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Poésie

Posts Tagged ‘rameaux’

Il tremblait (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2019



 

Il tremblait devant la lumière
Et tremblait devant les rameaux.

Il n’était pas content des fenêtres
Et se méfiait des oiseaux.

Il n’avait pu
Etre davantage.

Pourtant quand il fut clair
Que la ville flambait
Dans le fracas des bombes,

Il osa tutoyer,
Pour la première fois,
Les choses qu’il touchait
Sur la table et les murs.

(Guillevic)

 

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Le Village (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le Village

Telle une pleine potée de patates,
Lentement fume dans la sage
Et tiède soirée du village
Une foison d’ardoises écarlates.

Faisant alors un signe au paysage,
Espoir, une svelte fumée
S’attarde dans la cheminée,
Puis pour monter, dans le doute s’engage.

L’acacia, l’ombre va l’accueillir,
Et son menu sein ferme tremble.
Le petit arbre exhale ensemble
Air et papillon, un petit soupir.

Et cependant que me couvre, m’entoure
Le buisson de mélancolie,
Tombent les abois dans l’oubli
Sur de grands pays de velours.

Péniblement, les femmes, tortillées,
Déjà vont allumer la lampe.
Ame opprimée, la flamme rampe,
Tandis qu’au ciel elle veut s’élancer.

Et tout s’éteint. La lune maternelle
Baigne le pré dans son halo.
Là, une branche de sureau
Vers la clarté tend sa main fraternelle.

De l’éternel bonheur la source mouille
D’une simple tuile un haillon,
Et bouddahs d’émeraude sont
Dans la fraîche pelouse les grenouilles.

De sabre au clair, l’avoine de naguère
A courbé aujourd’hui son front,
Et murs en ruine seront
Bientôt sa gloire et sa force d’hier.

Là règne le silence. On y perçoit
Peut-être une voix cristalline.
Sans bien l’entendre on la devine.
Seul maintenant le silence en fait foi.

Ce qu’il comprend, l’esprit, quand il s’éclaire,
Emergeant seule de la nuit,
C’est cette parole d’ici,
De la charrue, de la bêche de fer.

Ces mots sont aussi ceux du paysan :
Au soleil, au sol, à la pluie.
Ces mots sont les miens aujourd’hui.
Le temps soigneux sera leur confident.

Ces mots sont là, comme pour un sourire
Au nourrisson; la flatterie
A un cheval: tout ce qu’ici
Contient le pur, le grave pour le dire.

Dans le sommeil le village est plongé.
Des rêves angoissés voltigent,
Qui frôlent de l’herbe la tige
Où l’ombre somnolente est engagée.

Dorment les fouets, les bottes, les couteaux,
Les cieux, les prés, les grands, les sages
Espaces entre les feuillages
Et les nervures fines des rameaux.

Le rude paysan, dans son sommeil,
Peu à peu devient sécheresse
Et tel un chagrin qui lui blesse
Le cœur, là-haut je suis assis, je veille.

(Attila Jozsef)

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Comme je suis un étranger dans notre vie (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Alberto Donaire 623

Comme je suis un étranger dans notre vie,
je ne parle qu’à toi avec d’étranges mots,
parce que tu seras peut-être ma patrie,
mon printemps, nid de paille et de pluie aux rameaux,

ma ruche d’eau qui tremble à la pointe du jour,
ma naissante Douceur-dans-la-nuit … (Mais c’est l’heure
que les corps heureux s’enfouissent dans leur amour
avec des cris de joie, et une fille pleure

dans la cour froide. Et toi ? Tu n’es pas dans la ville,
tu ne marches pas à la rencontre des nuits,
c’est l’heure où seul avec ces paroles faciles

je me souviens d’une bouche réelle … ) Ô fruits
mûrs, source des chemins dorés, jardins de lierre,
je ne parle qu’à toi, mon absente, ma terre …

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Alberto Donaire

 

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Le Faune (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

Hendrik  Balen

Le Faune

Assis au pied de l’arbre aux sonores rameaux
Dont le soleil doré baigne les jeunes pousses,
Dans le hallier propice aux solitudes douces,
Le Faune industrieux rassemble les roseaux.

