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Posts Tagged ‘ramener’

PENSÉES DU SEPTIÈME MOIS (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 


    
PENSÉES DU SEPTIÈME MOIS
Li-Taï-Pé

Au milieu des fleurs de mon jardin,
je songe, en buvant un vin, frais et transparent comme le jade.

Le vent me caresse doucement les joues et rafraîchit l’air brûlant ;
mais, quand l’hiver viendra, comme je ramènerai mon manteau !

La femme, dans la splendeur de sa beauté, est pareille au vent tiède d’août :
elle rafraîchit et parfume notre vie ;

Mais, lorsque la soie blanche de l’âge couvre sa tête,
nous la fuyons comme le vent d’hiver.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon
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ODE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

ODE

Chair.
Ou un homme au tréfonds d’une femme : clonique
dans la chair du matin.
Et celui qui habite l’enfant
saura que le ventre
est parole
plus nue qu’homme
ou femme.

Dressé à jamais
contre le couperet du vent
qui tombe,

un corps,

mais seulement l’immense
corps de la terre,

comme un homme
qui ramènerait la terre
vers nous,
au-dessus du champ d’épurge radieux
qui point
de l’autre côté
du silence,

l’enfant
qui rampe hors de la bouche
d’effroi.

(Paul Auster)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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Voix de personne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Voix de personne, étrangère
à l’automne, et une seule fois
concentrée dans l’oeil qui saignait
d’une telle intensité. Ton muscle
ne se remet pas, c’est
une autre corde, tressée
par l’encre, et écorchant
cette main à vif — qui ramène les images
vers nous : le clairvoyant
cadavre, chantant
de son miroir-potence ; un coup d’oeil,
plus lourd que pierre, lancé
sur la glace
d’avril, faisant résonner les profondeurs
de ton souffle-puits ; un oeil,
et puis
un autre encore. Tant que vautour
sera le mot
qui se repaît de ce déchet, la nuit
sera ta proie.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Chansons mortes (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration
    
Chansons mortes

I
oiseaux dans la forêt chantez
tant que le vert persiste
car vite trop vite
tout défleurit

j’étais là-haut j’ai vu
la splendeur du monde
mais pourquoi pleures-tu
rossignol

et je suis descendu
passsant joie et peine
tout a changé le soir
ramène la fatigue

le vent glace
le faible vert
oiseaux adieu
je ne puis vous suivre

2
je me souviens des jours tendres
automne tu dressais
ta fantasmagorie
si colorée si pâle

ma vallée où sont tes frères
aujourd’hui désert
comment te reconnaître
tout est solitude

de ta bouche blafarde
sort une étrange mélodie
la terre s’entr’ouvre
j’aperçois le fond

chante toujours chante
couché je repose
le tilleul fait pleuvoir
sa feuille sur moi

3
déjà le retour des oiseaux
des chansons d’autrefois
ma jeunesse insouciante
revient-elle avec eux

mais je suis fou je pense
en voyant les nuages chasser
au vent d’automne les oiseaux
j’ai cru le printemps

sur la montagne un arbre abrite
le départ bruyant des oiseaux
l’arbre est las il agite
une dernière fois ses rameaux

4
en rêve je me suis vu
devant la maison de mon père
regardant l’heureuse vallée
de mon enfance
l’air était doux et jouait
parmi les feuilles printanières
l’essaim de pétales tombait
sur ma poitrine et mes cheveux

je m’éveille la lune
luit au coin du bois
sa pâle lueur éclaire
un pays inconnu de moi
je regarde et je vois
pétales de glace
le paysage blanc de neige
et mes cheveux d’âge

5
joie de l’aube des feuilles
les étoiles abîmées
migrent dans le coeur
célestes pensées

6
te rappelles-tu le jardin
le château au-dessus des arbres
et comme nous attendions
le printemps

est arrivé le musicien
le même chaque année
nous sommes sortis ensemble
dans le monde en fleurs

nous avons voyagé
envoyés dispersés
quand je demande de tes nouvelles
personne ne me répond

adieu château
que le couchant dore
dort le musicien
ivre de rêves

les parents sont morts
depuis longtemps
ceux qui sont restés
ne nous connaissent plus

***

Nachklänge

I
Lust’ge Vögel in dem Wald,
Singt, solang es grün,
Ach wer weiß wie bald, wie bald
Alles muß verblühn !

Sah ich’s doch vom Berge einst
Glänzen überall,
Wußte kaum, warum du weinst,
Fromme Nachtigall.

Und kaum ging ich über Land,
Frisch durch Lust und Not
Wandelt’ alles, und ich stand
Müd im Abendrot.

Und die Lüfte wehen kalt,
Übers falbe Grün,
Vöglein, euer Abschied hallt —
Könnt ich mit euch ziehn !

