Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘rager’

Les hommes qui hantent les rêves (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration
    
Les hommes qui hantent les rêves,
Les arbres qui n’ont pas sommeil,
Les fleuves qui ragent et ragent,
Les mains dont on tombe amoureux.
Ah, dévaler boule de feu,
Ou vers la trouée dans la glace.
Ou comme dans un choc de trains
Mourir oiseau contre un oiseau.

***

Люди, которые снятся,
Деревья, которым не спится,
Реки, которые злятся,
Руки, в которых влюбиться.
Мне бы c горы бы сгорая
Или в прорубь c сарая.
Мне бы как поезд об поезд,
Птицей об птицу разбиться.

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ours ou complainte de la jeune veuve (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



L’ours ou complainte de la jeune veuve

Seulette suis dans mon grand lit de fer.
La bise rage et c’est toujours l’hiver,
le froid me prend des cheveux aux orteils.

Je ne vois plus ni flamme ni soleil,
des mains de glace agitent mon sommeil,
seul le silence habite ma maison.

Ah! Monsieur l’ours qui dans les bois vivez,
dans la profonde grotte sous la neige,
venez vers moi et je vous ouvrirai,

vous comblerai de miel, de confitures,
enfin, blottie contre votre fourrure,
m’endormirai dans ce nid de tiédeur

tandis que doucement, de votre haleine,
au creux du lit vous saurez réchauffer
mon pauvre cœur et mon corps délaissé.

(Jean Joubert)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017




    
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la mort de la lumière.

***

DO NOT GO GENTLE INTO THAT GOOD NIGHT

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rage at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

(Dylan Thomas)

voir ici aussi: http://ambitrad.hypotheses.org/10

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Arabesques de malheur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Arabesques de malheur

Nous nous aimions comme deux fous;
On s’est quittés sans en parler.
(Un spleen me tenait exilé
Et ce spleen me venait de tout.)

Que ferons-nous, moi, de mon âme
Elle de sa tendre jeunesse!
Ô vieillissante pécheresse,
Oh! que tu vas me rendre infâme!

Des ans vont passer là-dessus;
On durcira chacun pour soi;
Et plus d’une fois, je m’y vois,
On ragera : « Si j’avais su! »….

Oh! comme on fait claquer les portes,
Dans ce Grand Hôtel d’anonymes!
Touristes, couples légitimes,
Ma Destinée est demi-morte!….

— Ses yeux disaient: « Comprenez-vous!
« Comment ne comprenez-vous pas! »
Et nul n’a pu le premier pas;
On s’est séparés d’un air fou.

Si on ne tombe pas d’un même
Ensemble à genoux, c’est factice,
C’est du toc. Voilà la justice
Selon moi, voilà comment j’aime.

(Jules Laforgue)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

POÈTE NOIR (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2015




POÈTE NOIR

Poète noir, un sein de pucelle
te hante,
poète aigri, la vie bout
et la ville brûle,
et le ciel se résorbe en pluie,
ta plume gratte au coeur de la vie.

Forêt, forêt, des yeux fourmillent
sur les pignons multipliés ;
cheveux d’orage, les poètes
enfourchent des chevaux, des chiens.

Les yeux ragent, les langues tournent,
le ciel afflue dans les narines
comme un lait nourricier et bleu;
je suis suspendu à vos bouches
femmes, coeurs de vinaigre durs.

(Antonin Artaud)

Illustration: Alexander Sigov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :