortels

le feu obscur
passe et demeure
passe en sa pointe
entraîne l’écorce et la chair et les feuilles
jusqu’aux regards
jusqu’au minuit de la lumière

mais sans perdre
ses racines

celui qui trouve ses racines
trouvera la clairière

(Jean Mambrino)

Illustration: Josette Mercier

 

 

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L’absolue poésie (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Aussi l’absolue poésie
est-elle l’accueil du silence.
Sa demeure hors les mots
en la nuit du dedans-sans-dehors
dans l’Indéterminé

Aussi l’absolue poésie
échappe-t-elle
à l’emprisonnement de la langue,
aux épaisseurs de ses murs,
à la fausse profondeur de ses ombres

Aussi l’absolue poésie
est-elle aussi virginale
aussi silencieuse
que la mort toujours présente
à la racine aveugle du regard

Notre propre infini nous échappe

(Michel Camus)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Atys changé en pin (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



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Atys changé en pin

Un jeune pin tendu vers l’essence divine
Fait des signes au ciel avec ses longues mains.
Sa cime cherche un dieu, mais ses lentes racines
Dans mon corps ténébreux creusent de lents chemins.

(François Mauriac)

Illustration

 

 

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Escaliers ouverts (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



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Escaliers ouverts
dans l’être du dedans
Couloirs qui tiennent
à leurs racines.
Nous allons vers les angles
d’une histoire qui se ferme
Sans savoir où nous sommes.

(Georges Drano)

Illustration: Maurits Cornelis Escher

 

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LES QUATRE ÉLÉMENTS (Roger Gilbert-Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

LES QUATRE ÉLÉMENTS

Si je dis Feu mon corps est entouré de flammes
Je dis Eau l’Océan vient mourir à mes pieds

Vaisseau vide immergé dans un cristal solide
Creuse momie aux glaces prises et je dis Air

Terre et le naufragé prend racine et s’endort
Sous les feuilles au vent de l’arbre de son corps

De sa bouche le songe engendre un rameau d’or
De sa bouche terreuse expirant ses poumons
Retournés vers le ciel tonnante frondaison

Moisson rouge au soleil de minuit et de mort

(Roger Gilbert-Lecomte)

 

 

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Au soir (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Au soir quel dieu s’approchant nous rejoindrait enfin aux légendes et aux métaphores,
ferait de toi, de moi, ces deux arbres accolés dont les cimes frissonnent l’une vers l’autre
tandis que s’enchevêtrent les profondes racines, le lierre enlacé au tronc,
le chèvrefeuille jailli du coeur désormais immobile pour fleurir dans l’autre coeur qui ne bat plus ?

Sous notre forme humaine, ô rencontre qui aura duré autant que nous !
O compagnon avec ton pas accordé au mien sur toutes les routes de la terre !
Amour sans habitude !
Et ta voix sous laquelle je me lèverais de la mort si les morts pouvaient entendre.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

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L’éternité des graminées (Sylvie Schenk)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



 

L’éternité des graminées

Avez-vous vu toutes ces graminées qui poussent
La toison mal peignée du monde
Toutes ces graminées baptisées
Qui ont planté leurs pieds d’araignées dans la terre meuble
Et qui catapultent leurs graines au-dessus des océans et des volcans
Voltigeuses incognito de l’instant et de l’éternité
Avez-vous vu les graminées monter et le vent les courber
Et vos pieds d’homme sans racines glisser sur les graminées
Et vos corps délétères enfoncés dans le noir de leurs germinations

(Sylvie Schenk)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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