Il façonne, en riant, la flûte à sept tuyaux,
Qui souffle le désir au cœur des nymphes rousses
Et, dans les frais gazons ou sur les tièdes mousses,
Fait germer les hymens harmonieux et beaux.

Les Dryades, en rond, dansent dans la prairie,
Et leur troupe, enfantine et joyeuse, s’écrie,
Apercevant le Faune au visage sournois.

Mais lui saisit la flûte et la porte à ses lèvres :
Aussitôt, dans les yeux des rieuses, tu vois
Courir l’éclair furtif des amoureuses fièvres.

(Jean Royère)

Illustration: Hendrik  Balen

 

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VEINES (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

VEINES

L’arbre de sang qui me traverse est gris comme un
Ciel d’automne, comme un treillage en fil de fer,
Et ses rameaux, ses noeuds mauves bordés de vert
Placent des éventails en relief sur ma main.

Sans feuille, sans oiseau – pauvre buisson humain,
Je crois qu’il ne connaît des saisons que l’hiver
Et qu’il se remémore à quel point j’ai souffert
Dans les flux et reflux de sa sève carmin.

L’arbre de sang qui me traverse a un seul fruit
Gluant d’obscurité – cerise de la nuit
Qui malaxe son jus convulsif, obstiné.

Bien qu’il soit protégé de la pluie et du vent,
Il se fait ballotter, emporter, en suivant
Mes mouvements … pauvre arbre humain, déraciné.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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Ne mourons pas d’automne au printemps de la fable (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Ne mourons pas d’automne au printemps de la fable
laissons nos sèves dire toute leur histoire
et que nos sangs ne refusent pas le croyable
puisqu’en été sous l’écorce des mots
circulent les raisons de croire
en l’hiver des rameaux.

(Robert Mallet)

Illustration: Danielle Decollonge

 

 

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… Mais, à la cime du vieil arbre, (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2016




… Mais, à la cime du vieil arbre,
Dominant toutes frondaisons,
Cent rameaux s’élancent,
Cent rameaux nouveaux chantent sur un ciel
Où se défont des flocons de nuages,
Où s’allonge un vol d’oiseaux migrateurs.

(Charles Vildrac)

Photo (C) Ibrahim Chalhoub

 

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La voix (Ondine Valmore)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2015



La neige au loin couvre la terre nue;
Les bois déserts étendent vers la nue
Leurs grands rameaux qui, noirs et séparés,
D’aucune feuille encor ne sont parés;
La sève dort et le bourgeon sans force
Est pour longtemps engourdi sous l’écorce;
L’ouragan souffle en proclamant l’hiver
Qui vient glacer l’horizon découvert.
Mais j’ai frémi sous d’invisibles flammes
Voix du printemps qui remuez les âmes,
Quand tout est froid et mort autour de nous,
Voix du printemps, ô voix, d’où venez-vous?…

(Ondine Valmore)

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L’éclair (Lucrèce)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2015




L’éclair brille au moment où le choc de la nue
A délivré la flamme en son sein retenue;
C’est ainsi, d’un caillou, déchiré par le fer,
Que l’étincelle sort et s’élance dans l’air.
La foudre emplit les cieux d’une flamme vermeille
Avant que son tonnerre ait frappé notre oreille!
Son éclat, à nos yeux, se peint, au même instant,
Mais le choc au tympan arrive lentement.
Vois de loin l’émondeur dont la hache mutile
De l’arbuste infécond la parure inutile:
Du coup qu’il a porté l’oeil a suivi l’essor,
Les rameaux sont tombés, le bruit chemine encore
D’un vol inégal, la foudre et la lumière
En deux temps différents, suivent leur carrière.

(Lucrèce)

 

 

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Au coeur des mots (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2015




Au coeur des mots
Toujours les mêmes fleurs
Vous me parlez d’abeilles
De rameaux
De sève de cigales
Et du matin que vous avez dans l’âme
Et vous fermez les yeux
Sur les secrets de pleine ivresse
L’hiver
Vous le savez
Blanchit le soleil même

Essayez donc
De renverser le ciel sur votre table

(Serge Brindeau)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Arbreaphotos: Candide Jardin…

 

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