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Poésie

Posts Tagged ‘raconter’

QUOI FAIRE (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
QUOI FAIRE

« Il vaut mieux montrer que raconter» dit-on, et je suis d’accord :
alors voilà, regardez mon corps nu, dont
je ne vous dirai rien, et voilà mon âme nue,
dans laquelle je sauterai à pieds joints vêtu
seulement de mes chaussettes, les rouge vif qui font
des étincelles tandis que je file vers ses profondeurs.

(Ron Padgett)

 

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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Ma coupe, mon vin, et le Compagnon (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

Rabia_al-Adawiyya

Ma coupe, mon vin, et le Compagnon sont trois
Et moi, que remplit l’Amour, je suis la Râbi`a

Celui qui verse le vin fait circuler sans cesse
La coupe de la volupté et du luxe

Si de mes yeux je vois, je ne vois que pour Lui
Si regardée je suis, je suis vue avec Lui

Ô toi qui me blâmes, Sa beauté, oui, je l’aime
Et, par Dieu, mes oreilles n’ont que faire de ton blâme !

Que de nuits délirantes j’ai passées, feux, tourments,
Et mes yeux se sont faits sources, par mes larmes !

Aucune larme n’a pu remonter à sa source :
Mon union avec Lui n’a pas duré

Blessé meurtri mon oeil
Plus jamais ne s’apaise

(Râbi’a)

Illustration

 

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PLAINTE DE LA JEUNE FILLE ABANDONNÉE (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



PLAINTE DE LA JEUNE FILLE ABANDONNÉE

Je ne sais plus si je suis moi
Ni pour combien de jours,
Un fin et tremblant souvenir
Est déjà ma place au soleil.

Plus fidèle à toi que toi-même
Je te raconte aux ombres.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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DEUX CHEVAUX (Armand Bernier)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



DEUX CHEVAUX

Deux chevaux arrêtés au sommet d’une côte.
L’un d’eux, avec douceur, s’est rapproché de l’autre
Et lui a raconté quelque chose à l’oreille.
Son propos pacifique évoquait des merveilles
Et j’ai vu son haut front d’animal s’éclairer.
— « Patience, a-t-il dit. Gardons-nous d’oublier
Qu’il est un monde où les chevaux n’ont plus de charge,
Un monde où l’on est libre, où l’horizon est large,
Un monde où l’on peut vivre heureux, à gambader
Avec d’autres chevaux amis, dans les vergers.
Ne dors pas, cette nuit, dans l’écurie obscure.
Détourne tes regards des misérables murs
Et de la crèche oblique où ta faim se repaît.
Ne mange pas, non plus, comme un cheval épais.
Veille longtemps, et tu verras, par la lucarne,
Des chevaux bleus courir dans le ciel plein d’étoiles ».
Ce voeu d’évasion, hélas, s’arrête ici.
Un homme est survenu. L’attelage est parti.
Les chevaux, dans le vent, branlaient leurs lourdes têtes
Emportant, loin de moi, leur univers de bêtes.

(Armand Bernier)

 

 

 

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J’ai souvent fait et refait un rêve (Jean-François Manier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



 

 

J’ai souvent fait et refait un rêve
qui raconte toujours plus ou moins la même chose :
je me retrouve dans une maison très familière,
la mienne ou peut-être une maison de vacances, ou d’amis proches,
quand soudain sans raison apparente,
je comprends avec un immense bonheur
qu’une partie de cette habitation m’était demeurée cachée.
Que j’avais ainsi vécu longtemps, des années peut-être,
à côté d’une chambre close, sans le savoir,
jusqu’à ce moment précis où je vais pousser la porte.
Le rêve s’arrête là,
à cette joie qui me laisse ému, tremblant, au seuil de l’inconnu.

J’ai eu envie d’écrire un long poème
qui serait comme une invitation à entrer dans l’espace réel et mystérieux
qui commence derrière cette porte.

(Jean-François Manier)

 

 

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Qu’il est dur d’aller parmi les hommes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



Qu’il est dur d’aller parmi les hommes
Et de faire semblant de ne pas être mort,
Et le jeu tragique des passions
Le raconter à ceux qui sont jeunes,

Et, scrutant son cauchemar nocturne,
Trouver une harmonie au tourbillon désordonné des sentiments,
Pour que d’après les pâles lueurs de l’art
On apprenne de ta vie le fatal incendie !

(Alexandre Blok)

Illustration: Hans Bellmer

 

 

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UN CONTE MAL CENTRÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2019




    
UN CONTE MAL CENTRÉ

Je veux écrire un conte. Mais, — imbécile que je suis! —,
je tombe dans la vie de mes personnages avant le drame qu’il eût été passionnant de raconter.
Tant pis! « Au revoir, leur dis-je, on repassera! »

Mais quand je reviens, — malheur! — c’est après le drame!
Et la petite vie de tous les jours a repris,
à peine changée, à vrai dire, par quelques disparitions suspectes!

Alors, que faire? J’attends. J’attends. J’attends.
J’invite le lecteur à attendre avec moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Images de l’homme immobile (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019


 


 

Gaspare Traversi   ex

Images de l’homme immobile

Recroquevillé
la main lourdement plaquée sur sa hanche
mon camarade a murmuré : ça y est.

Le silence était lisse — comme la prairie était verte
qui hacha le sifflement des obus.
C’est très simple — et c’est cela la mort.
Je pars les bras ballants.
Un camarade est mort

qui me souriait racontait et chahutait…
Et c’est arrivé
et je ne suis pas certain que ce soit arrivé
et que mille morts soient plus tragiques qu’un mort.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gaspare Traversi

 

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Les menhirs (Jean-Claude Touzeil)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019


Le soir les menhirs
Se racontent des histoires
A dormir debout

(Jean-Claude Touzeil)


Illustration

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Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

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