2
O Herbst, in linden Tagen
Wie hast du rings dein Reich
Phantastisch aufgeschlagen,
So bunt und loch so bleich !

Wie öde, ohne Brüder,
Mein Tal so weit und breit,
Ich kenne dich kaum wieder
In dieser Einsamkeit.

So wunderbare Weise
Singt nun dein bleicher Mund,
Es ist, als öffnet’ leise
Sich unter mir der Grund.

Und ich ruht’ überwoben,
Du sängest immerzu,
Die Linde schüttelt oben
Ihr Laub und deckt’ mich zu.

3
Schon kehren die Vögel wieder ein,
Es schallen die alten Lieder,
Ach, die fröhliche Jugend mein
Kommt sie wohl auch noch wieder ?

Ich weiß nicht, was ich so töricht bin !
Wolken im Herbstwind jagen,
Die Vögel ziehn über die Wälder hin,
Das klang wie in Frühlingstagen.

Dort auf dem Berge da steht ein Baum,
Drin jubeln die Wandergäste,
Er aber, müde, rührt wie im Traum
Noch einmal Wipfel und Aste.

4
Mir träumt’, ich ruhte wieder
Vor meines Vaters Haus
Und schaute fröhlich nieder
Ins alte Tal hinaus,
Die Luft mit lindem Spielen
Ging durch das Frühlingslaub,
Und Blütenflocken fielen
Mir über Brust und Haupt.

Als ich erwacht, da schimmert
der Mond vom Waldesrand,
Im falben Scheine flimmert
Urn mich ein fremdes Land,
Und wie ich ringsher sehe :
Die Flocken waren Eis,
Die Gegend war vom Schnee,
Mein Haar vom Alter weiß.

5
Es schauert der Wald vor Lust,
Die Sterne nun versanken,
Und wandeln durch die Brust
Als himmlische Gedanken.

6
Gedenkst du noch des Gartens
Und Schlosses überm Wald,
Des träumenden Erwartens :
Ob’s denn nicht Frühling bald ?

Der Spielmann war gekommen,
Der jeden Lenz singt aus,
Er hat uns mitgenommen
Ins blühnde Land hinaus.

Wie sind wir doch im Wandern
Seitdem so weit zerstreut !
Frägt einer nach dem andern,
Doch niemand gibt Bescheid.

Nun steht das Schloß versunken
Im Abendrote tief
Als ob dort traumestrunken
Der alte Spielmann schlief’.

Gestorben sind die Lieben,
Das ist schon lange her,
Die wen’gen, die geblieben,
Sie kennen uns nicht mehr.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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BLANC (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

BLANC

Pour celui qui s’est noyé :
cette page, comme
jetée à la mer
dans une bouteille.

De sorte que,
même quand le ciel embarque
pour la vision de la terre, un écho
de la terre
puisse voguer vers lui,
gros d’une mémoire de pluie,
le bruit de la pluie
tombant sur l’eau.

De sorte qu’il
aura appris,
en dépit de la vague
se déversant maintenant de la crête
des montagnes, que quarante jours
et quarante nuits
ne nous ont ramené
aucune colombe.

(Paul Auster)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Pas de bord, pas de bout du monde (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



Illustration: Maurits Cornelis Escher
    
Pas de bord, pas de bout du monde
dans ce qui tremble soudain
s’approche avec ton visage
et me ramène à moi.

Grâce de naître
et de disparaître dans la clarté d’un coeur
d’une main sans bord, sans bout du monde.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Qui appelons-nous (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018




    
Qui appelons-nous
lorsque le vent cesse enfin
de ramener les ombres
d’un chemin sans issue
autre que ce chemin ?

Qui appelles-tu, et comment.
cherches-tu à élever ton regard
et dépouiller ton âme ?

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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A MA MÈRE (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Oskar Kokoschka
    
A MA MÈRE

J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton coeur !

Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente !

(Mahmoud Darwich)

 

Recueil: La terre nous est étroite
Traduction: Elias Sanbar
Editions: Gallimard

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PARTIE PERDUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018




    
PARTIE PERDUE

Rien ne sert de partir
Il faut vivre
Etre là
Au bord du feu-berger qui ramène les doigts
Dans la main du soleil où bourdonne midi
A la pointe du coeur où glisse le souci
Sous le chaud de l’averse
Quand le corps se raidit
Quand le jour se renverse
Quand la dernière lampe éparpille la nuit

On recoupe un visage
En quel état je suis
Ces paumes défleuries
Roseaux de mon courage
Et le mur à lui seul est tout un paysage

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Si mon ici (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Si mon ici

Si mon ici est l’ailleurs de l’ailleurs,
que cet ailleurs d’un autre me projette
dans son vertige et me ramène à moi.

Si je me trouve où je ne peux pas être,
si je me perds en ne me perdant pas,
que mon retour précède mon départ !

Est-il un lieu plus vaste que l’attente ?
Devant le seuil où j’espère mon être,
la mort serait de ne pas me trouver.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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