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Poésie

Posts Tagged ‘ramasser’

UN ALLER SIMPLE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

Martin Luther King

UN ALLER SIMPLE

J’ramasse ma vie
Je l’emporte avec moi
Et j’la dépose
A Chicago, à Detroit
A Buffalo, à Scranton.
N’importe où
Au Nord, à l’Est…
Que ce ne soit pas Dixie.

J’ramasse ma vie
Et j’la mets dans le train
Jusqu’à Los Angeles, Bakersfield,
Seattle, Oakland, Salt Lake,
N’importe où
Au Nord, à l’Ouest…
Que ce ne soit pas le Sud.

J’en ai marre
Des règlements pour Jim Crow,
Des gens qui sont cruels
Et qui ont peur.
Des gens qui lynchent et qui courent,
Des gens que j’effraie
Et qui m’effraient.

***

One Way Ticket

I pick up my life,
And take it with me,
And I put it down in
Chicago, Detroit,
Buffalo, Scranton,
Any place that is
North and East,
And not Dixie.

I pick up my life
And take it on the train,
To Los Angeles, Bakersfield,
Seattle, Oakland, Salt Lake
Any place that is
North and West,
And not South.

I am fed up
With Jim Crow laws,
People who are cruel
And afraid,
Who lynch and run,
Who are scared of me
And me of them

I pick up my life
And take it away
On a one-way ticket-
Gone up North
Gone out West
Gone

(Langston Hughes)

 

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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Passez devant (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
Passez devant

Allez messieurs si vous êtes pressés
Passez devant, passez devant

Un peu plus loin vous attend le fossé
Passez devant, passez devant

En trois morceaux vous vous retrouverez
Passez devant, passez devant

Quatre pompiers viendront vous ramasser
Passez devant, passez devant

A l’hôpital vous serez transportés
Passez devant, passez devant

Tant bien que mal vous serez recollés
Passez devant, passez devant

Toute la vie resterez estropiés
Passez devant, passez devant

(Suzanne François)

 

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L’Assiette (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020



Quand tombe des mains de la servante
la pâle assiette ronde
de la couleur des nuées
il en faut ramasser les débris,
tandis que frémit le lustre
dans la salle à manger des maîtres
et que la vieille école ânonne
une mythologie incertaine
dont on entend
quand le vent cesse
nommer tous les faux dieux.

(Jean Follain)

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Nuit passée dans un kiosque de montagne (Jia Dao)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



Illustration: Shen Zhou
    
Nuit passée dans un kiosque de montagne

Son oreiller : une pierre ramassée dans le ruisseau
L’eau du puits rejoint l’étang sous les bambous
Voyageur de passage, sans sommeil, à minuit
Seul il entend l’arrivée de la pluie de montagne

(Jia Dao)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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DAME DE CŒUR (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020




    
DAME DE CŒUR

Ce n’est pas vous ce n’est pas moi
qui ramasserons les hirondelles
c’est une enfant et c’est bien elle
qui saura tromper le roi

Elle est la reine et fidèle
elle joue toujours au fond des bois
comme le cor et le hautbois
à cache-cache ou à la marelle

Soyons discrets vous et moi
ne répétons que l’essentiel
pour qu’elle oublie les étincelles
les trompes de chasse et le tabac

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Ce sont trois chèvres un matin (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



Illustration    
    
Ce sont trois chèvres un matin
qui travaillent dans leur jardin.
La première secoue le poirier.
La seconde ramasse les poires,
La troisième va au marché.

Elles ont travaillé tant et tant
et gagné tellement d’argent
qu’elles ont pris à leur service
trois demoiselles de Saint-Sulpice.

La première fait la cuisine,
la seconde fait le ménage,
et la troisième au pâturage
garde trois chèvres le matin

qui s’amusent dans leur jardin.
Trois chèvres qui ne font plus rien.

(Claude Roy)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rivière d’automne (Natsume Soseki)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019



    

(Natsume Soseki)

Recueil: Les plus beaux HAÏKU(S)
Traduction: Akié Boulard
Editions: Arichi

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L’ENFANT SUIT L’HOMME (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019


 


 

Elena Kalis    _3ak [1280x768]

L’ENFANT SUIT L’HOMME

Un enfant blond pense à l’Océanie
Les kangourous sautent comme des billes
A cloche-pied, il rejoint une autre île
Et d’île en île un instant de sa vie.

Il est saison comme d’autres sont arbres
Il sort de l’ombre et va sans cailloux blancs
Si je dis paume il écarte le sable,
Prend mon étoile et la cache en jouant.

Si je dis main je trouve une poitrine,
Un frêle essaim d’abeilles en danger
A cloche-rêve au plus loin de la ville
L’enfant m’habite et me garde et je vais
De la nuit d’algue éclairer les vitrines.

Je ne dis rien, je prends garde aux chaumines,
Mon sang ne bat qu’à la peur des archers,
Je fuis les murs. On écoute, on devine
Et l’oiseau tombe avant d’être touché.

Qui le ramasse et le jette à la mer
Pour que le temps retrouve son chemin
— Un dit le vent, un autre dit la pierre,
Moi je m’éveille et fleuris à la terre
Blessé d’enfance, un oiseau dans les mains.

(Robert Sabatier)

Illustration: Elena Kalis

 

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Les étoiles de mer (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019


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Si les eaux de la mer, un matin, se retirent,
Nous dévisagerons tous les siècles éteints.
Le temps sera fini des larmes et du rire.
Si les eaux de la mer se retirent, un matin,

Nous irons ramasser des rames de galère
Pour y sculpter la forme exacte d’un violon
Qui chantera pour nous les hymnes de naguère
Comme les galériens vers les quatre horizons…

Les étoiles de mer fleuriront à miracle
En d’étranges jardins que nul n’a jamais vus.
L’océan garde en lui la magie du spectacle
Que les plus vieux poissons des grands fonds ont connu.

Jardins du fond des mers, où les noyés reposent
Avec leurs yeux ouverts qui ne pourront plus voir,
Regards éteints tournés vers le secret des choses,
Inconnus sommeillant sur un lit d’algues noires.

Les étoiles de mer sont vivantes et cruelles,
Qu’elles se ferment donc en silence sur eux,
Que la tête et le coeur nourrissent les plus belles:
Aucun matin du monde a-t-il désiré mieux?

(Bernard Dimey)

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