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Vous dont les yeux sont restés libres (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



    

Vous dont les yeux sont restés libres,
Vous que le jour délivre de la nuit,
Vous qui n’avez qu’à m’écouter pour me répondre,
Donnez-moi des nouvelles du monde.
Et les arbres ont-ils toujours
Ce grand besoin de feuilles, de ramilles,
Et tant de silence aux racines ?
Donnez-moi des nouvelles des rivières,
J’en ai connu de bien jolies,
Ont-elles encor cette façon si personnelle
De descendre dans la vallée,
De retenir l’image de leur voyage,
Sans consentir à s’arrêter.

Donnez-moi des nouvelles des mouettes
De celle-là surtout que je pensai tuer un jour.
Comme elle eut une étrange façon,
Le coup tiré, une bien étrange façon
De repartir!
Donnez-moi des nouvelles des lampes
Et des tables qui les soutiennent
Et de vous aussi tout autour,
Porte-mains et porte-visages
Les hommes ont-ils encore
Ces yeux brillants qui vous ignorent,
La colère dans leurs sourcils,
Le coeur au milieu des périls?
Mais vous êtes là sans mot dire.
Me croyez-vous aveugle et sourd?

(Jules Supervielle)

 

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LE REGRET DE LA TERRE (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
LE REGRET DE LA TERRE

Un jour, quand nous dirons « C’était le temps du soleil,
Vous souvenez-vous, il éclairait la moindre ramille,
Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée,
Il savait donner leur couleur aux objets dès qu’il se posait.
Il suivait le cheval coureur et s’arrêtait avec lui,
C’était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre,
Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose,
Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs,
Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l’air
Et Iorsque le pas de l’ami s’avançait nous le savions,
Nous ramassions aussi bien une fleur qu’un caillou poli,
Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,
Ah! c’est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant. »

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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La neige charge l’herbe fine (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017




    
La neige charge l’herbe fine.
Elle tombe en tournoyant comme les graines de l’érable,
comme une seule ample et silencieuse graine blanche sur le village.
Ou la lune mince au-dessus des ramilles noires.

(Philippe Jaccottet)

 

Recueil: La semaison
Editions: Gallimard

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