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Poésie

Posts Tagged ‘rail’

POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Post-merci (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Post-merci

Nous sommes des météores à gueule de planète.
Notre ciel est une veille, notre course une chasse,
et notre gibier est une goutte de clarté.

Ensemble nous remettrons la Nuit sur ses rails ;
et nous irons, tour à tour nous détestant et nous aimant,
jusqu’aux étoiles de l’aurore.

J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté :
la tache pure au-delà de l’écriture souillée.

En poésie, devenir c’est réconcilier.
Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ;
et la vivant, il devient mensonger.
Paradoxe des Muses : justesse du poème.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés,
de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs,
de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

 

 

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Tari (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Tari

Nos bons et mauvais jours ont disparu
comme un torrent tari. Quelques vacances,
coquelicots tremblants le long des rails
et le désert des jours. Mais il est dit :
Je serai avec toi dans ta détresse.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE POEME (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 

LE POEME

Je parle pour boucher les trous de ton étoffe
amour
je continue mon sommeil animant
Si tu ne viens pas
que sera ma strophe
un rail de plainte interminable
hache de sanglots contre mes lecteurs
Le centre du temps est un arbre atroce un arbre de sable
où germent les clous le cœur est torture véloce un mot nous broie les genoux
Si tu ne viens pas je parle et j’existe
quel feu donnera
ce bois d’orgue triste
j’écris pour appeler un temps plus beau que nous
Et pour les transparents qui souffleront l’argile.

(Jean Sénac)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Rien (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019




    
Rien

Te t’inquiète pas, mon enfant, il n’y a rien,
tout est comme tu vois : la forêt, la fumée, la fuite des rails.
Quelque part, là-bas, dans un pays lointain,
il y a un ciel plus bleu et un mur couronné de roses
ou un palmier et un vent plus doux –
et c’est tout.
Il n’y a rien que la neige sur la branche du sapin,
il n’y a rien à baiser de ses lèvres chaudes,
toutes les lèvres deviennent froides, avec le temps.
Mais tu dis, mon enfant, que ton cœur est fort
et que vivre pour rien, c’est pire que mourir.
Que lui voulais-tu à la mort ?
Ne sens-tu pas le dégoût que dégagent ses frusques ?
Rien n’est plus écœurant que de mourir de sa propre main.
Comme ces courts instants où fleurit le désert,
nous devons aimer les longues heures de maladie de la vie
et les années contraintes où se concentre le désir.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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BIRKENAU (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
BIRKENAU

Pissenlits entre les baraques
de brique sombre.
Les mêmes fleurs dehors,
dans la campagne polonaise,
et ici, le long des rails
qui s’arrêtent plus loin
face au ciel, aux ruines,
au rideau de peupliers,
sur le sol de cendre humaine.
Chacun marche courbé,
cherchant en lui-même
la fleur qui manque,
ici et dehors,
celle que le printemps
attend de lui seul.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN HOMME IVRE SUR LE RAIL (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
UN HOMME IVRE SUR LE RAIL

Étendu sur le rail un homme ivre repose;
Son poing gauche est crispé sur la gourde qu’il tient;
Il ronfle et dort baigné dans le petit matin;
La nuit sur le chemin fuit et se décompose.

L’humble brise nocturne a paré tendrement
Ses cheveux dispersés de cendre et d’herbe grêle;
La rosée irisée l’éclabousse de ciel.
Il gît : son torse seul palpite par moments.

Son bras droit est pareil à la traverse dure.
Il est comme blotti sur le sein maternel,
Ce jeune gars est vêtu de pauvres déchirures.

On pressent le soleil dans le cadre du ciel,
Un homme ivre repose et le rail, tout à coup,
D’un tremblement qui gronde et grandit, le secoue.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Chef chef et derechef (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chef chef et derechef
1
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Vive un poulet cuit à la broche
Le boeuf bouilli, l’huître de roche
Vive le sel vive le pain
Surtout vive le vin.
Mon père était chef de cuisine
Il m’apprit l’art de bien manger
Le pain est fait avec de la farine
Le vin est fait avec de bons raisins
Il m’apprit l’art de bien manger
Et de vivre en buvant du vin.

2
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Vive un express à cent à l’heure
Vive la gare qui demeure
Vive le rail et le charbon
Et puis vive les ponts.
Mon mari est un chef de gare
Il m’apprit l’art de bien aimer
Aux cris des trains qui filent dare-dare
L’amour s’enfuit aussi vite qu’un train
Il m’apprit l’art de bien aimer
D’aimer toujours, d’aimer sans frein.

3
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Vive un piano noir et sonore
Vivent les dents dont il s’honore
Vive sa queue évidemment
Et tous les instruments.
Mon amant est un chef d’orchestre
Il m’apprit l’art de mesurer
Le doux plaisir des voluptés terrestres
Ah! qu’il est doux de bien jouer dans le ton
Ré mi fa sol la si do ré
Vive mon chef et son bâton.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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TENSION (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



Illustration: Edvard Munch
    
TENSION

J’appelle quelqu’un qui appelle
le pont est long et vide
Je cours vers la réconciliation
l’asphalte est violent, les réverbères
qui s’écartent
et les rails enflés
qui traversent le coeur
J’appelle quelqu’un qui appelle
quelqu’un qui appelle …

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

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Dans les journaux (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Dans les journaux

À l’aube elle se leva. Elle bénit ses enfants.
Et les enfants ont rêvé un songe joyeux.
Elle déposa, s’inclinant jusqu’à terre,
Sa toute dernière prosternation.

Kolia ouvrit les yeux. Son soupir de joie
Salua le songe qui bleuissait encore.
Un tintement de verre gronda et s’éteignit:
C’était la porte du bas qui claquait.

Les heures passèrent. Un homme est venu,
Avec, sur son bonnet, un insigne d’étain.
L’homme cognait à la porte, attendait.
Personne n’ouvrait. On jouait à cache-cache.

C’était l’Épiphanie. Il faisait froid et gai.

Ils avaient caché le fichu rouge de maman.
Le matin, elle mettait ce fichu en partant.
Aujourd’hui, elle avait laissé son fichu:
Les enfants s’en allaient le cacher dans les coins.

Le crépuscule affleurait. Les ombres des enfants
Dansaient sur les murs à la lueur des lanternes.
Quelqu’un montait en oomptant les marches,
S’arrêta. Et pleura. Et frappa à la porte.
L’oreille aux aguets ils ouvrirent la porte :

La grosse voisine apportait de la soupe.
Elle dit: «Mangez.» Et puis, comme maman,
Elle se prosterna et bénit les enfants.

Maman ne souffre pas, mes enfants tout roses.
Elle est allée se coucher sur les rails.
À l’excellente femme, à la grosse voisine
Merci, merci. Maman ne pouvait pas…

Elle va bien maintenant. Elle est morte, maman.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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