Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘radoter’

Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Bruyants silences (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Gnafron, Madelon et Guignol en bas du GourguillonÉ

Bruyants silences

C’est le grand silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

C’est vilain silence qui glapit
rien qu’à lui-même pareil.

C’est bruyant silence de la foule
caquetant tout son saoul.

C’est parfait silence de parlotes
où chacun radote.

Et dans ce guignol
qui ricane
qui rigole
qui me suit
me poursuit
et encore mieux m’isole,
c’est le dur silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

(Esther Granek)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :