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SOMNAMBULE DU RÊVE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2016




SOMNAMBULE DU RÊVE

Où es-tu, toi qui m’accompagnais ?
Où es-tu, face céleste ?
Un vent rauque raille à mon oreille : Insensé !
Un rêve ! Ûn rêve ! Fou que tu es !
Pourtant, pourtant ! Comment était-ce avant
Que j’entre dans la nuit et la désolation ?
T’en souviens-tu, fou, insensé !
Écho de mon âme, vent rauque :
Ô fou ! O insensé !
N’était-elle pas là, mains implorantes,
Bouche cernée d’un sourire triste,
Appelant dans la nuit et la désolation !
Qu’appelait-elle donc ? L’ignores-tu ?
On eût dit de l’amour. Nul écho
Ne lui revint ni ne lui renvoya ce mot.
Était-ce de l’amour ? Malheur, j’ai oublié !
Seul dans la nuit et la désolation
Et l’écho de mon âme — le vent !
Qui raille et raille : O fou ! O insensé !

***

TRAUMWANDLER

Wo bist du, die mir zur Seite ging,
Wo bist du, Himmelsangesicht ?
Ein rauher Wind höhnt mir ins Ohr : du Narr !
Ein Traum ! Ein Traum ! Du Tor !
Und doch, und doch ! Wie war es einst,
Bevor ich in Nacht und Verlassenheit schritt ?
Weißt du es noch, du Narr, du Tor !
Meiner Seele Echo, der rauhe Wind :
O Narr !O Tor !
Stand sie mit bittenden Händen nicht,
Ein trauriges Lächeln urn den Mund,
Und rief in Nacht und Verlassenheit !
Was rief sie nur ! Weißt du es nicht ?
Wie Liebe klang’s. Kein Echo trug
Zu ihr zurück, zu ihr dies Wort.
War’s Liebe ? Weh, daß ich’s vergaß !
Nur Nacht um mich und Verlassenheit,
Und meiner Seele Echo — der Wind !
Der hönt und hönt : O Narr ! O Tor !

(Georg Trakl)

Illustration: Alex Alemany

 

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Mères, nonnes, toutes adorent des images (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



 

Mères, nonnes, toutes adorent des images,
Mais l’image qu’un cierge éclaire, ce n’est pas
Ce qui émeut le rêve d’une mère,
Elle a trop de la paix du marbre, du bronze,
Bien qu’elle aussi brise des coeurs. — Présences
Que savent la passion, la piété, l’amour
Et qui disent du ciel toute la gloire,
Pérennités qui raillent le temps terrestre;

***

Both nuns and mothers worship images,
But those the candles light are not as those
That animate a mother’s reveries,
But keep a marble or a bronze repose.
And yet they too break hearts— O Presences
That passion, piety or affection knows,
And that all heavenly glory symbolise—
O self-born mockers of man’s enterprise ;

(William Butler Yeats)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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Romance (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015




Romance

Le bleu matin
Fait pâlir les étoiles.
Dans l’air lointain
La brume a mis ses voiles.
C’est l’heure où vont,
Au bruit clair des cascades,
Danser en rond,
Sur le pré, les Dryades.

Matin moqueur,
Au dehors tout est rose.
Mais dans mon coeur
Règne l’ennui morose.
Car j’ai parfois
A son bras, à cette heure,
Couru ce bois.
Seule à présent j’y pleure.

Le jour paraît,
La brume est déchirée,
Et la forêt
Se voit pourpre et dorée.
Mais, pour railler
La peine qui m’oppresse,
J’entends piailler
Les oiseaux en liesse.

(Charles Cros)

Illustration: Antoine Calbet

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POUR UNE FOIS QUELQUE CHOSE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015



POUR UNE FOIS QUELQUE CHOSE

Certains me raillent : chaque fois que je regarde
Au fond d’un puits, je suis toujours à contre-jour
Et ne vois pas plus loin dedans que la surface,
Qui me renvoie une image resplendissante
De moi-même en jeune dieu sur un ciel d’été,
Nimbé de fougères et de nuages blancs.
Un jour pourtant, le menton sur une margelle,
J’ai aperçu, je crois, au-delà de l’image,
A travers l’image, quelque chose de blanc
Et de vague, venu des grandes profondeurs —
Et puis j’ai soudain perdu de vue cette chose.
De l’eau rageusement vint brouiller l’eau trop claire.
Une goutte tomba d’une fougère — et pfutt
Une ride agita ce qui était au fond,
Le brouilla, l’effaça. Qu’était cette blancheur ?
Vérité ou quartz ? Pour une fois quelque chose.

***

Others taunt me with having knelt at well-curbs
Always wrong to the light, so never seeing
Deeper down in the well than where the water
Gives me back in a shining surface picture
Me myself in the summer heaven godlike
Looking out of a wreath of fern and cloud puffs.
Once, when trying with chin against a well-curb,
I discerned, as I thought, beyond the picture,
Through the picture, a something white, uncertain,
Something more of the depths—and then I lost it.
Water came to rebuke the too clear water.
One drop fell from a fern, and lo, a ripple
Shook whatever it was lay there at bottom,
Blurred it, blotted it out. What was that whiteness?
Truth? A pebble of quartz? For once, then, something.

(Robert Frost)

 

 

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