Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ramasser’

Une étendue de sable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Une étendue de sable
La mer au loin. Du vent.

L’image se brouille

Tu te penches pour ramasser
un galet, puis deux

Tu récoltes avec soin
ces vieux témoins du monde

Comme s’ils pouvaient se fendre
et comme si ta chaleur
assurait leur survie

Tu me dis:
«C’est important, les galets»

Tu es belle.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LES PERLES DE JADE (Tchan-Tiou-Lin)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



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LES PERLES DE JADE

J’ai vu passer la première épouse du grand Mandarin Lo-Wang-Li ;
elle se promenait à cheval près du lac,
dans l’allée où la lune blanchit les feuilles de saule.

En se promenant elle a laissé tomber de son cou quelques perles de jade ;
un homme, qui se trouvait là, les a ramassées et s’est enfui très joyeux.

Mais moi, je n’ai pas ramassé de perles,
parce que je regardais seulement le beau visage de la jeune femme,
plus blanc que la lune dans les feuilles de saule,
et je m’en suis allé en pleurant.

(Tchan-Tiou-Lin)

 

 

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Au fond du jardin (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Au fond du jardin
une femme suspend
les draps de l’aube
fraîchement lavés
de la nuit

Mal rincés
marbrés de traînées
sperme des rêves
pris dans la trame

Il faudra recommencer

Lassitude des matins

Du songe
elle attendait
renaissanoe
le voici souillure

Peau aplatie d’ennui
usure lente
des gestes
des linges

Pelouse
piquetée de débris
elle les ramasse
décroche les draps

Rentre
écoute
le ronronnement
de la répétition

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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COQUILLAGES (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




COQUILLAGES

J’ai tendu le bras dans l’eau scintillante
Et ramassé sur le sable blanc, sous les vagues,
Des coquillages, déposés sur les plages où, seule,
J’habite un monde limité d’années et de jours.
J’ai tendu le bras le long d’une myriade d’années
Pour ramasser le trésor du fond marin né d’hier et millénaire,
Et tenu dans ma main des formes façonnées le jour de la création.

Bâtissant leur beauté dans les trois dimensions
Par lesquelles le monde s’éloigne de nous,
Et dans la quatrième, qui nous emporte
D’un moment à l’autre, d’une année à l’autre,
Ils demeurent tous dans leur continuel présent.
L’hélice tourne sur elle-même, telle une pensée sans fin,
Instantanée du sommet jusqu’au bord
Comme une danse dont l’image est l’arapède ou le murex,
la cyprée ou le vigneau à reflets d’or.

Ils dorment sur le fond marin, toupies bourdonnantes
Dont la musique est l’octave nacrée de l’arc-en-ciel,
Coquillages mélodieux qui murmurent à jamais :
 » Le monde où tu vis n’a pas encore été créé.  »

***

SHELLS

Reaching down arm-deep into bright water
I gathered on white sand under waves
Shells, drifted up on beaches where I alone
Inhabit a finite world of years and days.
I reached my arm down a myriad years
To gather treasure from the yester-millennial sea-floor,
Held in my fingers forms shaped on the day of creation.

Building their beauty in the three dimensions
Over which the world recedes away from us,
And in the fourth, that takes away ourselves
From moment to moment and from year to year
From first to last they remain in their continuous present.
The helix revolves like a timeless thought,
Instantaneous from apex to rim
Like a dance whose figure is limpet or murex, cowrie or
golden winkle.

They sleep on the ocean floor like humming-tops
Whose music is the mother-of-pearl octave of the rainbow,
Harmonious shells that whisper for ever in our ears,
« The world that you inhabit has not yet been created. »

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Un petit mot à dire (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



 

Gao Xingjian p

Un petit mot à dire

Même quand il semble que la journée
a passé comme une aile d’hirondelle,
comme une poignée de poussière
jetée et qu’il n’est pas possible
de ramasser et que la description
le récit ne trouvent nécessité
ni écoute, il y a toujours un mot
un petit mot à dire
ne serait-ce que pour dire
qu’il n’y a rien à dire.

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Tu ne dois pas chercher (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Donald Zolan
    
Tu ne dois pas chercher à comprendre la vie,
elle sera dès lors pour toi comme une fête.
Laisse chaque jour te combler
comme un enfant qui passe
se voit comblé de fleurs
par chaque brise.
Il ne lui vient pas à l’esprit
de les ramasser ni de les garder.
Doucement de sa chevelure,
tendre prison, il les enlève,
et à ses chères jeunes années
il tend les mains pour avoir d’autres fleurs.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 


 

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Lento

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

(Avec des rhythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Un jour, j’ai mis mon coeur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne!
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne!

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

(Avec des rhythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
A la pensée enclose en deux yeux de velours.

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés!
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers!

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon coeur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

(Avec des rhythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues!

je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois!

Fermer les yeux? Rêver? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

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La brume (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La brume s’effiloche
J’écoute à ma croisée
Le tintement des cloches
D’argent de la rosée

La maison appareille
Pour un nouvel endroit
Elle reste pareille
Avec le même toit

Les oiseaux volent vers
L’horizon migrateur
Ils seront bleus ou verts
Sous les nuages pleureurs

Le jour s’est promené
Sur les toits vagabonds
Et il a ramené
Des soleils moribonds

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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EN MARGE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
EN MARGE

Cet été, les montagnes sont restées lointaines.
Autour de ta chaise,
tu ramasses au hasard
pommes tombées, brindilles, feuilles rousses.
Tu regardes sur le mur
les pas perdus de l’ombre qui s’agite
et s’évapore au crépuscule.
L’espérance
est en dehors du spectre,
dans l’infrarouge ou l’ultraviolet,
sensible seulement
à l’instinct muet, aux animaux de l’âme.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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