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Posts Tagged ‘raconter’

Images de l’homme immobile (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019


 


 

Gaspare Traversi   ex

Images de l’homme immobile

Recroquevillé
la main lourdement plaquée sur sa hanche
mon camarade a murmuré : ça y est.

Le silence était lisse — comme la prairie était verte
qui hacha le sifflement des obus.
C’est très simple — et c’est cela la mort.
Je pars les bras ballants.
Un camarade est mort

qui me souriait racontait et chahutait…
Et c’est arrivé
et je ne suis pas certain que ce soit arrivé
et que mille morts soient plus tragiques qu’un mort.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gaspare Traversi

 

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Les menhirs (Jean-Claude Touzeil)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019


Le soir les menhirs
Se racontent des histoires
A dormir debout

(Jean-Claude Touzeil)


Illustration

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Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

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Voyeurs (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration: Laurits Regner Tuxen
    
Voyeurs, je vous comprends durant les nuits de neige
Quand fragment d’autre monde est la moindre clarté
Et l’anadyomène une ombre qui se lève,
Je vous comprends aussi durant les nuits d’été

Quand le feuillage tremble au-devant d’une lampe
Et que rien n’a bougé, mais le bruit des soupirs
Raconte un lit défait d’où jaillissent des jambes
Si belles que la nuit se remplit de plaisir.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le chat c’est un vrai mystère (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
le chat c’est un vrai mystère
tel celui des champignons
que raconte André Dhôtel
dis-moi chat je te demande

quand tu as connu la terre
et le monde d’entre-deux
l’art suprême de te taire
et de fixer l’invisible

avant de nous observer
de ce long regard candide

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Autres séjours
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Le ciel, laque bleue, s’assombrit; on entend mieux chanter l’ocarina (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Le ciel, laque bleue, s’assombrit;
On entend mieux chanter l’ocarina.
Ce n’est qu’un chalumeau d’argile.
Il n’a aucune raison de se plaindre.

Qui lui a raconté mes péchés ?
Pourquoi veut-il me pardonner?…
Est-ce que cette voix répète
Les derniers vers que tu as faits pour moi?…

(Anna Akhmatova)

Illustration

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Les fleurs du printemps (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Arthur Hacker  
    
Les fleurs du printemps
sont les rêves de l’hiver
racontés, au petit matin,
à la table des anges.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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Elle parlait autrement que nous tous (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



 

Charles Edward Perugini  f3_b

Elle parlait autrement que nous tous,
d’autres choses d’ici, mais jamais dites
avant qu’elle ne les eût dites. Elle était tout :
Nature, amour et livre.

Comme l’aurore, toujours,
elle commençait de façon imprévue,
si loin de tout ce que l’on rêve !
Toujours, comme midi,
elle arrivait à son zénith, d’une manière
insoupçonnée,
si loin de tout ce que l’on raconte !
Comme le crépuscule, toujours,
elle se taisait d’une façon inconcevable,
si loin de tout ce que l’on pense !

Si loin, si près
de moi son corps ! Son âme,
si loin, si près
de moi!
… Nature, amour et livre.

***

Hablaba de otro modo que nosotros todos,
de otras cosas de aquí, mas nunca dichas
antes que las dijera. Lo era todo:
Naturaleza, amor y libro.

Como la aurora, siempre,
comenzaba de un modo no previsto
¡tan distante de todo lo soñado!
Siempre, como las doce,
llegaba a su cenit, de una manera
no sospechada,
¡tan distante de todo lo contado!
Como el ocaso, siempre,
se callaba de un modo inesperable,
¡tan distante de todo lo pensado!

¡Qué lejos y qué cerca
de mí su cuerpo! Su alma,
¡qué lejos y qué cerca
de mí!
… Naturaleza, amor y libro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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Quand je mourrai (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
Quand je mourrai,
je voudrais pouvoir
serrer, entre mes

doigts, une pomme
reinette — une de ces
pommes légèrement

flétries dont l’odeur
cordiale flottait
sur la paille, dans

le grenier de mon
enfance, oit mon frère
me racontait de si

belles histoires
à dormir debout.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pourquoi le chapeau de la nuit (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Pourquoi le chapeau de la nuit
vole-t-il avec tant de trous ?

Que raconte la vieille cendre
quand elle marche auprès du feu ?

D’où vient que les nuages, qui pleurent tant,
se font de plus en plus gais ?

Pour qui flambent les gynécées
du soleil ombreux de l’éclipse ?

Combien le jour a-t-il d’abeilles ?

(Pablo Neruda)

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